les deux films ont été projetés au Studio Galande, en la présence de François De Luca réalisateur et de Jean Charles Roux scénariste. Les deux films ont été réalisés en 2024/2025
Simon Casas un vent de liberté. Film de François de Luca et Jean-Charles Roux.
La création de ces deux films est liée aux anniversaires d’une part de la première novillada de Christian Montcouquiol, Nimeno 2, le 17 mai 1975 et d’autre part de l’alternative de Simon Casas à la même date. Mais la présentation de Nimeno et Casas est resituée dans le contexte de l’époque.
François De Luca explique qu’il n’a pas voulu se figer dans le reportage descriptif, mais mettre en valeur dans un monde taurin qui change, la personnalité extraordinaire de Nimeno, qui marque la toreria française. Ses films sont donc pleins d’émotion relatent les liens avec son frère ainé et la vision de la voltereta fatale de Nimeno et s’attachent plus aux hommes qu’aux combats dans l’arène : « C’est l’histoire d’un jeune qui veut s’en sortir. »
De son côté Jean-Charles Roux souligne à propos du film « Simon Casas un vent de liberté » que l’objectif était de mettre en évidence la trajectoire du jeune torero Casas plutôt que celle de l’empresa et apoderado à succès. Le film n’évoque donc que les 10 premières années de la carrière de Simon Casas et de sa vocation. C’est ainsi qu’on se souvient ou qu’on apprend que Casas a coupé une oreille à Las Ventas le jour de sa première novillada en Espagne!
Les deux films » d’amateurs / professionnels » ne font pas l’objet d’une diffusion dans les circuits des salles de cinéma, mais peuvent être mis à la disposition des penas et clubs taurins pour des projections « privées ».
Les Brindis visent à affirmer la tauromachie comme un art majeur, au même titre que la musique, la littérature ou le cinéma. Le prestigieux cadre du théâtre de la Madeleine a constitué une arène symbolique pour défendre notre passion et nos libertés.
Monsieur Loyal Arnaud Agnel comédien
Le président du jury chroniqueur, journaliste et écrivain Vincent Bourg « Zocato ».
LeBrindis d’honneurAlain Montcouquiol et Simon Casas remis à Simons Casas par M. le Ministre Eric Dupond-Moretti
Les lauréats
Brindis d’or de l’Aficion
le Brindis culture remis à Jérome Veyrunes
Le Brindis communication Toros remis à Philippe Lavastre et Frédéric Bartholin
le Brindis coup de cœur AEFTC (association des éleveurs français de toros de combat) représentée par Robert MargéCharlotte Yonnet Mathieu Vangelisti et Pierre-Henri callet
Brindis du Collectif :
le Brindis organisation Casas and Co remis à Denis Allegrini
Le Brindis transmission remis à Vincent Fare et son père
Brindis de la Profession
Le Brindis ganadero El Freixo
le Brindis quadrilla remis au picador Gabin Rehabi
le Brindis novillero remis à Victor Clauzel
le Brindis matador remis à Clemente
Merci à JulienLescarret et Benjamin Guillaume
photos Jean Yves Blouin reportage complet à venir sur son blog « Face à la Corne »
Zocato livre un bilan à la fois nostalgique et inquiet de la temporada, entremêlé d’anecdotes personnelles et d’histoires taurines (Algérie, Yiyo, tournées, prisons, mariages, etc.).
Fil rouge : la quête de surprise et d’authenticité face à une tauromachie qu’il juge trop souvent répétitive et trop longue.
Actualité et signaux d’alerte évoqués
Mention d’une déclaration politique en Espagne annonçant la fin de subventions publiques à la tauromachie (annoncée « à 18 h 30 »). Zocato l’utilise comme symptôme d’une offensive anti-corrida.
Figure clé de la saison : Morante de la Puebla
Pour Zocato, Morante demeure le seul cette année à incarner le geste « le plus pur » : faire décrire au taureau un point d’interrogation inversé (dominer, attirer, dévier au dernier instant).
Il revient sur la journée madrilène : hommage le matin, triomphe, foule en transe, sortie interminable, puis décision de couper la coleta à Madrid (choix du lieu le plus symbolique).
Détail « d’éthique » et d’esthétique : costume, taureau Osborne blanc, références à Antoñete ; souci de cohérence jusque dans les symboles.
Inquiétude : après Morante, qui portera cette manière-là de toréer ?
Bilan artistique de la temporada (selon Zocato)
Points positifs
Moments d’émotion vraie quand l’art s’unit au risque assumé (ex. Morante).
Quelques jeunes profils prometteurs (voir ci-dessous).
Réserves
Manque de surprise : « ce que je vois, je crois l’avoir déjà vu ».
Corridas trop longues (jusqu’à 2 h 45) et faenas étirées quand le toro « ne sert pas ».
Technique de l’épée : critique de la généralisation des épées sans cochonnet (garde), qui favorisent « pousser » plus que « placer », au détriment de l’exactitude et de la lisibilité pour le public.
Système de cartels fermé : « écuries », échanges, délais de paiement, logique de marché qui bride le renouvellement.
Toreros à suivre / noms cités
Marco Pérez : progression physique fulgurante, qualité intacte, « casta » et continuité ; profil à surveiller de près.
Víctor Hernández : remarqué (Bagnols, Málaga, Madrid) ; bonne main gauche, potentiel à confirmer.
Aarón Palacio : fondamentaux solides, lecture de la charge, interprétation soignée.
D’autres cités en passant (Borja Jiménez, David de Miranda, Sébastien Castella — triomphe à Lima — etc.), souvent pour illustrer le besoin de caractère et d’invention plus que pour dresser un palmarès.
Les Français et la relève
Selon Zocato, toutes les portes sont ouvertes aux Français, parfois plus qu’aux Espagnols, mais la génération montante n’a pas encore franchi le cap espéré en termes d’impact artistique et de folie créatrice.
Éthique, style et « fondamentaux »
Appel à revenir à une esthétique sobre et risquée : proximité vraie, trajectoires courtes et profondes, temps justes (pas d’inflation de passes « pour montrer que ça ne sert pas »).
Importance des détails : rituels (clé de la chambre), cohérence des signes, exactitude de l’épée.
Critique des faenas démonstratives sans substance et des corridas fleuves qui « volent l’apéro » et fatiguent l’afición.
Anecdotes marquantes (au service de son propos)
Algérie : arènes d’Oran restaurées, projet de corrida ; digression sur un président de fédération de rugby et des poteaux sciés à la douane (humour sur les malentendus culturels).
