club taurin de Paris

Le club taurin de Paris depuis 1947

  • LE CLUB
    • Les activités du club
    • Contacter/Adhérer
    • Petite histoire du club
    • Le livre d’or
  • LES REUNIONS
    • Temporada 2014/2015
      • Jose Cutiño
      • Soirée José-Luis Ramon
        • Jose Luis Ramon
      • Juan Leal
    • Temporada 2013/2014
      • Abbé Christian Coucourron
      • Alain Bonijol
      • Juan Carlos Carreño
      • Manuel Escribano
      • Michel Cloup
      • Jose Luis Ramon
      • Vicente Zabala de la Serna
      • Jacky Siméon
      • Assemblée générale 2013
    • Temporada 2012/2013
      • Le club à Bilbao
      • Fête du club
      • Comment voir le taureau ?
      • Leopoldo Sanchez Gil
      • Roland Chemama
      • Jacques Durand
      • Morenito de Nimes
      • Curro Javier
      • Diego Urdiales
      • Patrica Navarro
      • Assemblée générale
    • Temporada 2011/2012
      • Le club à Bilbao
      • Fête du club
      • A. Guillaume Alonso/F. Zumbiehl
      • Carlos Abella
      • Michel Cloup
      • Anabel Moreno
      • Curro Diaz et Alvaro Martinez Conradi
      • Assemblée générale
      • Ivan Fandiño
      • Jose Carlos Arevalo
  • PRIX RENCONTRE
    • Le Prix de la Rencontre 2023
    • Le Prix de la Rencontre 2012
    • Le palmares
  • ACTUS TAURINES
    • Soutien à Clarin taurino
    • TOROS ! A BEAUBOURG
    • Collectif Pedro Llen
  • ARCHIVES
  • LIENS
    • Arènes
    • Presse taurine
    • Divers

Grande Tarde avec Vicente Ruiz El Soro

Publié par myriamcomte le 6 mars 2025
Publié dans: LES REUNIONS. Poster un commentaire

El Soro au club taurin de Paris, le 4 mars 2025

C’est une des richesses du Club Taurin de Paris, de ne pas se contenter d’inviter les gloires médiatiques du moment, mais de rendre hommage à ceux qui ont fait vivre la corrida et méritent de laisser leur trace sur le « wall of fame » du monde taurin.

C’est à ce titre, que Vicente Ruiz El Soro était l’invité du CTP en ce 4 mars, et l’on peut dire qu’il n’a pas déçu !

En le présentant, Nicolas Havouis le décrit comme un homme qui a fait des folies ! Mais surtout comme un torero populaire, en remarquant qu’en Espagnol, pueblo signifie à la fois peuple et village. D’où l’amour qui dure depuis toujours entre El Soro et le peuple de Foyos son village natal.

Cartel de la corrida de Caceres, du 29 mai 1983.

Il souligne qu’El Soro est un torero majeur des années 80-90 et un des plus grands banderilleros de l’histoire taurine : en témoignent ses cartels avec Espla, Mendez, Morenito de Maracaï et Nimeno. C’est un modèle d’alegria en tauromachie qui a survécu à d’innombrables blessures et réussi à surmonter la destruction de son genou dans les arènes pour revenir toréer après 20 ans de soins et d’opérations.

Il lui attribue la phrase : «  j’aime les paellas mais pour faire ce que j’ai fait, il faut des « cojones » (attributs qui ne sont pas spécifiquement masculins mais parfaitement taurins !)

Cet accueil se termine par un « aurresku » musical offert par Michel Pastre, saxophoniste de jazz bien connu qui sortira de son registre pour enchainer sur un paso doble appris la veille. Visiblement El Soro apprécie et rythme les thèmes de ses battements de mains.

El Soro lui-même prend alors la parole pour évoquer les souvenirs moins de sa carrière de torero que de sa vie : « J’ai 3 amours : Eva (sa compagne), la musique et le toro. » Grâce à ce dernier il a parcouru le monde pendant 20 ans ce qu’il n’aurait pu faire dans aucune autre profession. 

Son père était novillero et devait faire vivre une famille de 9 frères et sœurs.

Dans sa jeunesse, il aimait déjà beaucoup la musique, mais alors qu’il devait jouer avec la banda des arènes, un jour de corrida, il s’échappa car il avait décidé (à 9 ans) qu’il ne voulait plus être musicien, mais devenir torero.

Il a même fait partie d’une troupe de toreros comiques, dans la partie sérieuse.

El Soro au Club taurin de Paris, le 4 mars 2025. ©JYB

Sur sa carrière, pourtant brillante, El Soro n’insiste pas. Il reconnait que ses maitres, les grands banderilleros de son temps, lui ont appris à avoir l’intuition du toro pour maîtriser le deuxième tercio. Il a beaucoup aimé sa profession, travaillé son corps « gordito » (enveloppé) pour pouvoir faire même le recortador et réussir.

Pour lui, dans la fiesta authentique, il y a le toro, lui et rien d’autre. La façon de galoper est le langage du toro mais son regard aussi est un signal. « S’il n’y avait pas de toros, il n’y aurait pas d’artistes et le monde n’existerait pas ! »

Pour rendre hommage à trop de ces artistes qu’il a vus mourir autour de lui, ( Paquirri, Caceres, Montoliu,) El Soro prend sa trompette et, concentré et visiblement ému, joue alors l’Ave Maria de Schubert.

El Soro, musicien plein d’émotion, au Club Taurin de Paris, le 4 mars 2025. ©JYB

Question : Valence est une terre de taurins et de musiciens : quel lien fait-il entre la tauromachie et la musique à Valence ?

Quand il était petit et regardait le ruedo, il voulait être comme Granero torero et musicien. (Granero outre d’être un matador de classe était un violoniste reconnu). L’art est le hasard du torero valencien. Et en hommage aux artistes valenciens, El Soro ressort sa trompette et joue un extrait du Concerto d’Aranjuez de Rodrigo.

Lui-même a connu son lot d’accidents, subissant 62 séjours à l’hôpital dont 49 pour sa seule blessure au genou, et recevant à 3 reprises l’extrême onction. À l’approche de la mort, « on pense à l’amour, à la famille et à Dieu ».

D’ailleurs, « la vie est un rêve » !

Arrivée d’El Soro au Club Taurin de Paris, le 4 mars 2025. ©JYB

Il a dépensé toute sa fortune pour trouver, aux 4 coins du monde, le chirurgien qui lui permettrait de marcher et courir pour revenir dans l’arène : le docteur miracle qui l’a opéré voulait lui couper la jambe ! Son obstination à vouloir re-toréer n’a pour objet que de montrer aux jeunes générations le « bon chemin ». 20 ans après sa blessure, il revient aux arènes malgré son poids, maigrit et s’entraine comme avant et il triomphe en 2015 au cours d’une tarde d’anthologie à Valence où il est allé à porta gayola, assis sur une chaise car il ne pouvait pas s’agenouiller ! Ce jour là, son Mozo de espada refusait de l’habiller car « c’était aller à la mort ». Mais lui voulait encore ressentir 20 ans après, la tension, le toro, le public, les caméras. Même son fils ne voulait pas rester aux arènes, par peur de le voir se faire prendre par la corne.

Question : Vous qui avez affronté la mort, que ressentiez-vous à porta gayola ?

Il est allé très souvent à porta gayola, mais le toro est un  mystère. La suerte de porta gayola est basée sur l’attente, la patience, pour capter son attention au dernier moment.

Une fois, agenouillé devant la porte de la peur, il a vu 2 toros sortir en même temps : lorsqu’on lui a piqué la devise sur le morillo, la réaction du premier a été telle qu’il a défoncé la porte du chiquero voisin et que les deux toros sont sortis ensemble : émotion !

El Soro musicien au Club Taurin de Paris, le 4 mars 2025. ©JYB

En guise de conclusion, El Soro joue « Comme d’habitude » avant d’enchainer avec « Valencia » en duo avec Michel Pastre, sous les applaudissements d’aficionados enchantés.

El Soro avec Araceli Guillaume Alonso, Nicolas Havouis et Patrick Guillaume au CTP le 4 mars 2025. ©JYB

La soirée se poursuivra dans un bar à vins voisin où El Soro signera le livre d’or du Club et appréciera l’enthousiasme des membres du CTP et se pliera volontiers aux obligations de la photo souvenir.

El Soro avec une partie des membres du CTP le 4 mars 2025. ©JYB

Texte et photos Jean Yves Blouin extraits de son blog Face à la Corne et membre du Club taurin de Paris.

The Sorrow (mars 2015) nouvelle de Nicolas Havouis membre du Club taurin de Paris

The Sorrow

Après des années de paresse et d’entreprises pas très heureuses, les affaires s’étaient mises à bien marcher pour Luis. Il disait « j’ai eu de la chance. Ou alors je dois être doué pour la seule activité qui me rend modeste.» Comme Luis était devenu un homme d’affaires avéré et qu’il avait voulu être torero, le maire lui proposa de diriger les arènes de sa ville.

_Je ne sais pas si je devrais avait répondu Luis. D’habitude je ne réussis que ce qui m’ennuie un peu. Et ça, ça m’intéresse beaucoup.

Dès lors il se consacra plus aux arènes qu’à ses « vraies »affaires. Il réussit à ne pas perdre d’argent, et même, grâce à sa notabilité renforcée, à en gagner davantage avec les vraies affaires. Luis s’associa dès le début avec Manolo Rojas un empresario taurin expérimenté qui s’occupe de la partie ennuyeuse, l’administration, tout ça… et qui en plus l’oblige à rester raisonnable. Les jours précédant les corridas, il y a foule devant le bureau des associés. Beaucoup d’habitués : bénévoles, membres de peñas, journalistes de petits journaux ou de petites radios.

L’associé désigne un nouveau venu._ Tu sais qui c’est le type en costume avec la cravate de travers ? Il me dit quelque chose. Quand tu t’habilles comme ça avec la chaleur qu’il fait, c’est que tu veux faire savoir que tu as été torero.

Luis le reconnait tout de suite_ C’est El Soro

_Ah oui, bien sûr. J’espère qu’on n’a pas pris un coup de vieux comme ça nous. Déjà on est moins gros.

_ Là encore, il n’est pas trop mal. Tu l’aurais vu il y a cinq, six ans il pesait dans les cent-vingt kilos.

Soro laisse passer les autres avant lui. Certains l‘ont reconnu et lui donnent du « maestro »ou du « torero »tant qu’ils peuvent, Soro parvient à peine à leur sourire.

Luis n’a pas très envie de le voir. Il est sûr que Soro vient lui demander un service qu’il ne pourra probablement pas lui rendre. Tous les autres sont partis, il va bien falloir y passer maintenant.

_ Vicente ! Si j’avais su que tu étais là, je t’aurais reçu tout de suite. Tu veux boire quelque chose ? Soro lui donne un abrazo triste.

_ Tu veux des billets pour ta famille ? Tu n’as même pas besoin de me demander, je te fais un laissez-passer, tu rentres au callejon quand tu veux.    

_Merci, ce n’est pas ça. C’est… la feria.

_ Oui la feria. Celle de mars a pas mal marché. On va a mas torero. Lentement mais surement.

_Tu te rappelles la dernière fois qu’on s’est vus ? Tu m’as dit que quand je serai prêt, quand j’aurai perdu mes kilos en trop et que je pourrai marcher normalement, tu m’engagerais dans tes arènes. Et bien ça y est, je suis prêt.

_Oui je t’ai dit ça Vicente. Excuse-moi mais je n’ai pas l’impression que tu sois prêt. Attends, tu marches avec une canne !

_ Ça c’est parce-que je viens de me faire opérer. Dans trois mois je cours comme un lapin.

_Combien de fois tu as été opéré ?

_38 fois.

_38 opérations ! Et tu veux encore toréer ! Vraiment je t’admire.

_Admire-moi comme torero. Dans la plaza. C’est pour toréer que j’en ai bavé comme ça. Tu m’engages pour la feria de juillet.

_Mais tu n’es pas en état de toréer Vicente !  Je ne peux pas te laisser faire ça. Tu vas te faire tuer.

_Je te dis, dans trois mois je cours.

_Commence déjà par marcher normalement.

_Quand je pourrai courir, tu m’engageras ?

_ Ça fait vingt ans que tu ne peux plus courir.

