La traditionnelle fête du Club a été enrichie par l’hommage à Jean-Pierre Hédoin qui en a été le Président pendant 24 ans.
Les membres présents se sont essayés aux divers aspects du toreo de salon (cape et muleta) avec les conseils éclairés des deux practicosJérôme et Manuel.
Deux équipes encouragées par leurs animatrices, Delphine et Élisabeth, se sont affrontées dans la redoutable épreuve du Quizz taurin, animée par Jean-Pierre et Thierry.
Puis vint l’émouvant hommage à Jean-Pierre pour avoir porté haut les couleurs du Club Taurin de Paris pendant 24 ans.
En sa qualité de plus ancienne des membres, Chantal a pris la parole avec sa bienveillance habituelle, suivie par Marie-Luce qui lut un message d’amitié d’Emmanuel (absent), compagnon de tendido de longue date, et de Francis, complice depuis plus de 50 ans
Pour matérialiser ces remerciements, Jean Pierre a reçu en cadeau deux livres anciens: Espartero etGuerrita por Selipe (édité à Séville en 1894) et un recueil des exemplaires de l’année 1916 de la revue LaLidia, ainsi qu’une magnifique sculpture de Jean-René Laval. Comme on pouvait s’y attendre, il nous a fait, à chaud, quelques commentaires sur les deux ouvrages et sur la période à laquelle ils se réfèrent.
Hommages et remerciements ont été consignés sur un livre d’Or que les membres absents pourront, s’ils le souhaitent, compléter à la prochaine réunion qui se tiendra le 12 juin.
La traditionnelle tombola aux nombreux prix (livres/affiches/photos/objets) s’est déroulée pendant l’apéritif dînatoire à connotation espagnole.
Un grand merci à Ursula pour avoir permis l’organisation de cette belle après midi.
(photos de Jean-Yves Blouin , texte Myriam Comte relecture et enrichissement Marie-Luce)
Jean-Marie Magnan a écrit « la corrida est une mémoire ». En effet les aficionados aiment se remémorer les grands moments qu’ils ont vécu : telle faena, tel grand toro, telle « rencontre » entre un toreo et un toro…
Nul n’était plus légitime que notre Président d’honneur, Jean-Pierre Hédoin, grand aficionado pourvu d’une mémoire prodigieuse, pour évoquer ce sujet.
Francis Wolff rappelle qu’il a vu environ 1800 corridas dont la moitié vécue à côté de Jean-Pierre Hédoin. Il garde trois souvenirs en mémoire :
San Sebastian : il y a vu la plus grande faena de Curro Romero. Une vingtaine de passe à un toro de Perez Tabernero. Madrid, San Isidro, toros de Juan Pedro ; corrida la plus courte de sa vie ; durée une heure 20. Les 6 toros étaient par terre. Bayonne, 1975, le modeste Sebastian Cortes fait la faena de sa vie.
Il donne la parole à Jean-Pierre Hédoin pour « Les souvenirs de nos 20 ans ».
Quels souvenirs taurins peut-on avoir ?
Il y a le souvenir de la première course. Jean-Pierre a vu sa première à 10 ans dans le sud (Bayonne). Au cartel, Luis Miguel Dominguin qui reprenait l’épée, Bienvenida et Antoñete. Il conserve en mémoire le desplante classique de L.M à genoux, de dos, souriant à la foule. Grand bonheur, car il retrouve les images vues dans le magazine du groupe l’Equipe où Paco Tolosa publiait quelques articles. Impressionné aussi par une mise en suerte de Bienvenida.