Le Yiyo enfant : témérité précoce, vaches landaises, mémoire des bêtes ; évocation des quarante ans de sa mort.
Rafael de Paula :
Hommage final avec lecture d’un texte publié dans Sud Ouest (2000), « Les hérissons orphelins » prose funèbre, métaphores animales, grandeur tragique.
Récit de l’incarcération au Puerto de Santa María : toréer en prison, respect unanime, libération suivie de la tuerie de six toros à Séville ; légende et contradictions d’un gitan génial.
Multiples souvenirs de tournées, alternatives, festivals et mariages : une mythologie personnelle pour opposer la folie créatrice d’hier à la standardisation d’aujourd’hui.
Propositions/souhaits de Zocato
Chercher la surprise : accueillir des toreros capables de « réinventer » (au besoin par la folie, pas par la quantité).
Alléger les spectacles : retrouver des corridas courtes et intenses (référence à une corrida madrilène: 1 h 14 sans feria).
Donner une scène aux anciens : idée d’un circuit de « papys » (à la manière des tournois de tennis seniors) mêlé à des festivals avec jeunes, pour attirer le public et réenchanter l’afición.
Conclusion synthétique
Diagnostic : temporada jugée peu surprenante, souvent trop longue ; Morante sauve l’année par des instants d’art purs et risqués et par un adieu madrilène hautement symbolique.
Enjeu : renouvellement esthétique (risque, vérité, précision) et renouvellement des noms (Marco Pérez, Víctor Hernández, Aarón Palacios…).
Contexte : pression politique accrue en Espagne (information rapportée, non vérifiée ici), d’où l’importance d’une tauromachie exemplaire sur l’éthique, la brièveté et la sincérité.
Voie d’avenir : formats plus nerveux, cartels ouverts, et pourquoi pas un circuit d’anciens pour redonner du liant entre générations.
Petit Billet
Il y a des soirs où l’afición se regarde dans le miroir et hésite entre sourire et soupir. Le 12 novembre, Zocato a tenu ce miroir avec sa verve inimitable : un tourbillon d’anecdotes, de souvenirs et d’uppercuts tendres à la saison taurine qui s’achève. Son fil rouge ? La surprise perdue. « Ce que je vois, je crois l’avoir déjà vu », confesse-t-il, regrettant les faenas étirées quand le toro ne sert pas, ces 2 h 45 qui grignotent l’envie autant que l’apéro, et la technique de l’épée devenue affaire de poussée plus que de précision.
Au milieu du déjà-vu, un éclat : Morante de la Puebla. Zocato le hisse au rang de seul matador capable, cette année, de tracer ce point d’interrogation inversé qui transforme la charge en évidence. Il raconte Madrid : l’hommage du matin, le triomphe, la marée humaine, puis la coleta tranchée là où cela a du sens. Détails justes, éthique soignée — du costume à l’intention —, et l’impression qu’avec lui s’éloigne une manière rare de toréer court, vrai, près et profond.
Le regard glisse alors vers demain. Zocato guette les secousses : Marco Pérez, grandi d’un hiver sans perdre la qualité ; Víctor Hernández, main gauche prometteuse ; Aarón Palacio, fondamentaux nets. Mais il pointe un système verrouillé, des cartels en circuit fermé et une France taurine à qui tout est ouvert mais qui n’a pas encore bondi. En arrière-plan, une note politique inquiétante sur la fin des aides publiques en Espagne signe, dit-il, d’un vent contraire qui exige une tauromachie exemplaire et nerveuse.
Comme toujours chez Zocato, la mémoire éclaire le présent : Yiyo enfant, les vaches landaises qui « appellent par les prénoms », et surtout l’hommage à Rafael de Paula, gitan de cristal et de feu, dont il lit une prose lumineuse et triste. De là surgit une proposition malicieuse et sérieuse à la fois : inventer un circuit de « papys » mêlant anciens et jeunes en festivals courts, pour réenchanter l’arène.
On sort de la salle avec l’envie paradoxale d’un retour aux choses simples : vérité, brièveté, audace. Et ce vœu, presque enfantin, que demain quelqu’un ose à nouveau nous surprendre.
Texte Vicentino-Photos Jean-Yves Blouin, membres du Club taurin de Paris
Ce dimanche, le CTP organisait sa traditionnelle garden party chez Ursula Berthon où se sont réunis une vingtaine de membres : les autres étaient au loin sur les routes d’Espagne et de France où de nombreux événements taurins étaient programmés.
Serpentina par Jean Berthon
Le quiz taurin traditionnellement préparé par Thierry Vignal et Jean-Pierre Hedoin a vu s’opposer deux équipes.
Quelques exemples des difficiles questions :
2025 est l’année de commémoration d’un événement tragique pour la tauromachie. lequel?
La mort dans l’arène d’El Yiyo survenue il y a 40 ans.
En 2010, la corrida de Beneficencia de Madrid a été l’occasion d’une competencia entre Morante et un autre torero, lequel ?
Daniel Luque.
En 1999, à Dax, une corrida a connu un succès extraordinaire avec 11 oreilles coupées. Quels toreros étaient au cartel ?
Enrique Ponce, Morante de la Puebla, Miguel Abellán, toros de Samuel Flores.
Morante est sorti 2 fois par la Porte du Prince, mais combien de fois a-t-il triomphé à Séville avec des faenas de 2 oreilles ? 8 fois
Il y a 15 jours, Borja Jiménez a affronté 6 toros de Victorino Martín à Nîmes. Citez au moins 3 autres toreros ayant relevé le même défi ?
Ils sont assez nombreux en fait : Ruiz Miguel, Vazquez, Roberto Dominguez, Emilio de Justo,Capea etc.
Qui furent les 6 matadors vedettes au cartel de la corrida hommage à Victor Barrio donnée à Valladolid en septembre 2016 ?
El Juli, Morante, José Tomás, Manzanares, Juan JoséPadilla, Talavante.
Quel est le nom officiel de la féria de Teruel ?
Feria de la vaquilla del Angel.
Quel matador a affronté Rabatillo de Alcurrucen et Ebreo de Jandilla ?
Sébastien Castella.
L’après-midi se poursuivit par la tombola au cours de laquelle Thierry Vignal fit gagner de nombreux lots provenant de la bibliothèque de notre ami Jean-Louis Coy.