_Quand je pourrai courir, tu m’engageras ? Tu me l’as dit. On s’est tapé dans la main.

_J’espère Vicente.

Soro revient quelques mois après. Je suis prêt maintenant. Tu peux m’engager.

_C’est de la folie.

_ Non, je suis prêt. Tu ne peux pas savoir combien j’ai souffert pour être prêt. J’ai une fille de treize ans, elle ne m’a jamais vu toréer, tu te rends compte ? C’est pour elle que je veux toréer. Et pour moi aussi. Je ne pense qu’à ça : retoréer. Si je ne torée plus… tu te rappelles Christian Nimeno ? Je crois que je pourrais faire comme lui.

_ Ne dis pas ça Vicente. Tu es trop bon vivant toi.

_ Tu crois que ça m’empêche d’y penser ? Quand je ne voyais pas le bout, que je n’arrêtais pas de me faire opérer ? Christian aussi, il adorait ses enfants mais quand il a compris qu’il ne pourrait plus toréer, ben là, tout a lâché.

_ Elle doit être jolie comme un cœur ta fille. Tu as des photos ?

_ Oui, regarde comme elle est belle. Mes seules joies ces dernières années, c’étaient ma femme et ma fille.

Luis se doutait que l’adorable fillette serait en communiante sur les photos. Oh elle n’est pas maigre ! Elle a l’air de s’ennuyer bien comme il faut mais ça, à une communion c’est normal.  

_ Ça fait tellement longtemps que je rêve qu’elle me voit toréer. Je ne tiens que pour ça. Je suis torero. Fais-moi toréer !

Luis regarde Manolo son associé si dur en affaires d’habitude. Lui il aura le courage de refuser. Luis est surpris de le voir aussi ému. Il connait bien Manolo, pourtant il est incapable de deviner ce qu’il va dire. « Il serait d’accord pour l’engager ? Si c’est comme ça, moi aussi.» 

Enfin Manolo parvient à dire_ Ecoute Vicente, tout est bouclé depuis longtemps cette saison. Tu sais, nous on ne gère que ces arènes. On n’est ni très riches ni très puissants. Tu les connais les grands empresarios, c’est à eux que tu devrais demander.

_ Je suis venu demander à Luis parce qu’on a toréé ensemble et qu’il m’avait promis de m’engager.

_ Mais ça c’était quand tu étais jeune.

_ Quand j’étais jeune, je n’avais pas besoin de lui. C’était plutôt lui qui avait besoin de moi.

Depuis un moment Luis a l’impression de ne plus être le directeur des arènes mais seulement un spectateur qui observe deux acteurs, deux actifs.

_Vicente ce n’est pas raisonnable dit Manolo. Tu connais le refrain : « toro de 5 ans, torero de 25 ». Toi  tu en as 55 et en plus tu boites. Tu as besoin d’un peu d’argent ? On est prêts à faire un effort.

_ Vous pouvez vous le garder votre pognon de merde ! Merci beaucoup de ton aide Luis. Comme tu dis « tu te mets en dix pour tes amis ».

Porte claquée, mort probable d’une amitié.

_ Il n’a pas changé dit Manolo. Comme torero, c’était un de ceux qui avaient le moins de classe mais qui avait le plus de panache. Manières rustiques, sentiments élégants… Tu te souviens ? Il crachait en piste, une fois je l’ai même vu se moucher avec ses doigts. On ne peut pas dire que c’était un fin torero « de exquisitez». Mais il en avait une paire énorme et il la posait devant le toro.

_ J’aurais bien voulu l’aider dit Luis. Mais on ne pouvait quand même pas l’engager.

_ J’ai hésité répond Manolo.

_Moi aussi. Je pense qu’il ne voudra plus jamais me parler. Ça me fait de la peine, je l’aimais bien. Mais on ne peut pas faire n’importe quoi non plus. Tu imagines : on le fait toréer, il s’en sort à peu près ; tout de suite les anti-taurins vont dire « vous voyez bien que c’est du bidon, même un infirme peut se mettre devant un taureau ».

_ Les anti-taurins, ils diront toujours ça. Moi je crois que c’est plutôt les toristes purs et durs qui nous auraient emmerdé. Mais ils sont combien ici ?

Une semaine passe, Manolo dit à Luis_  Ça m’a perturbé cette histoire. J’ai fait les comptes, si on l’engage, on ne perd pas d’argent. Au contraire, ça fera un petit évènement. Il lui reste des partisans dans son bled, ça amènera un peu de monde qu’on n’a pas d’habitude. On le met avec deux figuras, lui on le paie ce qu’on veut. Avec ce que va donner la télé on ne devrait pas être mal.     

_ Et ce qu’on avait dit ; le sérieux de la plaza et tout ? S’il se fait tuer ou s’il finit en chaise roulante, tu veux être responsable ?

_Bien sûr que non. Mais il veut tellement toréer. Il sait parfaitement ce qu’il risque. C’est quand même lui qui était au cartel avec Paquirri et Yiyo quand ils se sont fait tuer. Qu’est ce qui le fera mourir le plus surement, toréer ou ne pas toréer ?

Soro revient donc au bureau. Il est accompagné de sa fille, il est tout heureux. C’est un festival d’abrazos. Personne n’a jamais été fâché. Luis est de nouveau son ami, il parle de nouveau en directeur.

_ Vicente dit- il tu nous as touchés espèce d’enfoiré. Je ne suis vraiment pas persuadé qu’on a raison mais on va t’engager finalement.

Soro redonne des abrazos à derriber un cheval. Il pleure, il fait pleurer les autres. Trois machos en larmes. Seule la fille du Soro ne pleure pas. Elle embrasse quand même son papa gentiment. C’est comme sur ses photos de communiante, elle a toujours l’air de s’ennuyer. Il n’y a que son téléphone qui semble l’intéresser ou la faire sourire un peu.   

El Soro la légende continue ! Il y a quelques affiches comme ça plutôt en banlieue qu’en centre- ville, au milieu d’autres publicités pour des superettes ou des puticlubs. Les affiches plus grandes et mieux placées annoncent les vedettes. Mais il y en a quand même quelques- unes du Soro. Ses amis n’ont sans doute jamais été tristes d’aller à la « fiesta de los toros ». Ils voudraient que ce soit déjà fini. Soro a préparé une belle arrivée à l’ancienne, en calèche avec sa cuadrilla comme les toreros du 19ème siècle. C’est une « estampe ». Luis pense que même en calèche et habit de lumières, Soro a toujours un peu l’air d’un camionneur. Soro salue à tout-va qu’il connaisse ou pas et bien sûr il s’arrête à la chapelle. Il prie et remercie le Seigneur ainsi que les Saints et Madones d’un peu partout et il embrasse une par une les médailles qu’il porte autour du cou. Il y en a pour à peu près dix minutes et 700 grammes. De retour au patio de caballos Soro savoure. Ses amis très nombreux, très émus ont du mal à lui parler ou même à ne pas pleurer. Les autres disent ce qu’on dit toujours. Soro n’y croit pas plus qu’avant mais comme il ne l’a pas entendu depuis longtemps, il est content.

Premier paseo du Soro depuis plus de vingt ans. Il s’est teint les cheveux en une sorte d’auburn aux reflets obispo ou burdeos. Il porte des zapatillas orthopédiques et un habit de lumières asymétrique. Le talon droit est deux fois plus haut que le gauche, une jambe de pantalon descend jusqu’à la cheville, l’autre s’arrête au- dessous du genou. Avec tout ça, plus son ventre et sa prothèse, on ne serait pas surpris qu’il se mît à chanter « J’ai la rate qui se dilate, l’estogomme qui se dégomme etc. »   Non il reste classique : signe de croix et « Suerte » pour les companeros. Soro empoigne sa jambe droite, il la lance et il avance, ça fait penser aux automobilistes qui démarraient à la manivelle. Il traverse le ruedo, l’air résolu et la démarche instable. Ses amis ont de plus en plus peur. 

Sortie du premier toro plus grand et plus respectable qu’on aurait pu croire. Soro lui donne des véroniques que Luis trouve templées. Le style est plus sobre qu’avant, sans doute parce que Soro ne peut plus faire autrement. En tous cas il ne « fait pas le ridicule » comme on dit en espagnol et comme beaucoup le craignaient. Soro était un des meilleurs banderilleros de son époque, peut-être même un des meilleurs de l’histoire, la plupart des aficionados qui « savent » en conviennent, y compris ceux qui ajoutent qu’il était un des pires muleteros. Alors Soro prend les banderilles. Comme au temps où le public venait le voir pour ça. Comme s’il ne voulait pas savoir qu’il est devenu presque invalide._ Il ne va quand même pas faire la moviola se dit Luis. Mais si ! Il fait la moviola, une suerte qu’il aurait inventée. Il court vers le toro en tournant sur lui-même. Avec sa prothèse et ses semelles orthopédiques, il a toutes les chances de se casser la figure. Il se retrouve face au toro juste au bon moment et il plante, ce qui prouve que malgré tout ce qu’on a dit contre lui, il connait bien les terrains et qu’il a de la vista. Pouvoir faire ça sans toro c’est déjà un accomplissement magnifique lorsqu’on a subi autant d’opérations. Le faire devant un toro c’est incroyable, fou, admirable, effrayant et cent autres adjectifs. El Soro ! Un critique avait écrit qu’il ressemblait davantage à un sapeur- pompier qu’à un torero. Il reste qu’aujourd’hui Soro est entré dans l’histoire de la tauromachie. Soro brinde à sa femme le toro du retour. On se demande si son cachet couvrira les frais de maquillage de Madame. Tout en étant correctement présenté, le toro est une petite sœur de la charité ou il pratique le grand pardon, comme on voudra. Il rate la cible, laisse le temps ; on ne pouvait pas demander mieux. Face à un autre  torero, un toro d’une telle gentillesse semblerait inoffensif ; face au Soro il paraît « terrorifique ». Si l’on montrait ça aux anti corrida, peut-être diraient ils « pauvre homme » au lieu de « pauvre taureau». Ça se finit bien. Il y a eu quelques passes assez bonnes. Soro coupe une oreille. C’est mérité et/ou c’est normal. Personne ne proteste, pas même ceux qui ont trouvé le spectacle indigne. Sans doute ne veulent-ils pas gâcher la fête de cet homme qu’ils admirent malgré tout. La vuelta est savourée comme il se doit. C’est le moment le plus agréable pour tous.

Soro donne une belle interview soresque à la télé. _ Pour faire ça, il faut des COJONES, mot qu’il dit trois plus fort que les autres. Oui j’aime la paella, les beignets et tout. Mais aujourd’hui c’est comme hier, Valence avec le Soro et le Soro avec Valence.

 Tout Valence peut-être pas. Le maire nouvellement élu fait probablement exception, il vient de déclarer que si ça ne tenait qu’à lui, il interdirait les corridas sans délai.

Deuxième toro. Soro va a porta gayola comme avant. Sauf qu’il ne peut plus se mettre à genoux. Alors il prend une chaise et s’assied face au toril. C’est un nouveau moment historique. Soro est non seulement le seul torero à être revenu après 20 ans d’absence mais aussi le seul à pratiquer la porta gayola assise. Ça passe. Le toro est beaucoup plus difficile que le premier. Soro montre qu’il a, en effet, de gros attributs. Il peut à peine bouger, il est constamment à la merci du toro. Ça ne l’empêche pas de sourire et de donner, comme avant «  des passes de toutes les marques ». Luis, comme tous les amis du torero, a hâte que ça se finisse. Soro conclut dignement. Le toro l’a renversé : vertèbre fracturée. C’est sans doute mieux ainsi, ça l’empêchera de toréer avant longtemps. Dès la fin de la course Luis remonte  son bureau. Il n’a pas envie d’entendre les critiques ou les compliments. Il dit à Manolo_ Tu sais, j’ai vu tous les grands quand ils étaient vraiment grands, j’ai vu le solo de Jose Tomas à Nîmes, les Victorinos de Madrid en 82 etc. Tu ne me croiras pas mais la corrida d’aujourd’hui c’est une des 4 ou 5 qui m’auront le plus ému dans ma vie.

_Non je crois que tu es capable de penser ça aujourd’hui. Demain ce sera autre chose. Si j’étais méchant je répéterais que tu as comparé Soro avec Jose Tomas.