Le second souvenir, c’est la première corrida complète (redonda) : celle où tout se passe au mieux : bétail et toreros. Exemple la corrida « dite du siècle » de Victorino à Madrid en 1982 (que Jean-Pierre n’a pas vu en réalité, seulement à la télévision). Sa 1ère corrida complète eut lieu à San Sebastian. Une corrida d’Atanasio Fernandez pour Diego Puerta, Paco Camino et El Viti. Ce fut une corrida triomphale qui eut lieu le 16 aout 1963. Puerta, toreo allègre, engagé, est vêtu de Nazareno y oro, Paco Camino puissant dominateur est en saumon et or, El Viti, classique et templé, en blanc et or. Si les souvenirs des costumes sont précis, il n’a gardé aucun souvenir du comportement des toros.
Vient le souvenir de la corrida historique ; celle qui, au-delà de la mémoire individuelle, fait partie de la mémoire collective de l’aficion. En juillet 1964, à Valencia, pour El Cordobés (Manuel Benitez) qui est dans sa grande année, c’est un triomphe absolu qui relevait de l’irrationnel.
Souvenir de « Grande surprise », soit un succès inattendu ou sans lendemain : ce fut en 76, à Bayonne, Cortes fait la faena de sa vie. Ou encore à Malaga en 1995, lors d’une corrida nocturne en mano a manoManuel Diaz Cordobes et Javier Conde. Un toro de Jandilla pour Conde. Una tarde de toreo soñado. Création comme dans un rêve.
Souvenir d’une corrida de démesure extrême pour la sauvagerie des toros, l’engagement des toreros hommes, et le dérèglement de la météo à Dax 1965 : Atanasio pour Fermin Murillo, Cordobes et Amador. Orage pluie. Tous blessés. Plus de matadors en piste.
Les corridas où l’on est touché par ce que l’on n’a jamais vu : Ojeda en 1983 à Nîmes
Dans tout souvenir on accumule les éléments de singularité (date, lieu, compagnons, anecdotes) et on accorde à cette singularité une valeur générale. Le salut de cape qui, à vos yeux, représente l’essence du salut de cape, l’estocade qui vous apparaît comme l’essence de l’estocade, etc.
Estocade en 78 par El Viti survenue au terme d’une faena. Une naturelle, une passe de poitrine, et, sans pause ni rupture, toro cadré le coup d’épée est porté. El Viti toréait avec l’épée de vérité. Bref, l’estocade au moment juste. Plus récemment Emilio de Justo à Madrid devant un Puerto de San Lorenzo. Perfection du coup d’épée. Estocade décomposée à la perfection, la main gauche guidant la tête parfaitement. Un cas d’école.
Paire de banderilles, des souvenir de poses simples.
Faena de Curro Romero en 1973 à San Sébastian. Jean-Pierre était avec un ami qui voyait une course pour la première fois. En sortant, ce néophyte se souvenait de cette faena et ne parlait que d’elle. Ce qui était marquant était le caractère étroit du leurre, une muleta rétrécie. Faena composée essentiellement de naturelles. Le second : Paquirri en 1979 à Madrid face à un Torrestrella, Buenasuerte, une grande faena de poder a poder qui reste dans l’histoire. Pour raviver les souvenirs, on s’appuie sur des photos, des textes et des éléments de la mémoire.
L’assistance propose des noms, pour susciter les souvenirs marquants de l’intervenant à propos de tel ou tel torero.
Enrique Ponce Août 1999 à Bilbao : un Victorino encasté et exigeant (Cucareño) une vraie faena de domination, suivie hélas d’une catastrophe à l’estocade. Avril 2006 : Séville 2 toros de Zalduendo, difficiles et exigeants, il a imposé sa tauromachie aux deux. Premier prix de la rencontre du Club pour le second, Lazarillo.
Rafael de Paula Séville 1974, en vert olive et noir, souvenir de cape. Madrid 74, jour de sa confirmation en gris et or. Il a fait un quite magnifique, pas plus.
Joselito (Arroyo) : faena à Santander face à un Torrestrella, très construite. Une estocade à Séville.