Il y eut aussi à gagner une superbe photo de Jean Yves Blouin représentant une très belle trinchera de Morante de la Puebla.
Puis ce fut le temps du buffet autour duquel la première partie de la temporada a été très commentée.
Un grand merci à Ursula pour avoir permis l’organisation de cette belle après-midi
C’est au sympathique Village que se déroula la dernière soirée du CTP précédant la pause estivale ; l’invité du jour, le Nîmois d’adoption Eddie Pons président de l’association Les Avocats du Diable depuis 25 ans. Après que Thierry Vignal ait rappelé les différentes soirées littéraires organisées auparavant par le CTP, Jean Davoigneau présenta son « ami de trente ans », Eddie Pons , se remémorant les moments formidables qu’ils ont partagés. Eddie fit part des salutations fraternelles et taurines de Marion Mazauric qu’il connaît depuis très longtemps et de Jacques Olivier Liby invité du CTP en avril 2024.
Eddie Pons, à la demande de Jean Davoigneau, présente à la fois l’association Les Avocats du Diable ainsi que les éditions du Diable Vauvert, créées par Marion Mazauric à son retour à Vauvert après des années parisiennes. Les éditions du Diable Vauvert, s’installèrent dans une ancienne école de Vauvert, aménagée par la mairie. Ce lieu, au sein de la Petite Camargue, a permis à six cents auteurs de s’y installer en résidence, auteurs du Diable Vauvert ou d’autres maisons d’édition.
Comment le prix international Hemingway a-t-il vu le jour ? En 2004, Marion Mazauric au retour d’un salon du livre dans le Sud-Ouest, où elle avait présenté le livre de Simon Casas Taches d’encre et de sang, eut l’idée de créer un prix qui récompenserait des nouvelles en lien avec la tauromachie afin de donner une dimension littéraire à la féria de Nîmes, durant laquelle il serait attribué chaque année.
Elle sollicita Eddie Pons, président de l’association les Avocats du Diable, afin qu’il participe au jury. Il hésita un peu, étant un dessinateur plutôt qu’un littéraire mais finit par accepter. C’est ainsi que depuis 21 ans, il participe à l’attribution du prix Hemingway. Le jury composé de 7 personnes et présidé par Laure Adler se réunit le vendredi de la féria pour délibérer. Parmi les membres du jury : Marion Mazeuric, l’autrice Anne Plantagenet, les écrivains, journalistes Michel Cardoze et Claude Sérillon, la journaliste Marianne Payot , le journaliste François Bachy , le réalisateur et dessinateur Eddie Pons ici présent, ainsi que le lauréat de l’année précédente, Fabien Penchinat pour le jury 2025.
Les nouvelles sont anonymisées dès la phase de présélection, qui débute en février, date de dépôt des nouvelles. Cette présélection est effectuée par un comité de lecture indépendant du jury. Ce comité a pour tâche de ne conserver que les nouvelles remplissant entre autres les critères suivants : être une œuvre de fiction ayant un lien avec la tauromachie. Ce qui laisse une grande latitude aux œuvres qui s’avèrent de plus en plus diversifiées. Les auteurs ne sont pas forcément des aficionados ou aficionadas. Ainsi, la lauréate 2025, Sylvie Callet, est autrice de polar et n’a jamais vu de corrida. Le chèque attribué au vainqueur a une valeur de 2000 euros, il s’accompagne d’une place dans le callejon. Le montant du chèque s’élevait à 4000 euros jusqu’à la crise COVID, grâce à la participation financière de Simon Casas cofondateur du prix. La première année, le jury reçut 37 nouvelles. La plus grosse participation fut l’envoi de 277 nouvelles dont 120 en espagnol, qui dans ce cas sont traduites en français certaines par notre invité.
Depuis ces dernières années, le nombre de nouvelles reçues s’échelonne entre 150 et 190, ce qui fait du prix Hemingway un des plus importants prix littéraires récompensant des nouvelles. Ces dernières années, les participantes sont de plus en plus nombreuses, 30 % pour 2025. Afin d’éviter qu’un auteur ou une autrice capte le prix plusieurs années, les lauréats ne peuvent pas reconcourir. Pour l’anecdote, le lauréat 2024 avait concouru treize fois.
Parmi les aficionados présents à cette soirée, plusieurs participent ou participèrent au prix Hemingway, sans avoir jamais été Lauréat-e . Parmi eux, Philippe Soudée qui, pour autant, n’est pas rancunier, comme le souligna Eddie Pons car, il se vit, lui-même attribué un prix, lors d’une soirée du Ruedo Newton. Lauréat ou pas, Philippe Soudée estime que ce prix a sa raison d’être car il est chargé de sens. Nicolas Havouis, également auteur de nouvelles pour le prix Hemingway, déplore que parfois, les nouvelles lauréates ne soient pas très taurines. Pour sa part, ce prix lui permet de servir deux passions, la tauromachie et l’écriture.
Nicolas Havouis & Philippe Soudée photo Jean Yves Blouin
Combien de recueils sont-ils vendus ? Eddie Pons note que les livres taurins ainsi que les recueils de nouvelles n’ont pas vraiment vocation à être des best-sellers. Quelques centaines d’exemplaires sont vendues chaque année. La maison d’édition n’ayant pas d’argent, l’association les Avocats du Diable fait des pré achats. Les livres n’ont pas de diffusion en Espagne car ils paraissent en français ; en conséquence, la participation en langue espagnole (Espagne mais aussi Amérique) diminue.
Quelles évolutions pour le prix Hemingway ? Eddie Pons dit s’être posé la question à plusieurs niveaux. Tout d’abord, ne serait-il pas souhaitable de rajeunir le jury ? Concernant les nouvelles, il serait peut-être nécessaire de resserrer le sujet ? Il évoque la possibilité de lever l’anonymat afin que des auteurs reconnus y participent ? Quelques suggestions viennent de la salle. Éditer le recueil sous forme de BD ou de manga ? Pourquoi n’y aurait-il pas, parmi le jury, des acteurs du mundillo ? Pourquoi n’y aurait-il pas pour chaque édition un écrivain invité qui serait hors concours ?
Interrogé sur son travail hors sa mission de président des Avocats du Diable, Eddie Pons résuma sa carrière : Il dessina pour plusieurs quotidiens espagnols lorsqu’il était à Barcelone, puis, de retour en France, pour la presse régionale, Usine Nouvelle et la presse agricole … S’il réalise des dessins sur la thématique tauromachique, comme en témoigne le livre compilation Scènes d’Arènes, il illustre également des conférences traitant du social ou du travail à travers la formation professionnelle.