_Je ne le compare pas, je vais te dire ; à mon avis presque tous les toreros en activité auraient pu donner de meilleures passes que celles qu’il a données. Mais c’était au-delà du toreo. L’important c’est ce qu’il a fait pour toréer. Je ne voulais pas voir ça, je ne voudrais pas le revoir, mais je suis bouleversé de l’avoir vu. C’était le rêve impossible accompli. Le Quichotte de la banlieue valencienne. Le grotesque et la grandeur ! L’Espagne !

_ L’Espagne que beaucoup d’espagnols n’aiment plus.

Ils ont tort. 0n peut aimer ça sans aimer Franco.

_Les américains aussi, ils pourraient aimer ça. Pas la corrida mais le brave type qui est le seul à croire en lui, qui lutte, qui tombe, qui remonte et qui y arrive. Tu remplaces le toro par le maverick et tu y es.

_On a bien fait de l’engager non ? La joie qu’il avait ! J’en ai pleuré.  On ne pouvait pas le priver de ça.

_ On a eu de la chance que ce soit bien passé.                  

Les semaines suivantes Luis écoute jusqu’à l’indigestion des dizaines de versions de The Impossible Dream. C’est une chanson extraite d’une comédie musicale « L’homme de la Manche ». C’est du Quichotte populaire, la vulgarisation de Quichotte par Broadway. C’est trop facile et vulgaire, en fait, de ne dire que ça. Comme c’est trop facile et vulgaire de ne parler que de la vulgarité du Soro. C’est une assez belle chanson, un peu grandiloquente. Souvent ceux qui la chantent y remettent du « schmaltz »et du sirop et ça dégouline. Ça dégouline aussi avec Soro, les gros sourires, les larmes, les desplantes du téléphone et autres fantaisies du meilleur goût. Mais, la preuve, ça peut vous bouleverser.

Le président de la fondation « Les accidentés de la vie» convoque Luis qui a accepté pour une durée limitée d’être l’agent du Soro.

_ C’est grand ce qu’a fait Soro. Il n’y a pas meilleur modèle pour les accidentés de la vie. Pour moi il incarne exactement le message que nous voulons faire passer. Est-ce que vous pensez qu’il serait d’accord pour faire une campagne de promotion avec nous ?  

Soro accepte avec enthousiasme. C’est sa conception du toreo. D’autres signent toutes les pétitions, lui torée tous les festivals pour les bonnes causes. Il refuse d’être défrayé. _ Non, c’est Soro avec les accidentés, les accidentés avec Soro.

La fondation annonce que Soro sera son prochain ambassadeur. Aussitôt une pétition circule sur les réseaux sociaux. _Ethique pour les accidentés. Pas d’assassins pour nos victimes.

Le président appelle Luis_ Ce ne sera pas possible pour la campagne. Désolé.

_Pourquoi ? Vous avez dit qu’il incarnait exactement le message que vous vouliez faire passer.

_Oui mais je ne pensais pas qu’il y aurait toutes ces polémiques.

_Il n’y en a pas plus que d’habitude. C’est internet ça.

Peut-être mais nous voulions quelqu’un qui incarne le message et, il faut bien l’admettre, choisir un torero, ça le brouille le message. Si ça tourne au débat pour ou contre la corrida, ça ne nous intéresse pas. Notre but est d’aider les accidentés, de leur montrer des modèles, leur dire « vous voyez, ils y sont arrivés, vous aussi vous le pouvez. » Et, autre inconvénient, si nous prenons un torero, la plupart des entreprises et des institutions qui nous financent cesseront de le faire. Elles ne veulent pas dégrader leur image ou même risquer un boycott. Notre fondation ne peut pas se permettre ça. Vous savez que j’aime la corrida, que j’admire profondément Soro, mais ce qui compte ce n’est pas mes goûts, c’est d’être efficace. C’est mon rôle de président.

_Vous êtes allé le chercher pour l’humilier comme ça…

_ Je n’ai jamais voulu l’humilier. Ça m’embête vis-à-vis de lui mais, d’un autre côté ça lui faisait de la pub aussi. Qu’est-ce que je lui dois en fait ? C’est dommage. Ça n’aurait pas dû se passer comme ça mais c’est comme ça. Si on lui faisait un beau chèque  vous  pensez que ça le consolerait ?     

Peut-être bouleversé lui aussi le maire de Valence a annoncé qu’un grand hommage serait rendu au Soro. Mais il a été battu aux élections juste après et le nouveau maire a d’autres priorités, en particulier celle de déclarer « Valence ville anti taurine ».

Le dernier en date, un aficionado parisien, a pris rendez-vous avec Luis.

_J’ai été absolument bouleversé par le  Soro. Ce n’est pas bon signe se dit Luis. J’aimerais beaucoup l’inviter au club « Le ruedo de Paris ». Je ferais un petit discours de présentation où je retracerai sa carrière en évoquant l’aspect tauromachie populaire, Soro torero de son terroir, de son village, ce lien avec le peuple qui est en train de disparaître hélas !  Après je parle de Soro le modèle (il ne va pas me faire le même coup que les accidentés, j’espère se redit Luis) par exemple dire : on se plaint quand on a un petit bobo et Soro, après toutes ces opérations il s’est remis devant le toro. Il représente vraiment une inspiration pour nous, même si le mot inspiration fait un peu trop religieux. Et je conclus comme ça _Maestro. Torero. Héros. Bienvenue à Paris et, pour tout ce que vous avez fait, pour tout ce que vous êtes, au nom de tous ici, et là je lui ouvre grand mes bras, j’aimerais vous donner un abrazo muy fuerte. Vous voyez ? Je pense qu’avec son histoire, avec son personnage, avec la chaleur des aficionados parisiens, nous avons la réputation d’être froids, nous lui prouverons le contraire, ça fera une très belle soirée.     

Une semaine plus tard l’aficionado rappelle Luis._ Excusez- moi, vous avez transmis mon invitation au Soro ?

_Oui ne vous en faites pas. Il est très content d’aller à Paris. Et sa femme est encore plus contente. Ils vous ont acheté plein de souvenirs de la région.

_Aïe ! Je viens de parler aux responsables du club. Ils ont toujours été d’accord avec ce que je leur ai proposé mais là ça ne les intéresse pas. Ils disent_ excusez- moi_ « Soro c’est un bourrin et c’était lamentable sa corrida à Valence.» En plus ils pensent qu’il n’est pas capable d’aligner trois mots. Voilà pour l’accueil chaleureux dont j’avais rêvé. J’ai insisté, je leur ai dit que Soro était un modèle d’aficion. Nous avons des aficionados magnifiques au club mais personne, ni chez nous ni ailleurs ne peut prétendre avoir une aficion aussi belle, aussi absolue que la sienne. Personne n’a passé tout ce temps à l’hôpital, personne n’a dépensé presque tout ce qu’il a gagné. Et pourquoi ? Pour se mettre à 50ans passés, avec à peine une demi- jambe devant un toro de 500 kilos. Ils n’ont pas voulu me dire non carrément, ils m’ont dit « on essaiera l’année prochaine ». Bref, ça tombe à l’eau. 20 ans de souffrance et que de l’indifférence! Je m’en veux terriblement si j’ai vexé Soro. Je  suis vraiment désolé.

Qu’est- ce qu’on peut faire ? se demande Luis. Réécouter The Impossible Dream ? Il y en a un peu marre mais le moment l’exige. Nouvelle profusion de Quichottes incarnés par des chanteurs de charme tout sourire et smoking.

To dream the impossible dream gnagnagna

To bear with unbearable sorrow….This is my quest. Etc.

Rêver le rêve impossible. Supporter avec un insupportable chagrin. Telle est ma quête.

Sorrow/Soro  ça va de soi. Quichotte au physique de Sancho Panza, vestige d’une Espagne paella, castagnettes et corrida. Sa quête, les espagnols modernes s’en foutent et, pour les « bons » aficionados, ce n’est pas grand-chose d’autre qu’une farce un peu embarrassante. Les historiens se sont à peine aperçus de son retour historique et, quand on commence par lui dire « vous m’avez bouleversé, ça se finit presque toujours en «je suis désolé».

Il ne reste à peu près qu’une rue et un paso doble à son nom. That is the sorrow.     

A notre ami Paul Cahoua

Publié par myriamcomte le 1 mars 2025
Publié dans: LES REUNIONS. Poster un commentaire

Séville 2017 photo Emmanuel Burlet

Nous avons appris avec une profonde tristesse le décès de Paul Cahoua survenu le 19 février 2025.

Pendant un quart de siècle, à partir du milieu des années 70, Paul Cahoua, dans les fonctions de Secrétaire général, a formé avec le président André Berthon une pareja exceptionnelle qui a établi durablement l’identité du Club Taurin de Paris comme un foyer d’aficion éclairée et ouverte. A l’approche rationnelle et technique du président, il apportait une vision plus sensible et esthétique mais tout aussi exigeante, habitée par l’enracinement des jeux taurins dans la fête et les traditions locales. Il fut un ardent et actif promoteur et organisateur de voyages et déplacements collectifs dans des ferias françaises et espagnoles et se montrait toujours attentif à diversifier les activités du Club sans oublier les dimensions touristiques, gastronomiques et festives comme en témoignent son attachement à la feria de Pampelune ou son carnet d’adresses des tables landaises et basques. Dans le climat des fêtes, ce haut fonctionnaire laissait libre cours à un humour pétillant voire à quelques espiègleries qui surprenaient ses amis et dont lui-même souriait sous cape. Animateur à l’imagination fertile, il avait ainsi organisé en juin 1988 pour les membres du Club un mémorable rallye taurin dans Paris dont la conclusion à Sceaux a marqué le début de la tradition de la « fête du Club ». Homme de grande culture, il se montrait sans égal pour discerner les forces et les faiblesses des artistes de l’arène, dans le choix des mots et des situations, il y montrait la justesse généreuse du caricaturiste de talent ; avec sa gourmandise des mots, il se plaisait à conter ses découvertes en s’attachant à rapporter les péripéties d’une course avec une parfaite exactitude sans user d’un seul terme technique en espagnol.

Tous ceux qui ont eu la chance de partager le commerce amical de ce compagnon de feria exceptionnel conservent comme un bien particulièrement précieux les sonorités de sa voix douce qui savait si justement vous accueillir avec sincérité, vous associer avec générosité et susciter avec ironie une complicité critique envers les petites faiblesses du monde. Il savait avec bonheur faire vivre en les rapportant aussi bien les nuances d’un combat de l’arène que les incidents d’un voyage, y compris ceux dont il avait été l’acteur majeur en tant que chauffeur aussi passionné qu’inexpérimenté.

Quels que soient les moments, quels que soient les sujets, sa chaleureuse présence vous entrainait toujours à savourer la richesse des plaisirs que savent offrir moments et récits authentiquement partagés. Paul demeurera toujours présent dans le cœur ce ceux qui ont pu vivre avec lui des moments de communion aficionada.

Jean-Pierre Hedoin, Président d’honneur du Club taurin de Paris

Bilbao 2016 photo Emmanuel Burlet

Lettre à Paul

sur la route de Ronda 1987 photo Emmannuel Burlet
dans las arènes de Ronda 1987 photo Emmanuel Burlet


Yves Charpiat fonctions des vétérinaires taurins

Publié par myriamcomte le 19 février 2025
Publié dans: LES REUNIONS. Poster un commentaire

Ce mardi 11 février, au Loubnane, le Club Taurin de Paris accueille Yves Charpiat, Docteur Vétérinaire, Président de l’Association Française des Vétérinaires Taurins (AFVT), membre du comité de rédaction de la revue ToroMag.

Myriam Comte ouvre la soirée : Yves Charpiat est né à Paris, fit sa prépa à Paris au lycée Saint Louis puis l’école vétérinaire de Toulouse. Son épouse, originaire de Noirmoutier, le conduit à s’installer et exercer (ville et rural) en Charente Maritime,

Sans tradition familiale, il découvre tardivement la corrida avec un copain lors d’une retransmission de corrida avec Victor Mendes et El Soro sur Canal +, C’était en 1988, il a alors 35 ans,

Il assistera ensuite à des corridas à Floirac, puis Dax et Vic.  Ce qui l’a touché c’est l’intensité du spectacle entre peur et beauté, ainsi que la passion des aficionados.