Jose-Maria Manzanares Une faena parfaite en 76 à Bilbao à un toro de Buendia. La norme à Bilbao est de ne pas lancer la musique avant que le torero n’ait pris la gauche ; et là le président a déclenché la musique. A Dax, en 1989, toro de Maria Luisa Perez de Vargas Bigotudo ; faena courte mais dense, lenteur, précision et justesse réunies.
Paco Ureña Madrid 2015, face à un toro d’Adolfo Martin. Très engagé. Bilbao : 4 oreilles en 2019 devant un Jandilla.
Paco Ojeda À Nîmes, découverte au printemps 1983 d’une tauromachie révolutionnaire. Choc de la surprise. Une tauromachie réellement différente
Jose Tomas En avril 2000 à Saragosse : il est pris deux fois et blessé à deux reprises et continue, héroïsme hors norme. Une tauromachie qui offre son corps dans le toreo. Au Puerto, encore en 2000 avec un vent épouvantable. Il a templé les toros et le vent au centre de l’arène.
Antoñete Il supportait la charge de loin ; caractère dépouillé de son toreo
Bienvenida Distance et mobilité
Juli Sa blessure au visage à Bilbao en 2001 toute la volonté et la caste du jeune torero et en 2010 à Séville, maestro à ses deux toros pour sa 1ère Porte du Prince effective
C’est la partie la plus difficile car il existe une très grande variété de dimensions dans le jeu et le comportement des toros, les plus spectaculaires, les plus complets, les plus émouvants., les plus sauvages (fiero), les plus propices au toreo (fijo)
La première difficulté est liée à tous les paramètres nécessaires à la connaissance du toro.
La seconde : jeune aficionado, on s’intéresse aux passes, on s’intéresse peu aux toros. Peu à peu, l’aficionado évolue dans sa lecture des courses.
Apprendre à lire un toro. Sont évoqués quelques toros qui entre 65 et 75 ont constitué des jalons et repères dans la lecture du jeu des toros
Nîmes en 1965, un Atanasio Fernandez lui a fait comprendre ce que voulait dire « mettre les reins. » Bilbao 1971, un toro qui fait mieux saisir la signification de l’expression « faire l’avion » Valencia 1965 un Juan Pedro Domecq lui a fait comprendre la notion de toro à l’attaque. Si un toro est brave, il l’est dans les 3 tiers. En 1974, Séville, Abrileño de Torrestrella pour Diego Puerta. Toro complet, alegria dans le galop et dans l’attaque. Un Miura Dax à la même époque. Toro à la puissance et agressivité incarnées. Plus récemment à Colmenar Viejo en 2021, le toroFinito de Zacarias Moreno, une bête constamment à l’attaque. Il partait sur toutes les cibles. Très bien toréé par Urdiales.
Faire ce travail autour de ses souvenirs, cela vous apprend beaucoup sur votre cheminement d’aficionado. On n’est pas dans la vérité, mais dans un retour sur la construction de son aficion. Le souvenir taurin est extrêmement, changeant, fragile, subjectif. Le dialogue entre la mémoire collective et le souvenir de l’aficionado est nécessaire. Lire, participer à des colloques pour confronter ses souvenirs.
Quelle est sa dernière grande émotion récente ? Il y en a trois et elles sont à Séville. Romero coupe 2 oreilles en 99, en 2016, Manuel Escribano fait gracier un toro de Victorino Martin, et, le 10 mai 2019, Pablo Aguado fait toréer Séville dans la rue et réveille Morante. C’est une forme de bonheur. A l’inverse, on peut aussi avoir un sentiment de grande solitude par exemple, quand on ressent un fossé entre son impression et les réactions de la majorité du public.
Mais une chose est sûre, le cœur de Jean-Pierre est à Séville.
Ci-dessous le lien qui vous permettra d’écouter ou de réécouter l’intervention de Jean-Pierre Hédoin avec la complicité de Thierry Vignal et Francis Wolff.