Par ailleurs, il est co auteur avec Jacques Durand Pastis de muerte à la feria corrida, imprimé par la revue Corrida, cette œuvre ne leur rapporta aucun gain financier mais des apéros toute l’année lors des invitations dans différents clubs taurins, pour évoquer le livre. Autres ouvrages, Petit nécessaire de toilette à l’usage de ceux qui s’astiquent avant la corrida et avec René Domergue, Avise la pétanque, , Avise le loto, Parmi les projets en cours, il illustre avec un avocat des brèves et un livre destiné aux enfants, avec Léa Vicens Il est également auteur et réalisateur de documentaires, de courts métrages et de dessins animés. comme Flamen’comic’ ainsi qu’à l’origine de nombreuses expositions.
Avant la séance de dédicaces, le président Thierry Vignal, remercie et clôt la soirée en rappelant que la fête du club, avec au programme toreo de salon, quiz taurin et tombola permettant de gagner moult ouvrages taurins , se tiendra le dimanche 22 Juin à partir de 17h.
texte Martine Bourand Lucet photos Jean Yves Blouin
Au programme de la soirée du 10 Avril, le CTP proposait une tertulia autour du film documentaire d’Albert Serra Tardes de Soledad, présenté en avant première lors, d’une matinée du Club Taurin de Paris, en la présence de d’Albert Serraqui accepta immédiatement l’invitation et découvrit ainsi, qu’il existait des clubs taurins à Paris. Comme le souligna d’emblée le président, ce choix s’imposait d’une part, par sa couverture médiatique plutôt inespérée et d’autre part par les nombreux échanges entre aficionados sur le sujet. La richesse des commentaires, questionnements, témoignages, et ressentis échangés au cours de la soirée témoignèrent du bien fondé de ce choix.
Fut en tout premier lieu, abordé par Sandrine Lamantowicz, un aspect plus méconnu de la vie du film, la genèse de sa distribution et l’aspect économique, principalement en France. Araceli Guillaume-Alonso quant à elle, éclaira l’assistance sur sa réception en Espagne.
Sandrine Lamantowicz photo Jean Yves Blouin
Araceli Guillaume-Alonso photo Jean Yves Blouin
Pour tout film, il faut qu’un producteur investisse soit au début du tournage soit lors du montage. Lorsque le film est terminé, il s’agit alors de trouver des distributeurs qui en achètent les droits dans différents pays. Concernant Tardes de Soledad, aucun distributeur n’avait paru intéressé en France jusqu’au moment où il reçut la Concha de Oro au festival de San Sebastian. L’attribution de ce prix et la notoriété de Serra dans les milieux cinéphiles, firent que Dulac distribution, distributeur indépendant, également propriétaire de salles en acheta les droits. Le film, ainsi acquis, put être distribué à la fois dans ses salles mais également dans d’autres cinémas. Cinq à dix copies furent diffusées à la fois dans les dix villes taurines principales et à Paris 8 salles (entre Paris et la périphérie). Albert Serra fut très actif dans la promotion de son film animant de nombreuses avant-premières et rencontrant la presse à plusieurs reprises. Le résultat fut inespéré. Le jour de sa sortie en France, le 26 Mars, il fut distribué dans 47 salles à raison d’une ou deux projections par jour, une centaine par semaine attirant la première semaine 14 179 spectateurs, 9158 la deuxième et 632 la troisième. Dans les villes taurines, la projection prit un tour festif ou au contraire conflictuel.
Au départ, outre le thème du documentaire choisi par Albert Serra , à savoir la corrida, deux autres facteurs risquaient de le desservir : sa durée, 2h05 et son interdiction aux moins de douze ans. Sandrine souligne que la mention d’interdiction est très exceptionnelle en France. Cependant, probablement grâce aux nombreuses interventions de Serra dans la presse, celle-ci lui attribua la note de 4/5 et le public 3,9/5, ce qui signifie que les anti taurins n’ont pas lancé d’offensive à l’encontre du film.
En conclusion, le film fait un parcours inespéré, d’autant plus que le documentaire est un genre au creux de la vague depuis le COVID et que les cinémas traversent depuis janvier, une période plutôt morose. Parmi les différents types de documentaires : animalier, politique, écologique, éducatif, Tardes de Soledad entrerait plutôt dans la catégorie documentaire politique du fait des nombreux débats qu’il suscite. Il comptabilise à ce jour, 24 000 entrées. (Les autres films de Serra affichaient , 30 000 entrées pour La mort de Louis XIV et 60 000 pour Pacifiction) A titre de comparaison , le documentaire de Thierry Frémaux , Lumière, l’aventure continue, sorti le même mois, totalisait 2500 entrées avec les avant-premières. Enfin, son classement à la 15ème place des films du moment est une surprise. Il semble que Sophie Dulac, qui a pour habitude de choisir des films qui lui font plaisir, ait fait un « bon coup », du point de vue économique le film serait à l’équilibre.
En complément, vous trouverez, en fin de resena, l’entretien avec Eric Jolivalt, responsable de Dulac Distribution, qui permet d’ajuster et de compléter ma présentation. Comme vous le lirez, ses réponses ne mettent pas du tout en valeur les doutes que Dulac Distribution avait avant les premières présentations du film lors d’avant-premières.
Albert Serra photo Jean Yves Blouin
À son tour, Araceli Guillaume-Alonso tenta une mise en parallèle avec la réception du film en Espagne, bien que la comparaison ne soit pas aisée du fait que seule la France compte en nombre d’entrées alors que l’Espagne, ainsi que les autres pays, affichent les recettes. En Espagne, le film fut donc à l’affiche dès le 7 mars 2025, diffusé en 83 cinémas (certaines sources parlent de 84 copies).
À Madrid, il fut programmé pour sa sortie dans une douzaine de cinémas. A l’issue du premier week-end la recette globale s’élevait à 105.400 euros soit presque 15.000 spectateurs (selon les données de A Contrario, le distributeur). Cette somme correspond aux 87.800€ de recettes du week-end plus 17.600€ encaissés lors des avant-premières. Une semaine plus tard, le 16 mars, (elblogdecinespanol.com), le film dépassait 200.000 euros de recettes et ses distributeurs aspiraient à en atteindre 300.000, ce qui serait le record de l’année pour un documentaire et le placerait bien en tête des précédents films de Serra en Espagne. Un mois après sa sortie, le film reste programmé à Madrid, dans deux cinémas d’art et d’essai, en raison de trois séances en tout pour la journée.
