AG et bilan de la temporada 2015

La soirée du 5 novembre 2015 a été organisée en 3 temps :

  • Bilan moral et financier présentés successivement par Jean-Pierre Hédoin et Patrick Guillaume, suivi de l’élection du bureau.
  • Bilan de la temporada 2015 fait à 3 voix (Jean-Pierre Hédoin, Thierry Vignal, Francis Wolff)
  • Vote pour le « prix de la rencontre » et pour le prix Claude Popelin au meilleur lidiador de la saison française

Bilan moral et financier

Le président a rappelé les activités de l’année écoulée, dont le nombre a été globalement stable par rapport à l’année précédente. En moyenne, le club organise chaque année 7 soirées, en alternant invités espagnols, invités français et ressources locales. Le seul invité français a été le jeune matador Juan Leal, accompagné de son apoderado Maurice Berho, les invités espagnols ont été Jose Luis Ramon, directeur de la revue 6 toros 6, Juan Carlos Carreño, veedor de Morante et Jose Cutiño, empresario des arènes d’Olivenza, Malaga…. Quant aux ressources locales, elles ont été mobilisées, en la personne de André Berthon, Araceli Guillaume-Alonso, Jean-Pierre Hédoin et Francis Wolff qui, pour pallier la défection d’Antonio Ferrera 48h avant sa venue, ont fait un point sur l’actualité de la fiesta, puis, début avril, par une conférence de Jean-Pierre Hédoin sur le thème « que devons-nous à l’âge d’argent ? ». A la mi- juin, la fête du club a été l’occasion de renouer avec la tradition du toreo de salon, animée par le maestro Julien Lescarret, de la grande tombola et d’un buffet typiquement espagnol alimenté, entre autres, par les charcuteries de Viandas de Salamanca.

Le Secrétaire Général, dans le bilan financier, rappelle aux membres que la défection d’Antonio Ferrera mi-janvier a causé de lourdes pertes au club qui n’a pas pu récupérer les frais engagés et n’a pas permis de dérouler le programme tel qu’il avait été prévu en début d’année. La fête du club et le succès de la 1ère séance 2015-16 avec Andrés Roca Rey ont permis de redresser les finances et l’année en cours débute plutôt bien.

Après approbation du bilan, le bureau sortant a été réélu par les membres présents

Bilan de la temporada

Les toreros
(Jean-Pierre Hédoin)

Sans se concerter, les trois « conférenciers » notent que trois toreros ont, à des titres divers, marqué cette saison : Diego Urdiales, Sébastien Castella et Alberto Lopez Simon (par ordre d’alternative).

Diego Urdiales a eu un début de saison extrêmement difficile, n’arrivant à convaincre pleinement dans aucune des arènes où on l’attendait (comme Madrid) après sa très bonne prestation à la feria d’otoño 2014. Peu de contrats, peu de succès. C’est à Bilbao, sa plaza de prédilection, devant « Favorito », d’Alcurrucen qu’il a révélé la pureté de sa toreria dans une faena exceptionnelle conclue par une mise à mort remarquablement exécutée que le président, pourtant habituellement avare en trophées, a récompensé des 2 oreilles qui lui ont permis, enfin, d’ouvrir la grande porte. « Chez lui », à Logroño, il a triomphé dans son mano a mano avec Sébastien Castella.

Diego Urdiales à Bilbao face au toro "Favorito" d'Alcurrucen

Diego Urdiales à Bilbao face au toro « Favorito » d’Alcurrucen © Marie-Luce Baccellieri

Sébastien Castella a eu une saison complète et d’une grande régularité au cours de laquelle il a montré une grande maturité professionnelle et le plaisir qu’il a à toréer. Il a été bon dans toutes les grandes arènes mais la faena de référence restera celle de Madrid devant le toro « Jabatillo » d’Alcurrucen auquel il coupa 2 oreilles qui lui ouvrirent, une fois de plus, la grande porte de Las Ventas. Bien qu’il ait interrompu sa saison fin septembre après une cogida, il la termine à la 3e place de l’escalafon.

