Escuela Técnica Superior de Ingeniería Agronómica y Biociencias (ETSIAB) Universidad Pública de Navarra (Upna)
Fin février, Antonio Purroy et José Antonio Mendizábal ont réuni à Pampelune une vingtaine de spécialistes pour aborder la tauromachie sous différents aspects, comme ils le font tous les deux ans, depuis plus de deux décennies. Les deux journées, intenses et riches d’informations et de débats, se sont tenues, dans un grand amphithéâtre de l’université, en présence d’un public nombreux et constant (plus d’une centaine de personnes), de tous âges.Au cours des rencontres navarraises, et celle de 2026 n’a pas démenti les précédentes, l’accent est mis sur le taureau de combat, toujours au centre des préoccupations des organisateurs et du public assistant, ce qui ne saurait nous étonner dans la capitale du toro-toro !
À ce titre, la question de la bravoure, en Espagne, au Portugal et ailleurs, a été le thème de la session d’ouverture, à charge d’Antonio Purroy, vétérinaire et premier organisateur de la rencontre, et de José Antonio Sobral, éleveur portugais. Ces interventions, et celles qui leur ont succédé, ont mis l’accent sur le premier tiers de la lidia – la suerte de varas – définie comme principale révélatrice de la bravoure du taureau et donc, non seulement nécessaire mais indispensable pour une bonne lidia. Dans une approche traditionnellement toriste, la pique, par sa qualité et aussi par sa quantité, a été réaffirmée dans sa condition de jauge indispensable de la bravoure. Cette affirmation, face à celle qui contemple la durée de la charge dans les autres deux tiers et jusqu’à la fin de la faena comme preuve absolue de la bravoure, a donné lieu à des échanges vifs, comme à l’accoutumée, mais – nous étions à Pampelune – avec une prédominance assez nette du premier groupe sur le deuxième. Dans la même démarche toriste, la « qualité » pour un taureau de baisser la tête devant la cape ou la muleta, surtout de traîner le museau sur le sable n’a pas semblé essentielle ni même parfois souhaitable, vu l’effort déployé par le taureau au détriment de sa durée. Cette affirmation, en revanche, ne me semble pas avoir retenu l’adhésion du plus grand nombre des présents. En somme, nous sommes revenus à la traditionnelle dichotomie entre lidia et toreo, un peu dépassée aujourd’hui (cf. Morante). D’ailleurs, le terme toreo a été très peu utilisé tout au long des séances, et les toreros peu évoqués, sauf par la présence des jeunes maestros Jarocho et Aaron Palacios.
Une session a repassé les 375 ans de l’histoire vétérinaire de la Navarre, de Huesca et de Gipuzkoa, trois régions mitoyennes du nord de l’Espagne qui partagent une histoire taurine commune et des pratiques taurines populaires encore en pleine validité aujourd’hui. L’évocation constante des spectacles de recortadores, d’encierros et autres tauromachies participatives et populaires de la région a permis de mettre au centre du débat la question de la jeunesse et même des vocations de torero. Après plusieurs séances et les tables rondes qui y ont été consacrées, il n’y a pas de doute : en Navarre et dans les régions voisines, l’approche par la jeunesse du taureau, des spectacles et des pratiques qui le mettent en scène se fait très souvent à partir des tauromachies populaires qui ont un ancrage local très fort et en pleine croissance. Plusieurs participants au colloque, et même des jeunes toreros, ont avoué s’être intéressés à la corrida après avoir fréquenté ou pratiqué les autres traditions taurines.
Les tauromachies populaires sont au nord et à l’est de l’Espagne, de toute évidence, le plus grand vivier d’aficionados, et même de professionnels, lorsqu’il n’y a pas de transmission tauromachique dans le milieu familial. Le corolaire de ce particularisme du nord et du levant est que l’aficion des jeunes ne correspond pas à un profil politique prédéterminé et excluant, comme c’est souvent le cas à Madrid, dans les régions environnantes et en Andalousie, mais plutôt l’expression d’un rapport au taureau bravo, sauvage, qui s’apparente davantage à celui des régions taurines françaises ou de l’Alentejo portugais, porteurs d’une tradition locale bien antérieure à la corrida.
C’est sans doute la participation de jeunes, dans le public et sur scène, et leurs affirmations dans un sens ou un autre, ce qui a été, à mes yeux, l’un des atouts majeurs de la présente édition des journées navarraises.
Les organisateurs ont réservé un temps à la tauromachie française, en faisant un hommage à la revue Toros dans son centenaire, puis à la tauromachie universelle au cours d’une table ronde, consacrée, dans l’ordre, aux aficiones de Paris, New York, le Mexique et Madrid, orchestrée par la présidente des arènes de Grenade, Ana Álvarez. Il y a eu, forcément, une part très descriptive adressée au public, vu que la relation de ces villes et de ces pays à la tauromachie et à la corrida, est très différente. J’ai essayé de faire de mon mieux pour expliquer Paris, et le CTP (mais j’ai aussi cité CulturAfición), la bonne mesure toriste-toreriste de notre club et son attachement aussi bien à l’Espagne – nord et sud – qu’à la France taurine d’est en ouest. J’ai rappelé la définition – bel oxymore – que nous avait réservée Luis Francisco Esplá lors des 70 ans du club : des aficionados professionnels.
Finalement, un dernier thème abordé par le congrès de Pampelune a été celui de la communication taurine. Deux interventions, très différentes, sur les deux journées, m’ont paru particulièrement passionnantes : celle de Federico Arnás (qui commente actuellement les corridas de San Isidro sur Télé Madrid) et celle d’Eneko Andueza, auteur de l’ouvrage La tauromaquia desde la izquierda, le courageux députe socialiste basque qui, à contre-courant de son parti et de sa région, défend la tauromachie tous azimuts. Les deux ont fait l’unanimité des assistants par la qualité de leurs prestations et par la richesse des arguments exposés.
Finalement, donc, quatre grands domaines ressortent de l’ensemble des questions traitées : la définition de la bravoure du taureau de combat, les jeunes et la corrida, la tauromachie sur la scène internationale et la difficile et restreinte communication tauromachique. Toutes ces questions ont été abordées en général mais aussi à partir d’un focus local, régional que la prééminence taurine de Pampelune et sa personnalité propre justifie pleinement.
J’avoue avoir passé deux très belles journées, parlant tauromachie avec des gens divers et variés, tous des aficionados passionnés, et profitant de l’accueil amical et toujours exquis de nos hôtes navarrais.
Araceli Guillaume-Alonso
NB Les textes des deux journées ont été édités d’avance par les organisateurs et remis à l’ensemble des assistants, sous la forme d’un livre publié par la ETSIAB /Universidad Pública de Navarra.
Photos Jean Yves Blouin



















































