Albert Serra photo Jean Yves Blouin
Cependant, l’impact médiatique du documentaire semble avoir été moindre en Espagne qu’en France, peut-être parce que Serra est un cinéaste infiniment plus réputé en France qu’en Espagne. Mais, il faut également noter qu’en Espagne il est « déconseillé » aux moins de 16 ans et que sa note moyenne n’est que de 6,1/10. Des témoignages directs – subjectifs donc – accordent au film un grand succès à Madrid et aussi à Barcelone, où les séances étaient souvent complètes lors de la sortie. Nous n’avons pas d’échos de Séville ou d’autres villes.
Suite à une question, Araceli confirme que Roca Rey ne s’était pas impliqué du tout dans la promotion du film, car il ne l’avait pas du tout aimé lors d’une projection privée quelques jours avant sa présentation au festival de San Sebastián. Par la suite, le torero a évolué dans son jugement puisqu’il a déclaré être fier d’avoir participé à un projet cinématographique d’une telle envergure et qu’il a accepté de remettre à Albert Serra le prix du Sénat espagnol. De l’avis général, la promotion n’était pas son rôle n’ayant pas, à proprement parler, le statut d’acteur.
Roca Rey photo extraite du dossier de presse de Karine Durance
Araceli raconte comment elle avait découvert le film le 26 juillet 2024, par un ami qui la sollicitait pour décoder les dialogues, en vue de la traduction des sous-titres en anglais et en français. Elle ignorait alors qui avait réalisé le film mais avait remarqué que la maison de production principale semblait être catalane, elle craignit donc que ce soit un manifeste anti taurin mais s’aperçut vite qu’il ne paraissait ni taurin ni anti taurin mais autre chose. Elle avait le sentiment que la transcription des dialogues avait été faite par quelqu’un qui n’y connaissait rien en matière de toro, car tout était à refaire. Elle eut aussi le sentiment intime que le film décevrait le torero.
A contrario, Serra rapporte que la cuadrilla l’a beaucoup aimé lors d’une projection à Séville. Par la suite, avant la version définitive, le film subit quelques modifications dont certaines à la demande de Roca Rey mais pas seulement et pour Araceli le film y a gagné. Aux Açores, en janvier 2025, lors d’un congrès taurin important, elle put constater la réception difficile du film de la part des aficionados. Serra n’était pas là pour le présenter ni pour le défendre et ce n’était pas non plus un public de cinéphiles : 10% des gens quittèrent la salle avant la fin dont certains de ses amis, « trop désespérément aficionados » et pas particulièrement cinéphiles. Aussi, à Bilbao, en septembre dernier, lors de la projection du documentaire en présence de Serra, bon nombre de membres du Club Cocherito et d’autres aficionados blibaïniens l’ont vigoureusement rejeté, certains quittant la salle.
La suite de la soirée permit aux participants d’exprimer leurs réflexions à propos du film. Philippe Soudée livra sa vision artistique considérant ce film comme l’œuvre d’un plasticien, tout comme les nymphéas de Claude Monet ne sont pas le jardin de Giverny mais l’idée du jardin, Serra prend pour objet la corrida afin de créer de la beauté. Dans cette recherche esthétique il filme la violence, l’homme, le toro. De cette bestialité se dégage une humanité, la tauromachie n’est ici que prétexte pour exprimer ce que l’on recherche dans la vie entre Eros et Thanatos.
Pour d’autres – comme Patrick Guillaume – le film fut une sorte de madeleine de Proust , les ramenant à leur enfance, aux sensations qu’ils avaient éprouvées en voyant leurs premières corridas, où dans leur souvenir, se mêlent la lumière, le bruit et le sang dont la vision n’effraie pas l’enfant.
Patrick Guillaume photo Jean Yves Blouin
Serra met le torero au centre, c’est le comportement de l’homme qu’il filme, mais la violence ne vient pas que du torero mais aussi du toro et du public.
Face à cette tentation de cacher ou tout du moins d’atténuer la violence de la corrida, actuellement, un groupe d’aficionados et de vétérinaires travaillent en Espagne sur des modifications à apporter à la pique, au descabello et à la puntilla. Pour les deux derniers, il s’agit d’accroitre leur efficacité. Quant au tercio de varas, les vétérinaires cherchent un modèle de pique qui mettrait à l’épreuve la bravoure du toro et qui remplirait toutes les exigences du tercio avec un moindre versement de sang : le sang descendant jusqu’au sabot n’aurait comme conséquence – contrairement à l’idée reçue – qu’un afaiblissement de la bête.
Elle partage l’avis de ceux comme Ruben Amon, qui pensent que les concessions dans le domaine, ayant pour objet d’attirer des sympathies, sont dangereuses, car elles n’apporteront rien et risqueraient d’entraîner la disparition de la corrida de mort. Pour le coup, Serra casse les tentatives de cette mouvance.
Quelques remarques concernaient le montage du film. Serra choisit comme monteur le directeur de la photographie, le mieux placé pour le faire d’après lui.
Entre autres choix commentés, la scène où Roca Rey se retrouve plaqué sur la talanquère à Santander, les cornes de chaque côté de la tête, scène choisie pour exprimer l’essence de la corrida : la violence, la mort du toro mais celle aussi potentielle du torero. A contrario de Movistar qui lorsqu’il filme une corrida, s’éloigne de la mise à mort, cette phase de la corrida étant devenue « l’image que l’on ne voyait plus » !
Le son est également un son fabriqué, voulu, très travaillé : celui qui accompagne la mort du toro, n’est pas le vrai bruit de la mort, le bruit caractéristique de l’épée qui pénètre. Rien n’est donc laissé au hasard dans ce documentaire et si certains trouvaient qu’il y avait un toro de trop, d’autres soulignaient qu’il fallait montrer les deux toros de la corrida de Séville.
Après ces débats concernant plus particulièrement le film, vinrent des remarques plus spécifiques à la tauromachie et au torero. De l’avis de la majorité, le film n’est pas un film pour les aficionados mais pour les cinéphiles. Serra ne fait pas un choix didactique ou pédagogique mais esthétique. Le cadrage étroit des scènes est même extrêmement frustrant pour les aficionados qui au final ne voient pas toréer, ne voient pas de passes entières. C’est un film sur la tauromachie et non pas sur la corrida, un retour à quelque chose de plus primitif pour citer Francis Wolff dans l’article des cahiers du cinéma ou bien le « c’est la guerre » de Marc Thorel , la tauromachie comme expression de la lutte primitive entre l’homme et l’animal.
