Contexte et tonalité générale
- Zocato livre un bilan à la fois nostalgique et inquiet de la temporada, entremêlé d’anecdotes personnelles et d’histoires taurines (Algérie, Yiyo, tournées, prisons, mariages, etc.).
- Fil rouge : la quête de surprise et d’authenticité face à une tauromachie qu’il juge trop souvent répétitive et trop longue.
Actualité et signaux d’alerte évoqués
- Mention d’une déclaration politique en Espagne annonçant la fin de subventions publiques à la tauromachie (annoncée « à 18 h 30 »). Zocato l’utilise comme symptôme d’une offensive anti-corrida.
Figure clé de la saison : Morante de la Puebla
- Pour Zocato, Morante demeure le seul cette année à incarner le geste « le plus pur » : faire décrire au taureau un point d’interrogation inversé (dominer, attirer, dévier au dernier instant).
- Il revient sur la journée madrilène : hommage le matin, triomphe, foule en transe, sortie interminable, puis décision de couper la coleta à Madrid (choix du lieu le plus symbolique).
- Détail « d’éthique » et d’esthétique : costume, taureau Osborne blanc, références à Antoñete ; souci de cohérence jusque dans les symboles.
- Inquiétude : après Morante, qui portera cette manière-là de toréer ?
Bilan artistique de la temporada (selon Zocato)
Points positifs
- Moments d’émotion vraie quand l’art s’unit au risque assumé (ex. Morante).
- Quelques jeunes profils prometteurs (voir ci-dessous).
Réserves
- Manque de surprise : « ce que je vois, je crois l’avoir déjà vu ».
- Corridas trop longues (jusqu’à 2 h 45) et faenas étirées quand le toro « ne sert pas ».
- Technique de l’épée : critique de la généralisation des épées sans cochonnet (garde), qui favorisent « pousser » plus que « placer », au détriment de l’exactitude et de la lisibilité pour le public.
- Système de cartels fermé : « écuries », échanges, délais de paiement, logique de marché qui bride le renouvellement.
Toreros à suivre / noms cités
- Marco Pérez : progression physique fulgurante, qualité intacte, « casta » et continuité ; profil à surveiller de près.
- Víctor Hernández : remarqué (Bagnols, Málaga, Madrid) ; bonne main gauche, potentiel à confirmer.
- Aarón Palacio : fondamentaux solides, lecture de la charge, interprétation soignée.
- D’autres cités en passant (Borja Jiménez, David de Miranda, Sébastien Castella — triomphe à Lima — etc.), souvent pour illustrer le besoin de caractère et d’invention plus que pour dresser un palmarès.
Les Français et la relève
- Selon Zocato, toutes les portes sont ouvertes aux Français, parfois plus qu’aux Espagnols, mais la génération montante n’a pas encore franchi le cap espéré en termes d’impact artistique et de folie créatrice.
Éthique, style et « fondamentaux »
- Appel à revenir à une esthétique sobre et risquée : proximité vraie, trajectoires courtes et profondes, temps justes (pas d’inflation de passes « pour montrer que ça ne sert pas »).
- Importance des détails : rituels (clé de la chambre), cohérence des signes, exactitude de l’épée.
- Critique des faenas démonstratives sans substance et des corridas fleuves qui « volent l’apéro » et fatiguent l’afición.
Anecdotes marquantes (au service de son propos)
- Algérie : arènes d’Oran restaurées, projet de corrida ; digression sur un président de fédération de rugby et des poteaux sciés à la douane (humour sur les malentendus culturels).
- Le Yiyo enfant : témérité précoce, vaches landaises, mémoire des bêtes ; évocation des quarante ans de sa mort.
- Rafael de Paula :
- Hommage final avec lecture d’un texte publié dans Sud Ouest (2000), « Les hérissons orphelins » prose funèbre, métaphores animales, grandeur tragique.