 Très vite il va rejoindre le fondateur Pierre Daulouède de l’Association Française des Vétérinaires Taurins, Il sera tour à tour, bibliothécaire, secrétaire puis Président depuis 9 ans.

Il comprend vite l’importance du rôle du vétérinaire dans le bien être du toro.

Avant de répondre aux questions des passionnés, Yves Charpiat explique les différents rôles du vétérinaire, avec des projections.

En tant que vétérinaire taurin, il doit s’assurer que le taureau soit dans le meilleur état possible et qu’il ne souffre pas.

1/Au Campo

Le vétérinaire taurin peut-être praticien dans les élevages braves ou faire partie d’une CTEM (commission taurine extra-municipale) où sa présence est obligatoire.

A l’élevage, son rôle comprend : identification, vaccination, prophylaxie, conseils concernant l’alimentation, soins, pose de fundas. Nous est alors présenté un « mueco », piège servant à immobiliser l’animal et à accèder aux différentes parties du corps ou de la tête du taureau.

A propos des fundas, Yves explique qu’il était contre mais il reconnaît que cela présente des avantages, entre autres que le toro y étant habitué, stresse moins lors de son départ pour les arènes.

Par contre, si elles évitent des blessures ouvertes au campo, elles peuvent masquer des problèmes internes plus difficiles à détecter.

Sur le plan de l’alimentation, l’AVTF a mené une étude sur une durée de 8 ans avec l ’INRA   pour étudier les causes des chutes fréquentes des taureaux.

Ils ont travaillé sur les fibres musculaires sur 62 taureaux en 2003 puis 24 autres en 2005 pour chercher si ces chutes avaient un lien avec la nourriture. Après avoir filmé les combats, ils ont fait des prélèvements à l’arrastre sur les toros afin de déterminer les relations entre l’encaste, la ganaderia, l’individu.

Ils répartissent les toros selon trois types : ceux qui utilisent mal le glucose, les trop gras, ceux qui s’asphyxient.

Or une course demande au toro d’être à la fois un sprinter à l’arrivée dans le ruedo, un haltérophile sous la pique et un coureur de fond à la muleta.

Le premier type explosif, aux fibres glycolytiques nombreuses régénère mal et s’éteint vite, le type économe possède moins de fibres glycolytiques, utilise l’oxygène et dure plus longtemps.Quant au toro inapte il n’a pas de fibres glycolytiques et utilise mal l’oxygène.

Les plus proches du toro idéal sont les Victorino Martin et les Cebada Gago et les plus éloignés les Miura et Juan Pedro Domecq.

2/ Yves aborde ensuite le transport des toros du campo aux arènes. Les toros doivent être transportés dans des véhicules aménagés lorsque le voyage dépasse 8 heures de route.

Un projet d’arrêt au bout de douze heures de route avec décharge obligatoire des animaux est étudié à Bruxelles… Problèmatique avec des toros !S’il est important que les animaux puissent s’hydrater durant le voyage c’est aussi vrai à leur arrivée aux arènes souvent sous la chaleur où ils ne doivent surtout pas rester dans le camion.

 Les toros peuvent devenir complètement inopérants s’ils restent en plein soleil ou confinés dans les chiqueros mal aérés trop longtemps.

3/ Aux corrals

Le rôle du vétérinaire est de veiller à ce que les toros dans les corrals puissent correctement s’alimenter et boire grâce à des mangeoires et des abreuvoirs adaptés, avoir une litière si le sol est en ciment.

De mauvaises conditions peuvent entraîner des désordres physiologiques comme l’acidose qui se manifeste par la perte des onglons.

Les vétérinaires établissent des fiches d’observation des toros pour que, s’il s’avère qu’il y a un problème au niveau de la nourriture, ils en rendent compte aux ganaderos afin de la modifier avant la prochaine corrida.

Il arrive que la CTEM, après remarque  des cuadrillas, demande au vétérinaire de vérifier la vue d’un toro, ce qui est extrêmement compliqué. La plupart du temps, pour sa part, il fait confiance aux professionnels et préfère dans le doute, éviter toute prise de risque pour le torero.

Cas exceptionnel, Yves raconte comment le Dr Daulouède eut à recoudre un toro de Miura qui s’était déchiré le cuir lors de la mise en chiqueros…

4/ Pendant et après la course

En Espagne, il y a obligatoirement un vétérinaire au palco. En France,  selon les arènes, un vétérinaire peut être présent au palco, mais c’est assez rare, même si à Vic, le palco de la corrida concours est entièrement composé de vétérinaires.  Cependant il y en a souvent un à proximité à qui la présidence peut demander son avis dans les cas difficiles.

Le vétérinaire peut avoir à intervenir pour soigner un cheval blessé. C’est ainsi qu’à Floirac, Yves a, avec l’aide d’un de ses confrères et du chirurgien bayonnais Jean-Michel Gouffrant présent, sauvé la vie de Coquet, un cheval de la cavalerie de Bonijol,  éventré par un toro. Coquet, rétabli, mourut dix ans plus tard de sa belle mort.

Le vétérinaire peut aussi être amené à soigner les toros graciés : désinfection, usage de miel liquide  pour la cicatrisation et retour au plus vite au campo.

Il donne l’exemple de Lebrero (Santiago Domecq) grâcié en 2018 à Dax par Ginés Marin, très bien remis mais qui mourut au campo lors d’un affrontement avec un autre semental.

 5/ L’AFVT s’est vue confier il y a 30 ans par l’UVTF une mission de contrôle des cornes des toros dans les arènes de 1ère et 2ème catégories. Dire qu’une corne est afeitée sans en faire l’analyse est totalement impossible.

Aussi, actuellement, deux paires de cornes par course sont tirées au sort. Le mayoral prévenu peut assister au prélèvement des cornes. Les cornes sont mesurées à l’arrastre puis identifiées par scellés et conservées dans un sac lui-même scellé accompagné d’une fiche.

Toutes les cornes prélevées lors de la temporada sont analysées en novembre. Aujourd’hui, très peu de cornes sont afeitées : en 2001, sur 160 cornes prélevées ,52 étaient « positives »  et en 2019 sur 126 cornes prélevées, il n’y en a que 4 provenant de toros différents. 

Or pour qu’il y ait déclaration d’afeitado, il faut que 3 cornes sur les 4 analysées de la même course soient positive…

6/ Enfin, un prix Pierre Daulouède, assez mal vu par les autres vétérinaires, récompense toute personne ou entité qui met en valeur le toro, que ce soit un matador comme Emilio de Justo ou Thomas Joubert, un picador Gabin, la cavalerie Bonijol, un organisateur comme l’ADAP ou Orthez, ou l’ONCT pour le travail fourni par André Viard et son équipe, ONCT à laquelle collabore de manière active l’AFVT pour apporter les réponses techniques à nos accusateurs.

A l’issue de la projection, la parole est donnée à la salle

N’y aurait-il pas d’autres manières de déceler la fraude au niveau des cornes, les infra rouge par exemple ?

Ce serait possible mais coûteux. La technique est testée en Espagne à titre expérimental.

Qu’en est-il de la pique ?

La pique pyramidale présentée par Julio Fernandez Sanz a été présentée et testée en Espagne. Pour l’instant, il n’y a pas de retour officiel. De toute manière, il sera nécessaire de la tester sur beaucoup de toros.

Comment faire la part entre le stress et la bravoure ?

Le toro est un animal stressé par le voyage, l’attente au corral et un peu moins dans l’arène. Malgré la lumière, la foule qui l’accueille à sa sortie, il charge, là ou les autres bovins fuiraient. Cette agressivité lui permet d’évacuer son stress.

La bravoure est génétique et n’a pas de rapport avec la forme physique. Le toro perçoit la douleur différemment des autres animaux. Des études (dosage des hormones) montrent qu’il ne transforme pas la douleur en souffrance mais en agressivité.

La bravoure se mesure à la pique mais également lorsque le toro embiste à la muleta

Avant, les indultos n’avaient lieu que lors des corridas concours. L’interprétation de la bravoure peut être influencée par le « ressenti » des arènes. Mais chaque toro est particulier.

Que pensez-vous des encierros pour le toro ?

L’encierro n’est pas bon pour les toros surtout lorsqu’il a lieu le matin de la corrida et que le toro se retrouve à la chaleur le reste de la journée. Il devrait n’avoir lieu qu’en nocturne pour lui permettre de se reposer la nuit. Un autre facteur de stress existe, rarement évoqué,  les pétards. Yves donne aussi l’exemple de toros de Yonnet enfermés sous les tribunes alors, qu’un concert de hard rock avait lieu le soir. Inutile de préciser qu’ils furent très mauvais durant la corrida du lendemain.

Quel est votre rôle lorsqu’un toro se blesse ?

Les fractures sont rares et ne donnent pas lieu à des analyses. Si, il s’agit de la chute d’onglons, il faut en déterminer la cause.

Comment la morphologie détermine-t-elle le comportement du toro ?

Les Murube lors des rejons ne tombent jamais. Or leur corps s’inscrit dans un carré et ils courent la tête en l’air en suivant la queue du cheval. A contrario, en corrida à pied, ils ont beaucoup de mal à embister avec cette morphologie.

Les vétérinaires en Espagne ont-ils les mêmes attributions ?

Il y a d’une part ceux qui travaillent dans les élevages et sont parfois aussi missionnés par la RUCTL, qui connaissent parfaitement les toros, et d’autre part  ceux des plazas, employés par l’administration et qui souvent refusent des toros sans véritable justification….

 Il ne règne pas une grande entente entre les deux groupes !

Quels sont les effets du stress sur les toros au corral ?

Si celui-ci n’est pas suffisamment bien aménagé, souvent, ils ne s’alimentent pas ni ne s’hydratent.

Quelles sont les causes de l’invalidité des toros : sanitaires, hépatiques ?

Parfois ils sont victimes de parasites mais la cause la plus fréquente est la tuberculose, difficile à surveiller au campo où ils sont contaminés par le gibier.

Comment détecte-t-on les troubles de la vision ?

S’il s’agit d’une blessure, une taie sur l’œil permet de le diagnostiquer facilement. Quant au défaut de vision, le confirmer en agitant des mouchoirs dans un corral fermé reste très aléatoire.

Dans les arènes il est plus facile de détecter une myopie.

L’association des vétérinaires taurins a-t-elle comme les chirurgiens des arènes des difficultés à renouveler ses membres ?

Nous ne sommes pas hélas très nombreux. Heureusement, trois jeunes nous ont rejoints cette année. En fait, il y a eu pas mal d’étudiants qui ont fait leur thèse sur le toro bravo, mais par la suite  pour des raisons professionnelles ou familiales, ils ne donne pas suite à leur passion…

Pour les chirurgiens, c’est différent et c’est encore plus difficile, il n’y a pas assez de moyens financiers (matériel, assurances…). Or s’il n’y a plus de chirurgien dans les arènes, la corrida s’arrête.

Qu’en est-il des conséquences d’une mauvaise pique ?

Le toro n’a pas de clavicule, alors piquer sur l’apophyse d’une vertèbre a des conséquences immédiates, le toro s’affaisse. Si la plèvre est atteinte, le toro respire mal et s’asphyxie.

 Parfois il y a des picadors mal intentionnés mais la plupart du temps c’est à la demande de leur matador.

Le travail sur la pique continue. La pique « française » (Bonijol) est plus petite que l’espagnole, c’est elle qui est utilisée actuellement obligatoirement en France.  Lors de la San Isidro en 1998-99, la moyenne des trajectoires mesurées sur tous les toros était de 21cm contre 11cm pour les trajectoires mesurées avec la pique française. Une nouvelle pique a été testée qui donne encore un léger gain avec  9,5-10 cm. La question se pose sur son emploi avec de gros toros ?

Qu’en est-il de la boiterie ?

Le toro qui sort des chiqueros est parfois engourdi. Ensuite, quand il galope dans le ruedo, il peut se faire un claquage ; ou encore un retournement trop brusque peut provoquer une fracture d’un doigt ou du boulet.

Un vétérinaire peut-il consacrer tout son temps au toro de combat ?

Non, il exerce comme un vétérinaire normal dans sa clientèle où le toro brave est un client comme les autres, même s’il est bien différent des autres ! Aucun vétérinaire, en France, ne se consacre uniquement aux toros. C’est possible en Espagne où certains vétérinaires travaillent exclusivement dans les élevages braves, où ils soignent également les chevaux.