Quant au torero, Serra fait le choix de Roca Rey pour sa beauté, sa jeunesse et sa taille assez exceptionnelle pour un torero. Il ne paraît jamais être dans un état normal… la pression ? la peur ? la peur scénique ? la décompression ?
Pour tout torero, le moment où il prend la muleta est un grand moment de solitude. Patrick Guillaume, rapporta que, Joselito, à qui il avait dit un jour, « On se voit demain à la corrida » lui avait répondu : « Tu me vois, je ne te vois pas ». Bien que très entouré le torero prend toujours les décisions seul. En dehors de l’arène, dans le van, aussi bien Roca Rey que sa cuadrilla déchargent l’adrénaline accumulée, chacun à sa manière en parlant pour la cuadrilla ou en se taisant pour Roca Rey. Les non aficionados qui à la suite du film iront voir Roca Rey à Arles ou ailleurs ne seront-ils pas déçus ?
En conclusion, le titre est la plus belle chose du film dit Araceli, lequel est par ailleurs très catalan ajoutent en cœur plusieurs participants à la soirée! La notoriété de Serra a probablement été un facteur dominant dans la réception du film par les journalistes non taurins, ce qui fait que même les critiques les plus durs à l’encontre de la corrida ont bien noté le film, par exemple, 4/5 pour les Inrockuptibles qui ont fait la critique la plus sévère.
Grand merci à Araceli Guillaume-Alonso et à Sandrine Lamantowicz pour avoir permis le 9 mars, l’avant première exceptionnelle du film au cinema Arlequin en présence d’Albert Serra
Bien que le sujet fût loin d’être épuisé, il fut temps de conclure et de poursuivre les échanges de manière plus informelle, autour du savoureux buffet libanais proposé par le Loubnane.
Texte Martine Bourand relecture Araceli Guillaume-Alonso et Sandrine Lamantowicz photo Jean Yves blouin membres du Club taurin de Paris
Entretien avec Eric Jolivalt, Dulac Distribution, Paris avril 2025
1/ Quelques chiffres : Le nombre d’entrées / Le nombre de copies / Le nombre de séances sur la France /
Quels sont les chiffres que vous pensez atteindre en fin d’exploitation ?
Nous avons réalisé 28.000 entrées en deux semaines, le film a été et sera diffusé dans plus de 300 cinémas et nous espérons atteindre 40.000 entrées en fin de carrière. Ce qui est un score exceptionnel pour un documentaire. En France, rare sont les documentaires qui dépassent les 10.000 entrées en salle.
2/ Est-ce que l’interdiction –de12 ans a été un frein dans l’exploitation du film ?
L’interdiction nous a semblé légitime, le film montre la corrida d’un point de vue totalement différent que celui du spectateur à la télévision ou dans l’arène. C’est ce qui rend le film unique mais c’est aussi une tout autre approche et il est nécessaire de pouvoir l’aborder de cette façon avec des enfants de plus de 12 ans même s’ils ont déjà assisté à des corridas étant plus jeunes.
3/ Albert Serra est toujours un phénomène, son implication dans la sortie a été primordiale, Combien de débats, avec lui, avez-vous organisé avant la sortie ?
Le film est sorti une semaine après l’Espagne où le film a été un vrai phénomène. Albert Serra a réalisé une quinzaine de débats en France, surtout dans le sud-ouest avec des villes comme Arles, Dax, Mont de Marsan puis à Paris et en banlieue parisienne. A chaque fois, la salle a été conquise.
4/ Lors de l’acquisition du film à Saint-Sébastien, comment aviez-vous envisagé sa sortie en salles ? Vos objectifs ont-ils évolué à l’approche de la sortie ?
Nous avons acquis le film bien avant San Sebastian. Nous étions sur le projet depuis son élaboration car nous avions déjà travaillé avec Albert Serra ainsi que son producteur Pierre-Olivier Bardet sur le film Liberté. Si nous n’avons jamais eu de doutes sur le talent d’Albert Serra, je vous mentirais en disant que le sujet de la corrida n’a jamais été une question. C’est en voyant le film fini et suite à la Concha de Oro à San Sebastian que nous avons vraiment réalisé que nous avions l’un des plus grands documentaire de l’année (voir plus) dans les mains et qu’il fallait le traiter comme tel.
5/ Dulac Distribution a l’habitude de proposer des documentaires très variés. La sortie de TARDES DE SOLEDAD s’est-elle démarquée des précédentes, et si oui, en quoi ?
Dulac Distribution distribue de nombreux documentaires de grands réalisateurs à l’exemple de Notre Corps de Claire Simon, Babi Yar Contexte de Sergei Losnitza ou encore Pingouin & Goéland de Michel Leclerc. A chaque fois, nous traitons les films comme des objets uniques tout en prenant en compte leurs particularités. Tardes de Soledad ne déroge pas à la règle et ça a été un plaisir énorme de travailler avec un génie comme Albert Serra.
À l’invitation du Club taurin de Paris, le cinéma L’Arlequin avait bien rempli sa plus grande salle : 195 entrées payantes pour accueillir l’avant-première de Tardes de Soledad en présence du réalisateur Albert Serra qui a explicité son projet et sa réalisation, à la fin d’une projection très applaudie.
Albert Serra n’était pas aficionado quand il a lancé ce projet. Il avait vu quelques corridas dans sa jeunesse, mais sans vraiment accrocher : « La base, c’est que je n’ai rien à en dire, je filme donc pour voir ce qui se passe. » ce n’est pas un film sur la corrida et il ne satisfera pas non plus les anti-taurins : c’est une visite au plus intime du combat entre l’homme et le toro.
les aficionados présents ont été unanimes : « On n’a jamais vu une corrida comme Serra nous la montre ; on vit la corrida comme si on était en piste. »
Dans les Cahiers du cinéma Francis Wolff l’explicite : » On ne l’a jamais filmée à une telle hauteur, au ras du sable et avec un cadrage aussi serré. On ne voit jamais la charge complète du taureau, ni une passe du début à la fin, ni une série complète enchainée. On voit essentiellement le corps à corps sans le début ni la fin de l’assaut, du geste dont le sens est volontairement gommé. On ne voit pas non plus la corrida, la fête.«
Albert Serra justifie ces gros plans : « les plans larges donnent de l’information comme un direct TV. Le Gros plan donne un film et permet de passer à l’art. »
Pour Albert Serra, la corrida est une énigme et pour la résoudre, son seul moyen est de s’approcher au plus près, afin d’obtenir dans la salle de cinéma les mêmes réactions que le public dans l’arène. Il faut « faire confiance à la caméra pour dévoiler la vérité d’un sujet ».