Castella et le toro Jabatillo, prix de la rencontre

Castella et le toro Jabatillo de Alcurrucen, prix de la rencontre © Marie-Luce Baccellieri

Alberto Lopez Simon est le torero révélation de la saison. Alors que l’année précédente il était sur le point d’abandonner, ses triomphes à Madrid le 2 mai (où il toréait la 1ère des 2 seules courses où il était engagé et où, malgré une blessure à son 1er toro il coupa une oreille à chacun de ses toros de Montealto et sortit « a hombros » avant d’aller à l’infirmerie), puis le 25 mai devant des Las Ramblas lui ont ouvert beaucoup de portes et il a eu des tarde triomphales aussi bien à Istres où il a gracié un toro de Zalduendo qu’à Pamplune où il a coupé 3 oreilles à des toros de Jandilla et bien d’autres jusqu’au 2 octobre à Madrid (mano a mano avec Urdiales) où sérieusement blessé par son 1er toro du Puerto de San Lorenzo auquel il a coupé une oreille, il est revenu tuer les 2 toros suivants, coupant une oreille à son second et sortant, une fois de plus, par la grande porte. Son toreo, apparemment inspiré de Cesar Jimenez, Talavante et un peu de Jose Tomas, apporte de l’émotion car, devant le toro il ne rompt ni ne bouge, va parfois, dans les moments plus dramatiques, jusqu’à théâtraliser la souffrance et est devenu l’idole de Madrid. Plutôt « muletero », il reconnait lui-même être encore en formation et s’applique à suivre à la lettre les conseils de son apoderado auquel il voue une immense admiration.

Le G5, créé en 2014 en opposition à la empresa de Séville, a progressivement éclaté cette année.

Jose Maria Manzanares en est sorti en annonçant qu’il souhaitait toréer 4 fois à la Maestranza. Mais pendant cette saison, où il a toréé vêtu de noir, il a pourtant coupé une oreille dans de grandes arènes (Séville, Madrid, Bilbao) sans toutefois convaincre. Il a eu toutefois une grande tarde à Dax en septembre où il a coupé 2 oreilles à chacun de ses toros de Montalvo.

Alejandro Talavante est celui des cinq qui s’en est le mieux sorti grâce à sa régularité et à sa créativité. Il a signé plusieurs des faenas marquantes de la saison à Madrid, Almeria, Zaragoza et à Malaga dans son « seul contre 6 » grâce au toro de Garcigrande qui a sauvé la journée d’un naufrage ganadero.

On attendait beaucoup de Miguel Angel Perera, triomphateur de la saison précédente, mais il n’a pas confirmé cette attente. Il a accumulé les malchances, mauvais tirages au sort, inexplicable sévérité de certains présidents et, pour finir, la très grave blessure reçue le 15 septembre à Salamanca devant son 1er toro de Domingo Hernandez. Ses confrontations avec El Juli (Madrid, Bilbao et Pampelune) n’ont pas été à la hauteur des espérances des aficionados.

Jose Antonio Morante de la Puebla était en tête de l’escalafon en juin au nombre des contrats, mais avec des résultats très inégaux. Malgré une très belle faena à Malaga à son second toro de Nuñez del Cuvillo, sa saison a plutôt été faite de « détails » (comme il sait bien les faire). Toutefois, il faut noter avec respect les gestes qu’il a faits en défense de la fiesta après les agressions dont il a été victime à Palma de Mallorca et à Marbella en allant jusqu’à refuser de tuer un toro en signe de protestation contre l’absence de soutien des autorités au moment de l’agression.

El Juli est dans le peloton de tête depuis 17 ans, ce qui peut causer usure et lassitude. Il est de plus en plus l’objet d’attaques frontales qui visent non seulement sa façon de toréer, mais aussi le choix des toros qu’il combat et des compagnons avec lesquels il consent à partager l’affiche. La légendaire sévérité de Matias Gonzalez, le président des arènes de Bilbao, ne lui a pas permis de couper, au toro « Juglar » de Garcigrande, les 2 oreilles qui lui auraient ouvert la grande porte.

Quelques matadors remarqués cette année :

Paco Ureña a confirmé qu’il pouvait être intéressant quand il avait le toro qu’il lui fallait comme a Madrid en automne.

Juan del Alamo est un lidiador intéressant à qui on a toutefois reproché de n’avoir, à Bilbao, coupé qu’une seule oreille à un toro de deux (Puerto de San Lorenzo). Il est à noter qu’il a affronté, cette année, tous les lots de Pedraza de Yeltes.