Est-ce- que les vétérinaires qui, en Espagne, refusent les toros sans raison sont sous l’emprise des toreros ?

Non, c’est une de leur prérogative principalement à Madrid et un peu à Séville.

texte Martine Bourand enrichi par Yves Charpiat photos Yves Charpiat et Jean Yves Blouin

David Casas téléviser les corridas, enjeux et problèmes

Publié par myriamcomte le 5 février 2025
Publié dans: LES REUNIONS. Poster un commentaire

Ce 30 janvier, le Club taurin de Paris reçoit pour sa première soirée 2025, le journaliste taurin David Casas. Après les vœux du président Thierry Vignal : « D’une année taurine 2025 avec des taureaux qui embistent et des toreros qui toréent vraiment ». Araceli Guillaume-Alonso, quant à elle, assure la traduction des questions et réponses.

La première question  posée concerne la naissance de son aficion.

En introduction, David Casas remercie le Club Taurin de Paris où, pour lui, c’est un honneur de venir parler de toros en toute liberté, ainsi que toute l’aficion française pour qui il a beaucoup de respect.

Il entre en aficion tout naturellement avec son père car, ce que beaucoup de gens ignorent, celui-ci était torero. Ainsi, il fréquente les arènes dès l’âge de trois ans, âge auquel il a emmené son propre fils. Il voit donc beaucoup de toros durant son enfance à Madrid. À treize ans, il entre à l’école taurine de Las Ventas. Il s’aperçoit que, bien qu’entièrement acquis aux taureaux, se mettre devant n’est vraiment pas fait pour lui.

Puis il raconte comment s’est construite sa carrière :

A dix-neuf ans, il entre à l’université pour étudier le journalisme, il bataille et fait intégrer le « toro » par le biais d’une formation au journalisme taurin comptant dans le cursus général. Au sein de l’université, il monte une peña à laquelle adhèrent entre cinquante et soixante personnes. À la sortie de l’université, il choisit de devenir journaliste taurin, voie moins évidente que celle de journaliste sportif.

Il travaille pour des périodiques, à 22 ans, en trois mois il passe du statut d’étudiant à professionnel avec une grosse responsabilité à Canal+, c’est son premier contact avec la télévision. Rétrospectivement, lorsqu’il visionne les émissions, il juge qu’il n’était pas vraiment au niveau. Il explique les obstacles à surmonter pour le jeune qu’il était pour se faire une place dans un monde de journalistes plus âgés, installés. Ce furent des années passionnantes; avec son style et son charisme, il vise un public jeune qui viendrait renouveler le public des arènes.

Après quinze années d’interviews du callejón, il deviendra responsable commentateur lorsque le directeur Hugo Casta veut changer l’image de Movistar, il remercie à ce moment-là Manolo Moles et lui confie le poste. En 2020, le nouveau directeur de Movistar le licencie à son tour, a priori, pour raison économique, mais il pense que la vérité est ailleurs… Movistar change de politique et ne souhaite plus que son image soit associée aux toros.

C’est à cette époque que l’idée de la création d’une nouvelle chaîne, OneToro, uniquement taurine, voit le jour. Movistar annonce se retirer de toutes les grandes férias. Il faudra donc à la toute nouvelle chaîne, sans préparation, les assurer, budget énorme, outre les 5 millions de la San Isidro, 3 millions pour Séville, 1,2 million pour Pampelune, 1 million pour Bilbao. D’autant plus que leur prévision de modèle économique fonctionnait sur une base de 200 000 abonnés uniquement en Espagne alors que le nombre total d’abonnés n’a pas dépassé 60 000 abonnés dans le monde ! Ils n’avaient pas pris en compte un facteur d’importance, à savoir que le piratage est un sport national en Espagne. Seul un Espagnol sur quatre paie son abonnement et, pire encore, un pour vingt en Amérique (Mexique, Pérou…).

Au-delà des sommes allouées aux férias, la chaîne doit assurer les frais de fonctionnement et surtout le droit à l’image totalement déconnecté des réalités et dont la répartition est pour le moins opaque. Ils sont versés à l’impresario des arènes qui est chargé de les partager entre toreros. Les principaux bénéficiaires étant les huit premiers de l’escalafón, tandis que les toreros classés de dix à cinquante, soit 75 %, ne se voient pas verser les droits à l’image pourtant payés par OneToro, idem pour les éleveurs.

Opacité renforcée par le fait que les toreros touchent en même temps le droit à l’image et les droits artistiques, sans réellement savoir comment la somme est répartie. Pour autant, tout le monde réclame son droit à l’image : matadors, bien sûr, mais aussi banderilleros, picadors, jusqu’au mozzo de espada.

Il avance deux propositions pour améliorer la situation : la création d’une structure de gestion des droits à l’image et une indexation du droit à l’image sur le nombre d’entrées et le nombre de personnes qui voient les corridas à la télévision.

Face aux difficultés économiques, OneToro n’a pas pu couvrir en 2024, la San Miguel à Séville et la feria d’Otoño de Madrid, villes avec lesquelles le contact est rompu. Il présente ses excuses aux abonnés.

Pour la temporada 2025, OneToro a revu à la baisse le nombre de corridas retransmises, la chaîne devrait annoncer en début de saison cinquante corridas. Il pense que la majorité des abonnés continuent à faire confiance à la chaîne, actuellement environ 53 000 lui sont restés fidèles.

Questions des aficionados :

L’une concerne d’éventuelles pressions du gouvernement espagnol pour limiter les diffusions télévisées de corrida? la seconde porte sur les subventions de l’état. David Casas admet que la pression est possible sur des chaînes publiques, mais sans incidence sur les chaînes privées. Quant à la seconde portant sur les subventions à la corrida, il rappelle que la corrida ne touche aucune subvention d’État en Espagne ; la corrida rapporte six fois plus à l’État que le cinéma.

Pourquoi donner le montant des droits à l’image à l’imprésario ? Est-ce pareil en France et en Espagne ? Il ignore pourquoi sinon qu’il n’existe pas de structure qui gère cela. De plus, les toreros touchent en même temps les droits à l’image et les droits artistiques, sans réellement savoir comment la somme est répartie. Mais surtout, 75 % des toreros ne touchent pas les droits à l’image ; cette part est-elle gardée par l’imprésario?… Alors que les premiers de l’escalafón touchent environ 150 000 euros pour une corrida, les autres seulement 18 000 et 20 000 euros.

Le problème de la fraude peut-il être jugulé ? les Français sont ils plus vertueux dans ce domaine? Il pense qu’en Espagne cela est impossible même Morante lui a avoué ne pas payer l’abonnement aux toros pour ne pas passer pour le ringard du village. David Casas dit ne pas connaître les chiffres pour la France …

Comment One Toro pouvait-elle s’en sortir ? Movistar diffuse plusieurs sports dont certains très populaires notamment le football, ce qui n’est pas le cas de One toro. Il pense que la majorité des abonnés continuent à faire confiance à la chaîne actuellement environ 53 000 sont  restés fidèles.

Y at-il une répartition des corridas entre les chaînes régionales et OneToro ? Non, en fait les chaines régionales ont peu de moyens c’est pourquoi elles diffusent les petites férias.

Cette soirée, a permis aux aficionados du club de découvrir une face plus méconnue du monde taurin qui comme toute institution a ses forces et ses faiblesses. Après des  remerciements  chaleureux à  David Casas,  les échanges, se poursuivent comme il est de coutume, autour du buffet .

Texte Martine Bourand photos Jean Yves Blouin membres du Club Taurin de Paris

Hydratation du toro de lidia et son comportement dans l’arène (Julio Fernandez Sanz Madrid 12/11/2024)

Publié par myriamcomte le 31 janvier 2025
Publié dans: ACTUS TAURINES. Poster un commentaire

Dans le cadre des conférences de l’Union des Abonnés et Aficionados Taurins de Madrid _ UAATM – le vétérinaire Julio Fernández Sanz présentait en avant première au monde taurin madrilène, les résultats d’une étude novatrice, jusqu’alors d’un domaine inexploré, à propos de “L’importance de la déshydratation sur le rendement du toro (de combat)”.

Julio Fernández Sanz est vétérinaire spécialisé dans la génétique, étude des encastes, techniques d’analyse des cornes et développement des “outils” de toréer. Il est à l’origine du Livre Généalogique informatisé du Toro de Lidia en collaboration avec les associations des éleveurs de toro brave dont la Real Unión de Criadores de Toros de Lidia (RUCTL). Il est l’auteur du livre de référence “Descubriendo al toro de lidia (2023).

Comme prémice à l’exposition de son étude, Julio Fernández, met en relief les quatre bases sur lesquelles reposent la réussite et succès de tout éleveur de toros braves: l’alimentation et le maniement des animaux, la génétique et la sélection, l’hygiène et les soins qui doivent leur être apportés. Tout manquement ou écart à l’optimisation de ces conditions conduiraient sans aucun doute à l’échec et appauvrissement des produits de l’élevage.

De nos jours, le toro de lidia, est un animal dont les qualités physiques sont à comparer, toutes proportions gardées, à celles d’un athlète humain. Les efforts soutenus lors de la suerte de varas et l’exigence de résistance à la longueur des faenas modernes requièrent des caractéristiques physiologiques absolument différenciées des autres individus de l’espèce bovine.

Pour cela, le vétérinaire Julio Fernández rappelle les particularités de la physiologie de toro de lidia. Le toro est un descendant du bos taurus primigenius ou auroch. Il est mammifère de la famille de bovidés, mammifère ruminant dont l’appareil digestif – formé de quatre estomacs –métabolise les aliments du toro – herbe, fourrage et pienso – en union avec l’absorption quotidienne d’une quantité considérable d’eau, de l’ordre de 8 à 10% du poids à vif de l’animal

C’est là qu’intervient le principal objet de l’étude: l’hydratation… et les effets contraires de la déshydratation.

Les bénéfices de l’hydratation sont nombreux. En plus de transporter des nutriments, minéraux et vitamines, et d’activer des enzymes pour fournir de l’énergie au corps, elle aide à réguler la température corporelle et à lubrifier les tissus et les articulations.

A l’inverse sont les effets négatifs de la deshydratation, les signes et symptômes qui la caractérisent.  De la diarrhée à une insuffisance rénale, de la perte de poids selon son degré. La deshydratation peut provoquer instabilité corporelle, nervosité jusqu’à des troubles du comportement, diminution de l’attention et fixité, faiblesse et manque de coordination motrice. Deux tableaux cliniques extrêmes peuvent se produire en conséquence de la deshydratation tels que le choc hypovolémique (perte de volume de sang, hypothermie, tachycardie, perte de connaissance et mort) et le coup de chaleur pendant le transport, par exemple, (hyperthermie, oedème du poumon, asphyxie, etc, et mort)

Le toro de lidia est soumis à des situations de stress thermique qui peuvent passer de la tranquilité et adaptation à l’environnement – zones boisées de l’élevage – à des déplacements et enfermements lors de leur transport vers les arènes et séjour dans les corrales et chiqueros de ces mêmes arènes. Pendant le transport et le temps de leur présence dans les dépendances des arènes avant la lidia, les toros ne sont pas ou rarement alimentés en eau. En conséquence, le rythme cardiaque s’accélère, augmentent le métabolisme et l’énergie qui provoque l’augmentation de la température corprelle et donc, pour résultat la perte d’eau par transpiration. Toutefois les toros disposent d’abreuvoir dans les arènes mais ceux-ci peuvent être mal situés dans les corrales – a contraquerencia – ce qui les empêche de se désaltérer ou bien que l’eau ne soit pas “de leur goût”. On notera que ni les cages de transport ni les chiqueros ne sont pas bien souvent équipés de récipients d’eau, bien que certains ganaderos, transporteurs et mayorales font accompagner les toros de quantités d’eau suffisantes et, de surcroît, celle à laquelle les animaux sont habitués.

Donc la qualité de l’eau est importante et parfois lui est ajouté un soluté de réhydratation pour en améliorer les niveaux de sels minéraux. Le phénomène de deshydratation est accentué en fonction de la température ambiante et du temps écoulé entre l’apartado, l’entrée aux chiqueros et le début de la corrida. Il est important de signaler que dans bien des villes et villages en fête, la tradition de l’encierro, le matin même de la corrida, représente une épreuve supplémentaire pour les toros, non alimentés et hydratés correctement. Les règlements taurins ne tiennent pas compte de ces “détails” et stipulent que le sorteo aura lieu le matin de la corrida, à 12 h par tradition du siècle dernier… sans préciser le temps passé dans les chiqueros et leurs conditions d’aération, de température.