Certes, quelques-uns trouveront qu’il met trop en avant la violence. Mais il s’en explique : « Je montre la mort du toro parce que c’est un moment de grande émotion et qu’elle est très belle. La violence est nécessaire, c’est elle qui apporte la transcendance : le film parle du courage et de la mort.On ne peut pas apprécier l’engagement, la valeur du torero, si on ne voit pas la violence. Et surtout : il est moins question de violence que de mort et de sacrifice. » Au total, il aura filmé 15 morts du toro mais n’en a gardé que 3.
Le regard du toro, en ouverture du film, dans la nuit face à la caméra, sans distraction, est aussi un moment fort : Albert Serra y voit la solitude de l’animal et (peut-être) une prémonition d’une mort prochaine, même si l’homme est seul à savoir qu’il va mourir.
Autres moments d’émotion, les cogidas subies par Andres Roca Rey, à Madrid et Santander. Elles mettent en évidence l’extraordinaire engagement du (des) torero(s) : il retourne au combat comme si rien ne s’était passé. « Mais surtout, il ne surréagit pas, jamais. Il avance à un rythme plus lent que la normale aussi bien dans l’arène que dans la vie : c’est très poétique et très cinématographique ! Quand on voit son calme au milieu de l’agitation, c’est que sa vie dépend entièrement de sa capacité d’observation ; il doit rester calme et concentré afin d’étudier le toro. » On en retire une autre image d’Andres Roca Rey qui apparait bien comme le numéro 1 de cette décennie !
Une grande partie de l’émotion vient du son : Albert Serra a obtenu que Andres Roca Rey et sa cuadrilla portent des micros sur leurs épaulettes. De là les commentaires en direct tant dans le combat de l’arène que dans les moments plus intimes du coche de cuadrillas. Retenons cette phrase d’Antonio Chacon : « la vie ne pèse rien », au sens de il faut mépriser la vie, il y a des choses plus importantes à en faire « il faut l’utiliser pour en faire quelque chose de grand » ! Albert Serra y voit une métaphore de la corrida.
Ce qui frappe le spectateur dans ces moments, c’est la manière de la cuadrilla de veiller sur le moral du torero en multipliant non seulement les encouragements, mais les compliments et les éloges, donnant parfois l’impression de symboles d’esprit de cour.
Albert Serra a aussi pu enregistrer le son du toro, le martèlement des sabots, le souffle que le public, même en barrera, n’entend jamais. Pour compléter, il est allé enregistrer des toros dans les ganaderias ! Quant au public, il a disparu sauf par le son ce qui paradoxalement renforce sa présence !
Il y aurait sans doute encore bien des choses à dire sur ce film : le mieux est d’aller le voir pour ressentir l’immense émotion qu’il transmet (sortie en France le 26 mars prochain) et de lire les interviews du réalisateur dans le dossier de presse du distributeur (à télécharger) :
Texte et photos : Jean Yves Blouin extraits de son blog Face à la Corne et membre du club taurin de Paris . On pourra aussi lire les combats de Soledad vus par Jean-Pierre Hedoin, Président d’honneur du Club taurin de Paris https://clubtaurindeparis.com/wp-content/uploads/2025/03/tardes-de-soleda-et-rr-2023-1-1.docx, et la critique de GeorgesMarcillac sur le site: https ://toreoyarte.com-10-mars-2025-tardes-de-soledad-silence-on-tourne.
C’est une des richesses du Club Taurin de Paris, de ne pas se contenter d’inviter les gloires médiatiques du moment, mais de rendre hommage à ceux qui ont fait vivre la corrida et méritent de laisser leur trace sur le « wall of fame » du monde taurin.
C’est à ce titre, que Vicente Ruiz El Soro était l’invité du CTP en ce 4 mars, et l’on peut dire qu’il n’a pas déçu !
En le présentant, Nicolas Havouis le décrit comme un homme qui a fait des folies ! Mais surtout comme un torero populaire, en remarquant qu’en Espagnol, pueblo signifie à la fois peuple et village. D’où l’amour qui dure depuis toujours entre El Soro et le peuple de Foyos son village natal.
Cartel de la corrida de Caceres, du 29 mai 1983.
Il souligne qu’El Soro est un torero majeur des années 80-90 et un des plus grands banderilleros de l’histoire taurine : en témoignent ses cartels avec Espla, Mendez, Morenito de Maracaï et Nimeno. C’est un modèle d’alegria en tauromachie qui a survécu à d’innombrables blessures et réussi à surmonter la destruction de son genou dans les arènes pour revenir toréer après 20 ans de soins et d’opérations.
Il lui attribue la phrase : « j’aime les paellas mais pour faire ce que j’ai fait, il faut des « cojones » (attributs qui ne sont pas spécifiquement masculins mais parfaitement taurins !)
Cet accueil se termine par un « aurresku » musical offert par Michel Pastre, saxophoniste de jazz bien connu qui sortira de son registre pour enchainer sur un paso doble appris la veille. Visiblement El Soro apprécie et rythme les thèmes de ses battements de mains.
El Soro lui-même prend alors la parole pour évoquer les souvenirs moins de sa carrière de torero que de sa vie : « J’ai 3 amours : Eva (sa compagne), la musique et le toro. » Grâce à ce dernier il a parcouru le monde pendant 20 ans ce qu’il n’aurait pu faire dans aucune autre profession.
Son père était novillero et devait faire vivre une famille de 9 frères et sœurs.
Dans sa jeunesse, il aimait déjà beaucoup la musique, mais alors qu’il devait jouer avec la banda des arènes, un jour de corrida, il s’échappa car il avait décidé (à 9 ans) qu’il ne voulait plus être musicien, mais devenir torero.
Il a même fait partie d’une troupe de toreros comiques, dans la partie sérieuse.
Sur sa carrière, pourtant brillante, El Soro n’insiste pas. Il reconnait que ses maitres, les grands banderilleros de son temps, lui ont appris à avoir l’intuition du toro pour maîtriser le deuxième tercio. Il a beaucoup aimé sa profession, travaillé son corps « gordito » (enveloppé) pour pouvoir faire même le recortador et réussir.