Dans l’analyse que nous faisons tous de la situation actuelle de la corrida et de l’indéniable baisse de fréquentation des spectacles taurins des deux côtés des Pyrénées, il y a divers éléments évidents : la crise économique, encore plus terrible en Espagne qu’en France, les campagnes antitaurines, l’évolution sociologique des loisirs, la nouvelle morale « animaliste » ignorante de la vraie nature des animaux, le manque de caste des taureaux, etc. Mais le symptôme peut-être le plus inquiétant est l’élévation de la moyenne d’âge des spectateurs. C’est un fait : les jeunes fréquentent peu les arènes, et ceci est encore plus vrai en Espagne qu’en France. A quoi est dû cette désaffection, qui se manifeste souvent par de l’hostilité déclarée, au mieux par de l’indifférence ? Quelles en sont les causes ? Et quels en seraient les remèdes ? C’est à ces questions difficiles que s’affrontera notre prochain invité, Leopoldo Sanchez Gil, inlassable propagandiste de la « fiesta » auprès des jeunes générations, et personnage central de l’afición de Bilbao, où il dirigea pendant de nombreuses années le prestigieux Club « Cocherito » avec passion, enthousiasme et charisme, au point de parvenir à doubler le nombre de ses membres (plus de 1300 !).
Nous sommes fiers de recevoir
Leopoldo Sanchez Gil
aficionado bilbaien activiste et prosélyte
le mardi 9 avril 2013 à partir de 20 heures
qui nous entretiendra de
« La jeunesse espagnole face à la corrida »
au Grand salon « Spindler » du restaurant Chez Jenny
39, Boulevard du Temple Paris (3e), M° République
Participation aux frais, comprenant la soirée, suivie d’un apéritif et du dîner, boissons incluses : membres du Club : 28€, jeunes jusqu’à 25 ans (à jour): 18€, hôtes de passage : 37€.
Afin de faciliter l’accueil, il est impératif de s’inscrire par mail en répondant à ce courriel, ou à l’adresse clubtaurindeparis@gmail.com
Henri Ey aficionado , comment un « psy » peut-il parler de la corrida ?
par Roland Chemama
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Sait-on toujours que le Club taurin de Paris, qui s’enorgueillit de sa longue histoire et de ses anciens membres prestigieux (Michel Leiris, Roger Wild, Pablo Picasso, Jean Paulhan, Albert Camus, André Masson, Claude Popelin, Paco Tolosa, etc.), a été fondé en 1947 par deux psychiatres catalans, le médecin général des Armées, Venance Paraire, de Céret, et le célèbre Henri Ey, natif de Banyuls-dels-Aspres ?
Celui-ci fut tout à la fois, et avec le même dynamisme infatigable, un des grands maîtres de la psychiatrie du XXe siècle, comme en témoignent ses nombreux ouvrages et son influence considérable sur la discipline, et le premier président de notre Club, auquel il a légué divers souvenirs et quelques écrits d’aficionado éclairé.
Il fallait bien qu’un jour le Club évoquât la mémoire de son illustre fondateur, un des premiers aficionados français à franchir la frontière espagnole après guerre et un des rares à fréquenter assidûment la San Isidro pour satisfaire sa passion.
Ce ne pouvait être que par la bouche d’un de ses héritiers, Roland Chemama, psychanalyste, auteur de nombreux ouvrages lui aussi (dont le Dictionnaire de la psychanalyse, chez Larousse et La psychanalyse comme éthique, éd. Eres) et membre du Bureau de notre Club. Au-delà de l’évocation de cette figure illustre, il se demande quel sens pourrait avoir une approche « psy » de la corrida.
Nous avons donc été heureux d’entendre Roland Chemama
Tout un chacun peut, plus ou moins, évoquer les corridas qu’il a vues. Mais l’art du chroniqueur taurin est autrement plus difficile — et celui de la chronique régulière dans un quotidien national est le plus difficile de tous. Car il faut pouvoir, dans un format imposé, à intervalles réguliers et rapprochés, susciter l’intérêt (littéraire) des non-aficionados tout en satisfaisant l’intérêt (informatif) des aficionados, savoir raconter à ceux qui n’y étaient pas tout en enrichissant ceux qui y étaient.