- Récit de l’incarcération au Puerto de Santa María : toréer en prison, respect unanime, libération suivie de la tuerie de six toros à Séville ; légende et contradictions d’un gitan génial.
- Multiples souvenirs de tournées, alternatives, festivals et mariages : une mythologie personnelle pour opposer la folie créatrice d’hier à la standardisation d’aujourd’hui.
Propositions/souhaits de Zocato
- Chercher la surprise : accueillir des toreros capables de « réinventer » (au besoin par la folie, pas par la quantité).
- Alléger les spectacles : retrouver des corridas courtes et intenses (référence à une corrida madrilène: 1 h 14 sans feria).
- Donner une scène aux anciens : idée d’un circuit de « papys » (à la manière des tournois de tennis seniors) mêlé à des festivals avec jeunes, pour attirer le public et réenchanter l’afición.
Conclusion synthétique
- Diagnostic : temporada jugée peu surprenante, souvent trop longue ; Morante sauve l’année par des instants d’art purs et risqués et par un adieu madrilène hautement symbolique.
- Enjeu : renouvellement esthétique (risque, vérité, précision) et renouvellement des noms (Marco Pérez, Víctor Hernández, Aarón Palacios…).
- Contexte : pression politique accrue en Espagne (information rapportée, non vérifiée ici), d’où l’importance d’une tauromachie exemplaire sur l’éthique, la brièveté et la sincérité.
- Voie d’avenir : formats plus nerveux, cartels ouverts, et pourquoi pas un circuit d’anciens pour redonner du liant entre générations.
Petit Billet
Il y a des soirs où l’afición se regarde dans le miroir et hésite entre sourire et soupir. Le 12 novembre, Zocato a tenu ce miroir avec sa verve inimitable : un tourbillon d’anecdotes, de souvenirs et d’uppercuts tendres à la saison taurine qui s’achève. Son fil rouge ? La surprise perdue. « Ce que je vois, je crois l’avoir déjà vu », confesse-t-il, regrettant les faenas étirées quand le toro ne sert pas, ces 2 h 45 qui grignotent l’envie autant que l’apéro, et la technique de l’épée devenue affaire de poussée plus que de précision.
Au milieu du déjà-vu, un éclat : Morante de la Puebla. Zocato le hisse au rang de seul matador capable, cette année, de tracer ce point d’interrogation inversé qui transforme la charge en évidence. Il raconte Madrid : l’hommage du matin, le triomphe, la marée humaine, puis la coleta tranchée là où cela a du sens. Détails justes, éthique soignée — du costume à l’intention —, et l’impression qu’avec lui s’éloigne une manière rare de toréer court, vrai, près et profond.
Le regard glisse alors vers demain. Zocato guette les secousses : Marco Pérez, grandi d’un hiver sans perdre la qualité ; Víctor Hernández, main gauche prometteuse ; Aarón Palacio, fondamentaux nets. Mais il pointe un système verrouillé, des cartels en circuit fermé et une France taurine à qui tout est ouvert mais qui n’a pas encore bondi. En arrière-plan, une note politique inquiétante sur la fin des aides publiques en Espagne signe, dit-il, d’un vent contraire qui exige une tauromachie exemplaire et nerveuse.
Comme toujours chez Zocato, la mémoire éclaire le présent : Yiyo enfant, les vaches landaises qui « appellent par les prénoms », et surtout l’hommage à Rafael de Paula, gitan de cristal et de feu, dont il lit une prose lumineuse et triste. De là surgit une proposition malicieuse et sérieuse à la fois : inventer un circuit de « papys » mêlant anciens et jeunes en festivals courts, pour réenchanter l’arène.
On sort de la salle avec l’envie paradoxale d’un retour aux choses simples : vérité, brièveté, audace. Et ce vœu, presque enfantin, que demain quelqu’un ose à nouveau nous surprendre.
Texte Vicentino-Photos Jean-Yves Blouin, membres du Club taurin de Paris