Jose Garrido qui s’était imposé comme novillero en 2014 a pris l’alternative à Séville dans des conditions très difficiles dues à la mauvaise qualité des toros de Juan Pedro. Il a toutefois réussi à s’imposer dans la suite de la saison mais n’a eu aucun contrat en France.

Les déceptions de l’année :

Ivan Fandiño ne s’est pas relevé de son solo du dimanche des Rameaux à Madrid. El Cid, malgré quelques succès dans des arènes mineures, continue à décevoir. Daniel Luque n’arrive pas à émerger bien qu’il ait changé d’apoderado

Les toreros « quantitatifs » : El Fandi et Padilla, en tête de l’escalafon, qui font la joie du public des arènes de 2e et 3e catégorie

Reste Enrique Ponce qui, avec ses 25 ans d’alternative, est un torero « inclassable », maître de cérémonie et maître du temple.

Ponce à Nimes, une photo du ténor en train de chanter "nessun dorma"

Un tenor en train de chanter « nessun dorma » pendant la faena de Enrique Ponce à Nîmes © Marie-Luce Baccellieri

 

Quelques novilleros remarqués :

Ceux qui viennent de prendre l’alternative :

Andrés Roca Rey a eu la saison la plus complète et, malgré une blessure a réussi son alternative à Nîmes en septembre.

Andrés Roca Rey à Bilbao face à un novillo de El Paralejo

Andres Roca Rey à Bilbao face à un novillo de El Paralejo © Marie-Luce Marie-Luce Baccellieri

Posada de Maravillas a de l’esthétique et une grande vaillance mais il est relativement fragile. Il a pris son alternative à Zafra en septembre.

 Ceux qui n’ont pas encore pris l’alternative :

Gines Marin est un torero doué mais qui n’a pas encore été confronté à des situations difficiles.

Varea est un bon technicien mais manque de capacités artistiques.

Alvaro Lorenzo progresse rapidement, surtout à la cape, grâce à son apoderado Lozano.

Joaquin Galdos, qui a terminé la saison au 2e rang des novilleros, sera le second péruvien à suivre après Andrés Roca Rey

Le campo
(Thierry Vignal)

Cette saison, comme la précédente, a donné aux aficionados peu de motifs de réjouissance. La crise a tapé au hasard et a frappé tout le monde. Des élevages ont disparu (Guardiola) et on se retrouve de plus en plus face au « mono encaste ». Les ¾ des élevages sont du Domecq et, de surcroît, l’éventail des élevages choisis par les figuras se réduit à 4 ou 5 au maximum.

« El Juli », par exemple, avec 226 toros est l’homme de Garcigrande. Il est vrai que cette ganaderia a atteint une régularité que les autres n’offrent pas. Il faut noter, parmi les très bons toros de la saison, le Garcigrande de Talavante dans son seul contre 6 à Malaga, et celui du Juli à Bilbao.

El Juli à Bilbao face au toro "Juglar" de Garcigrande

El Juli à Bilbao face au toro « Juglar » de Garcigrande © Marie-Luce Baccellieri

Juan Pedro Domecq et Parlade ont donné deux bonnes courses à Madrid, le reste a été moins brillant et la tarde de Bilbao a été désastreuse.

Zalduendo a été également décevant ; Jandilla a été plus contrasté ; Fuente Ymbro a eu un début irrégulier mais aussi de très bons résultats comme à Logroño, lors du mano à mano, où le lot, sérieux, encasté et brave a permis le triomphe de Diego Urdiales et Sébastien Castella.

Alcurrucen, autre ganaderia que les figuras acceptent, a eu une saison médiocre à l’exception de quelques exemplaires isolés qui ont donné de grandes tardes (« Jabatillo » toréé par Castella à la San Isidro et « Favorito » par Diego Urdiales à Bilbao).

Dans l’encaste Saltillo Santa Coloma, les La Quinta ont été décevants dans l’ensemble. En revanche, il faudra suivre la ganaderia de Valdellan.

Parmi les élevages « particuliers », Miura a eu une saison meilleure que la précédente, les Cuadri et les Dolores Aguirre ont été extrêmement décevants. Baltazar Iban n’a brillé que dans les petites arènes.