A cet art, rare, Jacques Durand a excellé pendant vingt-six ans dans « Libération », le dernier quotidien national à consacrer aux toros une page, tantôt hebdomadaire tantôt mensuelle.
Cette célèbre page du jeudi, qui, depuis de nombreuses années, ne paraissait plus que dans les éditions méridionales, a définitivement disparu en juillet dernier du quotidien pour des raisons économiques. Cependant Jacques Durand ne s’est pas tu et sa page (comprenant à la fois un article général et des brèves de toutes les tailles) est accessible aux plus fidèles par abonnement. Voir : http://www.editions.atelierbaie.fr
Nous sommes donc heureux d’accueillir l’écrivain, le conteur, le mémorialiste, l’aficionado, l’amoureux de la culture espagnole,
Jacques Durand
qui évoquera son travail de chroniqueur taurin,
et nous contera, à sa manière, quelques petites et grandes histoires de la corrida
le mardi 19 février
à partir de 20 heures
au sous-sol du restaurant Loubnane
29 rue Galande , Paris 5ème Métro Saint-Michel
Le compte- rendu
Le 19 février, au restaurant « Loubnane », le Club taurin de Paris recevait Jacques Durand, le journaliste et écrivain bien connu, titulaire pendant plus d’un quart de siècle – jusqu’à l’an dernier – de la chronique taurine de « Libération », auteur d’innombrables ouvrages et qui exerce à présent ses talents sur le net, très précisément à l‘Atelier Baie, dont le responsable était présent avec lui ce soir-là. A ce sujet, il dit d’ailleurs ne pas regretter son départ de « Libération » car le support numérique lui donne une beaucoup plus grande liberté, notamment en termes de volume de ses articles.
La soirée a été un grand succès, d’abord en termes d’affluence – le « Loubnane » s’est révélé presque trop petit – et ensuite sur le fond. Jacques Durand n’a pas prononcé de conférence à proprement parler, ce qui n’est d’ailleurs pas dans son tempérament. Il a plutôt répondu aux questions des personnes présentes avec son talent incomparable de conteur et son humour.
On a retrouvé au cours de cette soirée quelques- unes de ses obsessions, notamment celle des «sans-grade » ceux qui font la picaresque de la Fiesta, maletillas,mozosdeespadas,« porteurs » des toreros, ainsi que son intérêt constant pour les histoires familiales des toreros – qui peuvent expliquer beaucoup de choses dans leur carrière.
Il a aussi exprimé des idées particulièrement pertinentes sur la tauromachie, en particulier à propos de la manière d’écrire sur les toros : selon lui, en matière d’écriture taurine, c’est l’arabesque, et non la ligne droite, qui constitue le meilleur chemin d’un point à un autre. Il a aussi insisté sur l’idée que les toreros expriment, à leur manière, le lieu dont ils sont originaires , par exemple la Méditerranée pour Luis Francisco Esplà ou la Mancha pour Damaso Gonzalez.
Parlant de la corrida comme d’un « art de la berlue », il a souligné ce paradoxe que lorsque le toreo atteint un niveau vraiment exceptionnel – il a cité les cas de Paco Ojeda et Jose Tomas – il paralyse l’écriture ; c’est pourquoi, dans des cas comme ceux-là, plutôt que de raconter les faenas dans le détail, il préfère s’intéresser à l’environnement, aux réactions du public…
Au total, une soirée particulièrement riche et sympathique. Tout le monde est bien sûr convié à se rendre sur l’Atelier Baie et à s’y abonner, pour se délecter des écrits de celui qui est sans doute l’une des plus belles plumes taurines des dernières décennies.