Résultats d’analyse de sang post mortem

Au cours de la saison taurine 2024, Julio Fernández a effectué des analyses de sang – post mortem – et mesuré la concentration de sodium en mM/L, méthode habituelle car le sodium aide à réguler la quantité de fluide sanguin et par conséquent en déduire le niveau d’hydratation ou de deshydratation des bovins, en particulier des toros de lidia. Pour une meilleure compréhension et comparaison des données, le code de couleurs des feux de signalisation est utilisé pour définir les niveaux d’hydratation.  On a aussi mesuré le niveau de stress dont souffrent les toros en fonction de la température et humidité relative ambiantes. (Tab. 1)

                                                                                                     

On voit que la bonne hydratation est mesurée pour 145-148 mM/L et la mauvaise pour > 152 mM/L (millimoles par litre) (Tab. 2)

L’étude porte sur les prises de sang de 110 toros (81 > 4 ans et 29 novillos) mis à mort à l’occasion de corridas de Las Ventas et en d’autres plazas de toros des provinces de Madrid, Castille-la-Manche et Andalousie. Le tableau suivant, toujours appliquant le même code de couleurs, indique les valeurs moyennes par corrida de la concentration de sodium et, ainsi, le niveau moyen d’hydratation des toros.

Le niveau d’hydratation des toros de combat peut avoir une influence sur le comportement de l’animal dans l’arène et de la valoration que peut faire public par sa réaction au moment de l’arrastre: ovations, silence, sifflets (pitos). Les graphiques siivants en sont le résumé, avec la valoration de l’ensembe des 44 toros combattus à Madrid – Las Ventas (1er graphique gauche)

Julio Fernández s’est attaché à relever ces réactions et manifestations pour les toros de 14 arènes et éventuellement des trophées reçus par les matadors au terme de leurs faenas aux dits toros. Le détail de tous ces résultats et les commentaires de Julio Fernández sont disponibles sur le lien:

Par cette intéressante et instructive conférence, Julio Fernández vient de mettre l’accent sur les effets négatifs de la déshydratation sur le rendement des toros de lidia., pour la première fois, avec expertise et précision. Par tradition et sans esprit curieux, la plupart des ganaderos et des organisateurs de corridas, les règlements taurins non plus, n’ont pas prêté attention au traitement auquel étaient soumis les toros lors de leur dernier combat dans l’arène. Loin de leur habitat, sans leur alimentation habituelle et les conditions environnementales auxquelles ils sont exposés, les toros ne peuvent développer leurs capacités physiques et comportementales pour lesquelles ils ont été sélectionnés. Les conditions climatiques actuelles accentuent sans aucun doute, en Espagne comme dans le Sud de la France, les problèmes dus à la chaleur et leur effet sur le métabolisme des toros et leur hydratation. Pour y remédier, étayé par sa récente étude et expérimentation vétérinaires, Julio Fernández propose des mesures tangibles et pratiques pour éviter et réduire les problèmes de stress et comportement des toros durant la lidia:

  • installation d’abreuvoirs, propres et d’accès facile pour les toros dans les corrales.
  • mesures préventives pour le maintien et surveillance de la qualité de l’eau
  • réalisation des encierros nocturnes, la veille de la corrida
  • modification des horaires du sorteo en fonction de l’horaire de la corrida
  • installation d’abreuvoir ou récipients dans les chiqueros
  • habituer les toros à reposer dans un corral de la finca quelques fois avant la corrida

Espérons que ces recommandations et la logistique qui s’y rapportent ne devraient pas poser de difficulté à leur application par les professionnels du monde taurin dans leur propre intérêt et surtout celui de l’amélioration de présentation et comportement des toros pour l’intérêt, celui-là, et de la satisfaction des aficionados.

Rédacteur Georges Marcillac coéditeur du blog Torero&Arte photos et tableaux issus de la présentation de Julio Fernandez Sanz

La profondeur de Emilio DE JUSTO

Publié par myriamcomte le 14 décembre 2024
Publié dans: LES REUNIONS. Poster un commentaire
Emilio de Justo à son arrivée au Club Taurin de Paris

Ce 11 décembre, Emilio de Justo était l’invité du Club Taurin de Paris : accueilli avec chaleur, se mêlant à la cohorte des aficionados, il captait d’emblée l’attention et l’intérêt, après l’introduction du président Thierry Vignal.

Thierry Vignal, président du CTP accueille Emilio de Justo


Il évoque d’abord sa vie de torero : son enfance en Estrémadure, région taurine s’il en est, où il voit beaucoup de corridas à la télévision. Il est séduit surtout par l’émotion qui se dégage du spectacle et à 15 ans, il se lance dans la formation taurine : ses débuts sont simplement le toréo de salon avec Rafaël Canada et ce qu’on appelle en Espagne, le toreo de « tapia », où les jeunes apprentis attendent assis sur un mur lors des tientas que les toreros confirmés veuillent bien leur laisser la place. Puis il entrera à l’école taurine de Plasencia suivie par celle de Caceres.

En 2000, il revêt pour la première fois l’habit de lumière : une véritable fête et une grande émotion. Il passe en novillada piquée en 2002, là où dit-il « les choses sérieuses commencent » et avec l’aide de son école taurine toréera 70 novilladas pendant les 5 années suivantes avec de nombreux succès dans les férias de novilladas (Arnedo, Arganda del Rey, etc.) et dans des grandes arènes. C’est là où il comprend l’exigence du toréo.


L’alternative survient en 2007 des mains de Talavante avec Cayetano pour témoin devant des toros de Jandilla. Après 2 saisons il subit en 2010 un fracasso monumental à Madrid où il entend les 3 avis. Sa carrière est suspendue pour 6 années très dures pendant lesquelles il ne perd pas courage. Pour continuer, avec l’aide du matador colombien Guerrita Chico, il se rend 4 années de suite en Colombie car il n’aura eu en Espagne qu’un seul cartel dans un pueblo d’Estrémadure. En 2013, il gracie un toro, ce qui lui vaut de nouvelles invitations et lui permet de retrouver le plaisir de toréer et de se rendre compte que Madrid n’avait été qu’un accident.

Emilio de Justo Thierry Vignal et Araceli Guillaume- Alonso

C’est Luisito, matador français retiré à San Lucar de Barrameda, qui le prend en mains et lui offre une opportunité à Orthez où il coupe 2 oreilles à une corrida de Hoyo de la Gitana. S’ensuivent des cartels dans tout le Sud-Ouest, notamment une rencontre avec les Victorino à Mont-de-Marsan où il coupe à nouveau 2 oreilles, puis l’année suivante avec les Adolfo Martin et le même résultat.
Ces succès attirent l’attention en Espagne et lui ouvrent des contrats (Valladolid, Azpeitia,..) et il revient à Madrid avec les Victorino et sort pour la première fois par la puerta Grande à la féria d’Automne.
L’année suivante, Bilbao et Pampelune lui ouvrent leurs portes, avec succès, mais la crise du COVID éclate bientôt et brise l’élan. Il a peur d’être oublié.


2021 est pour lui une année de consolidation avec des grandes portes à Madrid et à Séville pour la San Miguel, devant les Victorino.

triomphe à la Maestranza de Séville après une grande faena au toro n° 51 de Victorino Martin le 23 septembre 2021


En 2022, l’empresa de Madrid lui propose un geste avec une encerrona le dimanche des Rameaux. Les arènes sont pleines et après une faena intense au toro de Pallares, c’est l’accident à l’estocade : la voltereta lui brise les vertèbres cervicales, heureusement sans déplacement, mais les médecins prévoient 1 an ou 1 an et demi d’arrêt. Suivent 4 mois et demi d’immobilité complète dans un corset et surtout de douleurs intenses, mais il savait qu’il devait tout donner. Et il revient au toréo, 5 mois plus tard à Almeria, avant de toréer 10 corridas dans des plazas de secunda pour retrouver le sitio malgré la douleur (sous calmants) et la gêne qui n’ont pas disparu. Intérieurement, « il pleurait pendant le paseo ».


En 2023, il torée de nouveau dans les grandes plazas ; les séquelles sont toujours là, surtout dans le cou, qui lui donnent 60% de ses capacités. Mais il s’entraîne à fond pendant l’hiver car il est sûr de réussir et d’être prêt en 2024. Cette temporada sera des plus importantes avec de grands succès à Pampelune, Malaga, et son vœu de revenir au sommet s’accomplit grâce à un moral d’acier.
De chaleureux applaudissements saluent cette évocation de sa carrière et préparent certaines questions qui vont suivre.

naturelle devant Portezolano n°51 de Victorino Martin Séville 2021


Q : Il a une relation particulière avec Victorino Martin : peut-il en donner l’explication ? Et quels sont les toros de Victorino qui l’ont le plus marqué ?
Cela a commencé par hasard : il vivait dans un village non loin de la finca de Victorino et vers 16 ans il faisait du stop pour aller à une tienta. Victorino s’arrête : lui-même est très impressionné de cette rencontre, mais Victorino lui indique que la tienta dans son élevage c’est dans l’autre direction et qu’il se trompe. Réponse : « Non, non, je ne suis pas encore prêt pour aller chez vous, on verra plus tard ! ». Ceci explique assez bien la qualité de leurs rapports futurs…
Pour les toros : en 2016 le premier toro de Mont-de-Marsan auquel il coupe 2 oreilles. En 2021, le toro de Séville auquel il coupe là aussi 2 oreilles et le toro de Madrid auquel il donne une des faenas les plus intenses de sa carrière et enfin la corrida de Victorino à Cali, une de ses après-midi les plus complètes.


Q : En 2024, Ses triomphes lui ont valu 6 rabos coupés dont 2 indultos. Lesquels lui ont apporté le plus de plaisir ?
Il doit réfléchir : La saison a été tellement riche qu’il a du mal à détacher l’une ou l’autre de ses faenas. Peut-être celle à un toro de Vellosino dans un pueblo qui lui a donné beaucoup d’émotions.

Emilio de Justo au Club Taurin de Paris le 11 décembre 2024


Q : En parlant de force mentale, comment se remet-on après 2 toros rentrés vivants à Madrid puis après l’accident ?
C’est une question profonde et difficile. « je me pose la question : comment ai-je pu en être capable ? J’ai passé tant d’années sans toréer et comment ai-je pu faire tout ça ? peut-être l’aficion et l’amour du toréo.
Le torero doit penser faire ses choix et décider seul. La solitude et la réflexion sont absolument indispensables, car dans sa tête il se voit tout le temps en train de toréer ou se demande quel est le toro qu’il voudrait voir. »


Q : Dans le même ordre d’idées rêvez-vous de toros ?
Oui il y a un rêve dans sa vie. Et il rêve toujours de faenas. Mais de toute façon, la réalité est toujours meilleure que le rêve ! Surtout qu’il y a aussi des cauchemars.
En tout état de cause, il voit toujours le côté positif, même dans les moments désagréables : il voit le bon qui va arriver après.


Q : Quels sont les toreros avec lesquels il apprécie le plus de toréer ?
Tous. D’abord parce qu’ils l’ont admiré après l’accident de Madrid, lui-même les admire tous. Sur le concept du toréo, les grandes figuras l’ont impressionné Joselito, Ortega Cano, Manzanares. Il prend beaucoup de plaisir à les voir toréer, mais cherche surtout son propre style.

Emilio de Justo répondant aux questions des aficionados


Q : Que sera sa temporada 2025 ?
(sourire) Ce sera une temporada où faire un pas de plus et améliorer son toréo. Il ne faut pas être conformiste et avoir l’humilité de savoir qu’il y a encore des choses à faire.
(Bien entendu, aucun détail concret sur ses perspectives de cartels en 2025.)


Q : Quel est son toro idéal : facile, difficile ? Celui qu’il faut attendre ou celui qu’il faut aller chercher ?
Il ne sait pas. Car c’est au torero de s’adapter au toro. Il faut donc le laisser tel qu’il est mais bien connaître les élevages pour être capable d’anticiper toutes ses réactions.
Il préfère le toro qui vient avec caste et bravoure et qui embiste bien. Il aime la bravoure, mais la bravoure franche, le toro encasté, mais avec de la classe.