Il faut noter la bonne saison des Pedraza de Yeltes qui ont été très bons à Azpeitia et Dax mais décevants à Madrid car ils sont meilleurs dans les arènes où le ruedo est petit et, au tercio de piques, face à de bonnes cuadras.

En conclusion, 2015 n’a apporté aucune amélioration et il faut s’inquiéter de l’engrenage dans lequel on semble être entré.

Regards sur la France et sur la politique taurine en général
(Francis Wolff)

Alors qu’en Espagne il y a eu 31 corridas de moins qu’en 2014, la saison française, en donnant 115 spectacles majeurs (66 corridas, 41 novilladas et 8 festivals), a été marquée par une stabilité numérique. Elle représente aujourd’hui 15% du marché, alors qu’elle ne pesait que 10% pendant les « 30 glorieuses » (1980-2010). Cela est dû au tassement des spectacles en Espagne, notamment dans les arènes de 3e catégorie où, à la suite des dernières élections, des spectacles taurins ont été annulés en raison de la diminution, voire de la suppression des subventions municipales.

En France, les arènes de 1ère catégorie, attentives au marché au moment de préparer les cartels de leurs férias, ont su programmer des toreros qui avaient triomphé en début de saison (Lopez Simon à Istres et Roca Rey aux Vendanges à Nîmes). En revanche, Dax et Mont-de-Marsan qui s’étaient engagées très tôt ont offert des cartels moins innovants. On peut aussi s’interroger sur des absences importantes : les toros de Fuente Ymbro, Alejandro Talavante, Garrido

Le triomphateur incontestable en France a été Juan Bautista, bien qu’il n’ait pas su tirer parti des grandes possibilités d’un Parladé lors de la Goyesque de la féria du riz d’Arles.

Sébastien Castella, grand triomphateur en Espagne a eu, en France, une saison plus moyenne.

Mehdi Savalli semble évoluer beaucoup depuis qu’il a confié à Robert Piles le soin de prendre en charge sa carrière.

Enrique Ponce a été le toréro le plus kitsch de l’année lors de la féria de Pentecôte à Nimes, en tuant avec efficacité un toro de Juan Pedro, pendant que, en barrera, un ténor interprétait « Nessun dorma » de Puccini, puis en toréant, au son de l’hymne à l’amour, le toro de réserve qu’il venait d’offrir.

En outre, les tensions internes entre sud-est et sud-ouest ou entre Arles et Nîmes semblent apaisées.

Globalement, de l’avis général, la tauromachie se porte mieux en France qu’en Espagne. La fiesta perd des places. Après Barcelone, Huesca, Palma, Alicante sont menacées ; la municipalité de Madrid arrête de subventionner l’école taurine ; le maire de Valencia annonce son intention de ne plus soutenir les arènes. Même si 2015 a vu la réouverture des arènes de Saint-Sébastien, la tendance globale est négative.

Face à ces menaces, le monde taurin ne semble pas parvenir à se mobiliser dans une action collective. La « fundacion de los toros », qui se mobilise sur le plan juridique et sur la communication, est la plus récente tentative d’un début d’unité d’action.

 Plus préoccupantes encore apparaissent les conclusions d’une enquête sur les habitudes culturelles du peuple espagnol. Plus de 70% des jeunes entre 20 et 24 ans se disent favorables à l’abolition des spectacles taurins. Ce positionnement décroit avec l’âge et le niveau d’études mais fait apparaître que les jeunes espagnols qui étaient « non-taurins » sont de plus en plus « anti ». L’image de la corrida en Espagne est fortement dégradée et il est préoccupant de voir qu’aucun parti politique ne veut prendre position en faveur de la corrida.

Quelques raisons d’espérer : un renouvellement des affiches avec des noms nouveaux capables d’attirer le public, l’intensité émotionnelle du combat, illustrée cette année par des blessures dont certaines très graves ainsi que des politiques tarifaires volontaristes, peuvent augmenter la fréquentation des arènes.

A l’issue de cette soirée, le prix de la Rencontre 2015 a été attribué à Sébastien  Castella et au toro Jabatillo de Alcurrucen, combat du 27 mai 2015 à Madrid.

 

 

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