José Mari Manzanares est incontestablement devenu une « figura ». Il le doit à ses immenses dons artistiques de torero et à ses exceptionnelles qualités de matador. Mais il le doit aussi, comme il le reconnaît lui-même, à sa cuadrilla, une des plus extraordinaires de l’histoire moderne. Rarement on a réuni autant de qualités individuelles (artistiques et techniques) et d’esprit collectif : amitié, solidarité, rivalité, compañerismo, comme on dit en espagnol. Dans cette cuadrilla, tout le monde reconnaît à Curro Javier un rôle moteur.
Aussi précis et discret à la brega, que brillant et engagé aux banderilles, il est un peu l’âme de cette cuadrilla dont Manzanares est l’esprit. Pour nous parler de sa propre histoire (il fut un novillero à succès au début des années 2000), de la vie quotidienne dans une grande cuadrilla « pas comme les autres », et de la technique des banderilles, nous recevrons avec fierté
Curro Javier
torero total
le mercredi 19 décembre à partir de 20h.
au sous-sol du restaurant Loubnane
29 rue Galande , Paris 5ème Métro Saint-Michel
Le compte rendu
C’est avec grand plaisir que les membres du club ont accueilli Curro Javier, banderillero de Jose Mari Manzanares.
Avec beaucoup d’humilité et d’émotion, Curro Javier a raconté sa trajectoire, ses illusions de novillero, mais surtout son désir, plus fort que tous les coups du sort et tous les coups de cornes de vivre du toro. Et d’en être digne. Plutôt qu’être un matador parmi tant d’autres, il décide, après une novillada à Séville, de changer l’or pour l’argent.
Mais la route n’est pas dégagée pour autant. Soutenu par son épouse, il s’entraîne plus encore pour cette nouvelle tâche de banderillero que lorsqu’il était novillero. Et il a beau connaître beaucoup de monde dans le mundillo, personne ne l’appelle. Il accepte les contrats avec des novilleros inconnus, dans des villages, dans la vallée de la terreur, autour de Madrid, où pleuvent les cornadas.
En 2005, enfin, il intègre une cuadrilla fixe. Celle de Jose Canales Rivera. Et cette année là, Rivera torée beaucoup avec Padilla, apodéré par Diego Robles. Lequel Diego Robles l’apprécie et parle de lui à Manzanares, qui cherche un homme neuf pour entrer dans sa cuadrilla.
C’est chose faite en 2006. De l’horizon de Curro Javier s’éloignent les routes poussiéreuses, les arènes portatives, les toros toujours plus gros. A la place, il découvre les Manzanares, le père, toujours présent, accueillant et entraineur de luxe pour le fils, avec qui il noue une complicité. Ces moments forts du campo lui donne l’énergie pour faire sa place dans cette cuadrilla, dans ce monde professionnel où les corridas se succèdent. 70 corridas en 2007 ! Et Curro s’entraine encore, toujours, et commence à croire en ses possibilités. Il est adopté par la cuadrilla, refait la course tous les soirs avec ses compañeros, revit ses sensations devant le toro, se consacre entièrement à son métier.
Et tous les hivers, il retrouve le matador pour des entrainements au campo. Et Jose Mari, qui ne prend pas ombrage des moments de gloire de sa cuadrilla, les encourage tous à se surpasser.
Et lui qui dit avoir plus d’art que de courage, contrairement à Trujillo son compañero « rival », lui qui à la pose des banderilles préfère le travail de cape, lorsqu’il faut aller chercher des toros, révéler leurs tendances, ouvrir leur charge, pointer leur corne, lui qui « ne cherche pas l’ovation, ne cherche pas à briller, juste à bien faire son travail », se remémore avec beaucoup d’émotion certains saluts, comme celui effectué l’année passée à Séville par toute la cuadrilla. Cette reconnaissance restera un de ses plus beaux souvenirs. L’accomplissement d’un parcours de vie qui vaut bien tous les sacrifices.