Q : Est-ce important d’être chef de lidia?

Le chef de lidia doit être attentif, mais c’est quelque chose qui relève plus de l’étiquette aujourd’hui. Tous les toreros sont extrêmement attentifs à ce qui se passe en piste. En fait, le seul problème est qu’on doit tuer le premier toro alors que le public est froid et que le torero lui-même n’est pas échauffé ni au plus haut de ses capacités. Mais il faut assumer son expérience.


Q : Comment abordez vous la peur après tout ce que vous avez subi ?
La peur est toujours là ; mais la peur de ne pas toréer est la plus dure ! On a envie de la ressentir quand on ne peut plus se retrouver devant les toros.
En outre, quand on dépasse sa peur, cela use terriblement.

Estocade à Portelozano, n°51 à Séville le 12 sept 2021


Q : Emilio De Justo est reconnu comme un grand estoqueador. Quelles sont ses références ? Peut-il citer des estocades dont il se souvient ?
L’estocade est personnelle ; c’est une question de synchronisation des mouvements. La coordination est donc très importante et pour cela l’entraînement au carreton est fondamental. Il faut se sentir à l’aise au moment où on se profile d’où le carreton car c’est le moyen de créer son propre style à partir d’une base technique.
L’estocade pour le souvenir celle donnée au toro du Puerto de San Lorenzo qui lui a permis d’ouvrir sa première grande porte de Madrid.

Emilio de Justo reçoit le livre de Marc Thorel Toreros dans la ville lumière

Cette question conclut la soirée et Emilio de Justo peut saluer une nouvelle ovation avant de recevoir en cadeau le dernier livre de l’UBTF Toreros dans la ville lumière, car à son arrivée il n’avait pas manqué de poser la question : Y a-t-il eu des toros à Paris ?

Après la signature du Livre d’or du Club et dédicace de quelques photos, la soirée se poursuivra autour d’un bon repas avant que les aficionados parisiens ne se retirent enchantés de cette soirée

Texte et photos Jean Yves Blouin membre du Club Taurin de Paris publication sur son blog Face à la Corne

LES BRINDIS D’OR 1ère édition

Publié par myriamcomte le 9 décembre 2024
Publié dans: ACTUS TAURINES. Poster un commentaire
les lauréats
la salle

Une cérémonie de remise de prix a récompensé et mis en valeur les initiatives et actions taurines réalisées sur le territoire français sur la période de sept 2023/ 2024. La 1ère édition s’est déroulée le 2 décembre au théâtre du Gymnase Marie Bell et a réuni 600 personnes du sud-est du sud-ouest des parisiens des professionnels et aussi des personnalités du monde de la gastronomie, du rugby, de la presse, des arts et de la littérature.

Une quinzaine d’« anti-corrida » étaient postés devant le théâtre.

Cette soirée eut pour objectif de récompenser 10 lauréats choisis parmi 30 candidats déterminés par un jury de 12 personnalités taurines reconnues. Un vote public de 4000 votants a pris part.

Un BRINDIS D’HONNEUR a été remis à Léa Vicens et à Sébastien Castella, grande ovation du public, ainsi qu’au sénateur Laurent Burgoa pour son combat permanent dans la défense de toutes les tauromachies.

La soirée fut présentée par le comédien Arnaud Agnel qui reçu par ailleurs le brindis d’or de la culture, le pregón fut prononcé par Eric Lartigau, réalisateur de cinéma.

Les Lauréats.

1- BRINDIS D’OR COLLECTIF

  • Brindis organisation: Marc Serrano un toro pour un rêve d’enfant
  • Brindis transmission: l’organisation de la novillada sans picador de Saint-Vincent de Tyrosse
  • Brindis coup de coeur: les chirurgiens taurins de France
Marc Serrano 1 toro pour un rêve d’enfant
Président du cercle Saint Vincent de Tyrosse
Olivier Chambres Président des chirurgiens taurins

2- BRINDIS D’OR de la PROFESSION

  • Brindis ganadero: Robert Margé pour ses toros présentés à Dax, Nîmes et Béziers
  • Brindis torero: « Clemente »
  • Brindis novillero: Nino Julian
  • Brindis second role: Thomas Uceba
Robert Margé
« Clemente »
Nino Julian
Thomas Uceba

3- BRINDIS D’OR de l’ AFICION

  • Brindis culture: Arnaud Agnel ( adaptation théâtrale de Lettres Juan Baustita)
  • Brindis jeunesse: Happycionado
  • Brindis communication: Torista de Francia
Arnaud Agnel comédien adaptation au théâtre de lettres à Juan Baustista
Mathieu Vangelisti pour happycionado
Samuel Soto pour Torista de Francia

Julien Lescarret a conclu la soirée, il a remercié ceux qui ont permis l’organisation des Brindis d’or, et les bénévoles qui ont œuvré au bon déroulement de la soirée. Souhaitons longue vie aux BRINDIS D’OR

Texte Myriam Comte Photos Jean Yves Blouin membres du Club Taurin de Paris

« La fin de la fête » Ruben Amon-Diable Vauvert

Publié par myriamcomte le 3 décembre 2024
Publié dans: LES REUNIONS. Poster un commentaire

Pour sa  deuxième soirée de la temporada 2024-2025 le  CTP a eu le plaisir de recevoir   Rubén Amon  pour son essai  El fin de la fiesta parue  en 2021  en version  espagnole  et traduit en français en 2022 par Adrien Gérard  aux éditions le Diable Vauvert sous le titre : la fin de la fête .

Pour introduire la soirée,  Aracelli Guillaume nous présente l’auteur  : Rubén Amon, né en 1969 à Madrid est un  homme qui a plusieurs cordes à son arc, polyglotte, journaliste politique et géopolitique, spécialiste de l’opéra et de la tauromachie, chroniqueur taurin  et même critique taurin à une époque. Il publie ou publia dans  El mundo, El confidential, El Pais et dans des journaux étrangers. Egalement homme de télévision, il dirige entre autres sur Onda Cero l’émission la cultureta.

Les échanges se feront en français sous la conduite de Jean Davoigneau qui ouvre les débats par cette question:

 

Ce livre a été écrit en 2021, en 2024 l’écririez vous à l’identique ?

Avant toute réponse, Rubén Amon s’amuse du fait que le lieu où se déroule la soirée  évoque la clandestinité !

Concernant la question, il se dit bien plus optimiste quant à la corrida et à son avenir qu’en 2021, période très difficile pour le milieu avec la période COVID,  où l’interrogation : que faire des toros bravos ? se posait, sachant que les éleveurs n’ont pas bénéficié d’aide du gouvernement ?

Depuis, les choses ont changé, les jeunes reviennent aux arènes, probablement parce qu’ils ont pris conscience que la corrida pouvait disparaître. Jamais autant de jeunes ne sont venus découvrir la corrida. Par ailleurs, deux autres facteurs ont  contribué à ramener le public aux arènes : la contre réaction face aux menaces d’interdiction  avec un changement de regard de la société plus sensible au fait de réfléchir par elle-même. Les publications des mouvements anti taurins moins nombreuses qu’il y a trois ans, sur les réseaux sociaux,  en témoignent. Le second facteur est  le phénomène Roca Rey, idole transatlantique, cosmopolite,  qui amène beaucoup de monde aux arènes, figure héroïque comme le fût Dominguin, portant des valeurs de courage et de charisme. Aller voir Roca Rey c’est également aller voir des toreros tels que Morante, Pablo Aguado, Gines Marin, toreros d’art ainsi que des  toros les plus intéressants de l’histoire de la tauromachie grâce à des  éleveurs de plus en plus professionnels.

Pour autant les milieux artistiques espagnols véhiculent toujours des contre vérités à son encontre , pour exemple,  le commissaire de l’exposition Goya au Prado qui présenta Goya comme un anti taurin alors qu’il avait à la fois, une passion pour la corrida   et de solides amitiés avec des toreros. Son aficion totale transparaît toujours à travers ses dessins expressionnistes. Ou, encore,  le ministre de la culture qui exclut la tauromachie et ses représentants  de la remise des prix des  beaux arts.

Il regrette la position de la gauche espagnole, pour qui la tauromachie représente le passé, une vision de l’ancien régime, opinion défendue par les nationalistes catalans. Ce qui amène à la situation paradoxale, où  les aficionados catalans se retrouvent à  chanter l’hymne catalan, aux arènes de Céret ?

La tauromachie est une expression artistique  liée à la Méditerranée, elle est cosmopolite. Les reproches qui lui sont faits, d’être liée à l’ancien régime, pourrait dans ce cas, tout autant s’adresser au Real  Madrid avec la période franquiste. Le parti d’extrême droite  VOX  et Morante qui travaille pour lui, en prenant la défense de la tauromachie, risque de lui faire du tort. Ainsi la tauromachie se trouve tiraillée entre la gauche et l’extrême droite.

Quel est l’impact du documentaire D’Albert Serra, Tardes de soledad, dont le personnage central est  Roca Rey, primé au festival international du film à San Sébastian ?

Rubén Ramon a visionné le film à Madrid  avec Roca Rey, lors d’une projection organisée par Serra avec un public averti,  en avant première. IL rapporte que Roca Rey s’est senti trahi par rapport à ce que lui, voulait raconter en se livrant à Serra. Mais, grâce aux anti taurins qui ont voulu l’interdire en tant qu’apologie de la tauromachie, le film a rencontré un certain succès, déclenchant le réflexe : « Si les anti sont contre alors le film doit être intéressant ». Le film retient avant tout la violence et le sang, la guerre et, omet la part d’art de la tauromachie dont Serra n’a pas compris la dimension, ce qui explique la disparition d’Aguado du projet qui à l’origine, réunissait les deux toreros.  Serra développe, selon lui, une vision de psychopathe de la corrida, l’absence de public visible mais toutefois présent crée  une atmosphère oppressante.

Si la tauromachie est un scandale c’est parce qu’elle représente tout ce que craint la société, la mort qu’elle cache, la masculinité, valeur désormais négative, la liturgie dans une société sécularisée qui occulte la dimension religieuse ou  même païenne des rites, la hiérarchie, l’héroïsme.  Avec  comme personnage central,  le torero, héros, sur le chemin de la perfection face  au  héros occasionnel.

La tauromachie doit donc se protéger et pour cela respecter l’eucharistie,  la mort et le sang et non pas négocier ses valeurs avec la société. Spectacle exceptionnel, elle  doit pour survivre  le demeurer.

La tauromachie est-elle conceptuellement discriminante ?

Si la démocratie est le meilleur système politique pour autant la tauromachie n’a rien à faire avec elle, elle fonctionne au mérite et de ce fait admet une hiérarchie.

La France est-elle le miroir de l’Espagne ou a-t-elle une autre vocation ?

La France représente un modèle de résistance dont  Simon Casas fut un acteur. Avant, les empresas espagnols étaient en France en territoire de colonisation mais, elle a trouvé son propre chemin pour la défense de la corrida et est devenue un modèle auto suffisant  désormais,  à la fois,  caution morale et modèle de résistance. Modèle de résistance face à la pression, à travers l’organisation de ses spectacles et ses aficionados. Elle offre  un schéma à suivre. Il y a de la tauromachie dans le sud, Nîmes, Arles, Béziers, Dax … sans considérations politiques.

Que pense-t-il  du torero Morante de la Puebla ?

 Rubén Ramon le considère comme le plus grand torero de tous les temps, avis qu’il partage avec les anciens toreros  qui ont vu Paco Camino et bien d’autres  mais qui n’ont jamais rencontré  un torero comme lui. Il rappelle comment à Cordoba, après s’être recueilli sur la tombe de Manolete, le soir dans l’arène, Morante exécute pour la première fois, une manoletina. C’est un torero qui fait le lien entre le passé et le futur, spectacle total, la tauromachie a besoin de lui.

La corrida s’apparente-t-elle  à la religion, à la transcendance  à un côté mystique ?

Si on vient à la corrida pour Roca Rey,  on y reste pour les toreros d’art qui révèlent le mystère. La tauromachie est protégée par l’originalité de l’expérience qu’elle propose : barbarisme ou civilisation totale par la codification de la violence  par la dramaturgie et l’esthétisme ? Rite pour faire de la mort un mystère avec une prise de risques totale pour le torero qui lui donne toute sa légitimité à l’opposé de la mort cachée des abattoirs. Il ne faut donc renoncer à rien.

La télévision est-elle une démystification de la corrida par la multiplication des spectacles ?

La télévision est indispensable à la corrida, sans télévision la connexion avec la société ne se fait pas. Du reste, une corrida non télévisée comme celle de Jose Tomas , attire beaucoup de monde aux arènes et autant de téléphones portables qui filment ? Canal plus est un exemple de vulgarisation réussie de la corrida. Malheureusement, la chaîne taurine  One toro est dans une situation critique, faute de moyens.

Le mystère n’existe pas à la télévision, mais sans télévision plus de tauromachie.

La corrida, sujet tabou, lors des conversations privées, souffre de l’insuffisance  de relais médiatiques. El Pais ne parle plus de toros face à la progression des anti taurins. La tauromachie traîne toujours une mauvaise réputation, alors que la période de l’afeitado a fait place à une exigence d’intégrité du toro. Des rumeurs circulent comme au sujet de Roca Rey pour tuer la crédibilité du spectacle (caleçon blindé, cornes protégées …). Seuls les journaux conservateurs parlent de la corrida, les médias de gauche l’ignorent. Alors que toutes les valeurs peuvent s’y retrouver : de gauche, de droite, le passé, le futur, la religion…

Le mundillo n’est-il pas son premier ennemi ?

Il y a des erreurs de gestion dans certaines arènes  même, si beaucoup d’arènes attirent du monde et  que de  nouvelles s’ouvrent, mais des arènes de première catégorie comme Bilbao sont vides, à la fin du mois d’août depuis l’abandon de l’ancien empresa.

Le nombre de  novilladas  organisées est insuffisant pour les nombreux élèves des écoles taurines alors qu’elles sont le passage obligé pour  devenir torero. Cependant la dernière temporada a révélé des novilleros intéressants. En Amérique règne  une tendance lourde à l’érosion de la corrida : au Mexique, en Colombie, au Pérou, en Equateur. Cette situation difficile s’est construite, encore une fois sur un malentendu politique, la corrida comme symbole culturel de l’Espagne colonisatrice face aux nationalismes. Ironie de la situation, en Colombie alors que la violence gangrène le pays que de nombreux hommes sont tués, la cause animaliste fait son chemin !

Que pensez-vous de l’indulto ?

Rubén Ramon  y est opposé, sauf circonstances exceptionnelles, il y voit un mécanisme du mundillo pour négocier avec la société.

Il est persuadé que pour défendre la corrida, il faut invoquer l’héroïsme, l’érotisme, le mystère, la mort qui sont ses seules justifications  et non pas l’écologie.

Elle est art,  inutile, éphémère, gaspillage autrement dit  la part maudite  qu’elle se doit  d’assumer.

texte Martine Bourand photos Jean Yves Blouin membres du Club Taurin de Paris

« Toreros dans la ville lumière »

Publié par myriamcomte le 1 décembre 2024
Publié dans: LES REUNIONS. Poster un commentaire

Cartel de la journée du 23 novembre 2024

En ouverture de son assemblée générale, l’Union des Bibliophiles Taurins de France présenta sa dernière publication « Toreros dans la ville lumière » de Marc Thorel.

l’UBTF est un éditeur associatif dont le seul objet est la publication des ouvrages de documents historiques sur la corrida et les arènes en France

Marc Thorel présenta l’ histoire des arènes de la rue Pergolèse, les plus grandes du monde à leur création qui n’auront duré que 4 ans, et auront vu torer les plus grands maestros de l’histoire de la tauromachie.

En ouverture de son exposé, Marc Thorel explique comment il découvre chez un libraire de la rue de Châteaudun un dossier sur les arènes de la rue Pergolèse, dont il récupérera une bonne partie quelques années plus tard.

Marc Thorel photo Jean Yves Blouin

Marc Thorel signale des spectacles taurins à Paris en 1879, 1884, 1887, pourtant Auguste Lafront dans son histoire de la corrida en France en cite en 1865. Mais il s’agissait soit de spectacles « hispano-français » soit de « parodies ».

La création de la plaza

En fait, c’est l’exposition universelle de 1889 qui provoque la création de la plaza de la rue Pergolèse pour produire des corridas et mettre ainsi en valeur l’Espagne auprès des parisiens et des visiteurs.

Mais tout ne va pas sans mal ! Contre la construction des arènes, les riverains se mobilisent pour des motifs futiles (des corniches en saillie non conformes !). Pourtant les arènes sont construites et prennent rapidement le nom de Gran Plaza de toros du Bois de Boulogne, grandes elles le sont avec un ruedo de 56 mètres de diamètre et une capacité de 22000 places des plus luxueuses, des fauteuils remplacent les gradins habituels, elles seront couvertes et électrifiées dans l’année qui suit.

Les organisateurs du projet sont le Duc de Veragua, sommité du monde taurin de l’époque, le Comte de Patilla, et le Comte del Villar. Tous 3 sont éleveurs de taureaux… les propriétaires des arènes seront Antonio Hernandez le gérant et Ivo Bosch le financier. Joseph Oller, l’homme des festivités parisiennes de l’époque, aurait également contribué au projet, mais c’est plutôt une légende.

Les créateurs du projet des arènes de la rue Pergolèse

Les travaux ont pris du retard après un permis de construire tardif, malgré une construction menée au pas de charge en 2 mois (!) l’inauguration ne pourra s’effectuer que le 10 août 1889, alors que l’exposition avait déjà accueilli plus de 4 millions de visiteurs ! 

Vue de la plaza de la rue Pergolèse

Les « figuras » au cartel seront Currito fils de Cuchares, F. Garcia un torero navarrais et Frascuelo plutôt aventurier, frère du grand Frascuelo. On était en pleine temporada en Espagne, les vraies vedettes viendront plus tard, dont Angel Pastor et surtout Luis Mazzantini.

Cartel d’inauguration de la Plaza de Toros du Bois de Boulogne rue Pergolèse

Pour contrer les attaques de la SPA qui proteste contre les picadors et le massacre des chevaux, on fait appel à des rejoneadors portugais qui alterneront avec les piqueros. Surtout, on protège les chevaux avec les premiers caparaçons (alors que leur officialisation n’interviendra qu’en 1926). En outre, la mise à mort n’est initialement pas autorisée mais le deviendra sous la pression du public.

dès 1889 il existe des protections (caparaçon) pour les chevaux de picadors

C’est l’automne qui sera somptueux

Parmi les matadors qui officieront rue Pergolèse, Angel Pastor, Guerrita, Valentin Martin, Luis Mazzantini, (portant un costume avec des colombes sur les épaulettes ce qui plaira beaucoup aux dames et lui vaudra le surnom d’El Palmolillo), Lagartijo.

Luis Mazzantini

Pendant cette exposition universelle, Paris compte pas moins de 5 arènes où sont donnés des spectacles taurins : celles de l’exposition seront fermées parce que Lagartija y a tué un toro à l’épée et sans autorisation ! Les artistes viennent aux arènes notamment Toulouse-Lautrec, Caran d’Ache, JL Forain.

De nouvelles revues taurines paraissent et des opuscules sur la corrida sont édités pour informer les spectateurs.

Brochure éducative distribuée aux arènes de la rue Pergolèse

Parallèlement les salles de spectacles accueillent des gitanes (très surveillées par leurs pères ou maris qui ne visiteront jamais Paris !) aux Folies Bergères, la Tortajada qui chante notamment El cafe de Chinitas, repris en direct dans la salle par un artiste contemporain qui a joué le spectacle « des toros dans la tête ».

Café de Chinitas chanté par La Tortajada aux Folies Bergères

Des efforts avants la chute

Dès 1890, les attaques des anti corrida vont se multiplier, la mairie de Paris ne paie pas ses factures aux entrepreneurs qui ont construit les arènes et les investisseurs espagnols s’esquivent eux aussi en se déclarant en faillite. L’entreprise est confiée à Arthur Fayot qui sera empresa de presque toutes les arènes de France, mais qui, à Paris sera obligé de trouver des solutions ailleurs. Il embauche Maria Genty, écuyère de talent qui sera briefée par des rejoneadores portugais, puis il propose des  spectacles divers des concerts, des événements sportifs, même des patinoires (trop coûteuses en terme de fonctionnement) les « indios » qui seront interdits par la préfecture en raison du spectacle dégradant. Pour rentabiliser l’entreprise, il fait appel aux toreros français et aux taureaux de Camargue que l’on peut réemployer !

La chute est inéluctable et en 1893 les arènes sont vendues à des investisseurs seulement intéressés par le terrain, « la Grand Plaza » du Bois de Boulogne sera démolie par l’entreprise Lapeyre. La rue Lalo occupe aujourd’hui leur ancien emplacement.

Au total environ 130 corridas auront été données, la plaza de la rue Pergolèse fut la seule où de vrais spectacle taurins se sont tenus, ceux de l’Hippodrome pouvant être qualifiés de mixtes. C’est la première fois que des documents officiels mentionnent que les toreros sont des artistes.

un livre qui devra avoir sa place dans toute bonne bibliothèque taurine. Il peut être commandé sur le site de l’UBTF : www.ubtf.com 

texte et photos Jean Yves Blouin membre de l’UBTF et du Club Taurin de Paris

Prix de la Rencontre 2024

Publié par myriamcomte le 24 novembre 2024
Publié dans: PRIX DE LA RENCONTRE. Poster un commentaire

Alors que la majorité des prix viennent récompenser soit un torero, soit un taureau, soit encore un acte de combat particulièrement remarquable, le Club Taurin de Paris souhaite rendre hommage, au terme du saison européenne, à ce qui sera apparu à la majorité de ses membres comme la rencontre marquante de l’année entre tel taureau et tel torero, dès lors que cet évènement revêtira une dimension mémorable. Une telle rencontre ne doit pas etre confondue avec avec la prestation la plus complète, la plus artistique ou celle qui a reçu les trophées maxima.

Le premier prix de la Rencontre a été attribué pour la saison 2006 distinguant conjointement torero et éleveur, depuis il a été attribué chaque année au terme de chaque saison.

Pour la saison 2024 ont été proposés:

Cartero de Montalvo combattu par Paco Urena à Valencia le 19 mars photo © Carlos Gomez Litugo
Tabajo de Santiago Domecq combattu par David de Miranda le 8 avril à Séville photo Jean Yves Blouin
Delicado de Santiago Domecq combattu par Clemente à Dax le 15 aout photo Ferdinand de Marchi
Beduino de La Quinta combattu par Daniel Luque à Nîmes le 14 septembre photo Ferdinand de Marchi

Le prix 2024 a été attribué à Dulce de Victoriano del Rio combattu par Borja Jimenez le 7 juin à Madrid

l’esprit du Prix de la rencontre et la mise à jour des prix attribués depuis l’origine en 2006 Jean Pierre Hedoin Président d’honneur du Club Taurin de Paris

photos Plaza 1/ Carlos Gomez Litugo/ Ferdinand de Marchi/ Jean Yves Blouin

Navigation des articles

← Entrées Précédentes
Entrées Plus Récentes →
    • CONTACT
  • Laissez-nous votre mail pour recevoir es mises à jour du site

  • Les dernières informations

    • Tauromachie et rodéo: un cousinage transatlantique
    • Un Vent de Liberté & Au bout d’une Passion films de François De Luca et Jean Charles Roux
    • Brindis d’or 2ᵉ édition cérémonie en l’honneur de 50 ans de tauromachie française
    • Zocato à la manœuvre pour un bilan inhabituel
  • Rejoignez-nous sur Facebook

    Rejoignez-nous sur Facebook
  • Rechercher

Propulsé par WordPress.com.
club taurin de Paris
Propulsé par WordPress.com.
  • S'abonner Abonné
    • club taurin de Paris
    • Rejoignez 155 autres abonnés
    • Vous disposez déjà dʼun compte WordPress ? Connectez-vous maintenant.
    • club taurin de Paris
    • S'abonner Abonné
    • S’inscrire
    • Connexion
    • Signaler ce contenu
    • Voir le site dans le Lecteur
    • Gérer les abonnements
    • Réduire cette barre
 

Chargement des commentaires…