Pour lui, dans la fiesta authentique, il y a le toro, lui et rien d’autre. La façon de galoper est le langage du toro mais son regard aussi est un signal. « S’il n’y avait pas de toros, il n’y aurait pas d’artistes et le monde n’existerait pas ! »
Pour rendre hommage à trop de ces artistes qu’il a vus mourir autour de lui, ( Paquirri, Caceres, Montoliu,) El Soro prend sa trompette et, concentré et visiblement ému, joue alors l’Ave Maria de Schubert.
Question : Valence est une terre de taurins et de musiciens : quel lien fait-il entre la tauromachie et la musique à Valence ?
Quand il était petit et regardait le ruedo, il voulait être comme Granero torero et musicien. (Granero outre d’être un matador de classe était un violoniste reconnu). L’art est le hasard du torero valencien. Et en hommage aux artistes valenciens, El Soro ressort sa trompette et joue un extrait du Concerto d’Aranjuez de Rodrigo.
Lui-même a connu son lot d’accidents, subissant 62 séjours à l’hôpital dont 49 pour sa seule blessure au genou, et recevant à 3 reprises l’extrême onction. À l’approche de la mort, « on pense à l’amour, à la famille et à Dieu ».
Il a dépensé toute sa fortune pour trouver, aux 4 coins du monde, le chirurgien qui lui permettrait de marcher et courir pour revenir dans l’arène : le docteur miracle qui l’a opéré voulait lui couper la jambe ! Son obstination à vouloir re-toréer n’a pour objet que de montrer aux jeunes générations le « bon chemin ». 20 ans après sa blessure, il revient aux arènes malgré son poids, maigrit et s’entraine comme avant et il triomphe en 2015 au cours d’une tarde d’anthologie à Valence où il est allé à porta gayola, assis sur une chaise car il ne pouvait pas s’agenouiller ! Ce jour là, son Mozo de espada refusait de l’habiller car « c’était aller à la mort ». Mais lui voulait encore ressentir 20 ans après, la tension, le toro, le public, les caméras. Même son fils ne voulait pas rester aux arènes, par peur de le voir se faire prendre par la corne.
Question : Vous qui avez affronté la mort, que ressentiez-vous à porta gayola ?
Il est allé très souvent à porta gayola, mais le toro est un mystère. La suerte de porta gayola est basée sur l’attente, la patience, pour capter son attention au dernier moment.
Une fois, agenouillé devant la porte de la peur, il a vu 2 toros sortir en même temps : lorsqu’on lui a piqué la devise sur le morillo, la réaction du premier a été telle qu’il a défoncé la porte du chiquero voisin et que les deux toros sont sortis ensemble : émotion !
En guise de conclusion, El Soro joue « Comme d’habitude » avant d’enchainer avec « Valencia » en duo avec Michel Pastre, sous les applaudissements d’aficionados enchantés.
La soirée se poursuivra dans un bar à vins voisin où El Soro signera le livre d’or du Club et appréciera l’enthousiasme des membres du CTP et se pliera volontiers aux obligations de la photo souvenir.
Texte et photos Jean Yves Blouin extraits de son blog Face à la Corne et membre du Club taurin de Paris.
The Sorrow (mars 2015) nouvelle de Nicolas Havouis membre du Club taurin de Paris
The Sorrow
Après des années de paresse et d’entreprises pas très heureuses, les affaires s’étaient mises à bien marcher pour Luis. Il disait « j’ai eu de la chance. Ou alors je dois être doué pour la seule activité qui me rend modeste.» Comme Luis était devenu un homme d’affaires avéré et qu’il avait voulu être torero, le maire lui proposa de diriger les arènes de sa ville.
_Je ne sais pas si je devrais avait répondu Luis. D’habitude je ne réussis que ce qui m’ennuie un peu. Et ça, ça m’intéresse beaucoup.
Dès lors il se consacra plus aux arènes qu’à ses « vraies »affaires. Il réussit à ne pas perdre d’argent, et même, grâce à sa notabilité renforcée, à en gagner davantage avec les vraies affaires. Luis s’associa dès le début avec Manolo Rojas un empresario taurin expérimenté qui s’occupe de la partie ennuyeuse, l’administration, tout ça… et qui en plus l’oblige à rester raisonnable. Les jours précédant les corridas, il y a foule devant le bureau des associés. Beaucoup d’habitués : bénévoles, membres de peñas, journalistes de petits journaux ou de petites radios.
L’associé désigne un nouveau venu._ Tu sais qui c’est le type en costume avec la cravate de travers ? Il me dit quelque chose. Quand tu t’habilles comme ça avec la chaleur qu’il fait, c’est que tu veux faire savoir que tu as été torero.
Luis le reconnait tout de suite_ C’est El Soro
_Ah oui, bien sûr. J’espère qu’on n’a pas pris un coup de vieux comme ça nous. Déjà on est moins gros.
_ Là encore, il n’est pas trop mal. Tu l’aurais vu il y a cinq, six ans il pesait dans les cent-vingt kilos.
Soro laisse passer les autres avant lui. Certains l‘ont reconnu et lui donnent du « maestro »ou du « torero »tant qu’ils peuvent, Soro parvient à peine à leur sourire.
Luis n’a pas très envie de le voir. Il est sûr que Soro vient lui demander un service qu’il ne pourra probablement pas lui rendre. Tous les autres sont partis, il va bien falloir y passer maintenant.
_ Vicente ! Si j’avais su que tu étais là, je t’aurais reçu tout de suite. Tu veux boire quelque chose ? Soro lui donne un abrazo triste.
_ Tu veux des billets pour ta famille ? Tu n’as même pas besoin de me demander, je te fais un laissez-passer, tu rentres au callejon quand tu veux.
_Merci, ce n’est pas ça. C’est… la feria.
_ Oui la feria. Celle de mars a pas mal marché. On va a mas torero. Lentement mais surement.
_Tu te rappelles la dernière fois qu’on s’est vus ? Tu m’as dit que quand je serai prêt, quand j’aurai perdu mes kilos en trop et que je pourrai marcher normalement, tu m’engagerais dans tes arènes. Et bien ça y est, je suis prêt.
_Oui je t’ai dit ça Vicente. Excuse-moi mais je n’ai pas l’impression que tu sois prêt. Attends, tu marches avec une canne !
_ Ça c’est parce-que je viens de me faire opérer. Dans trois mois je cours comme un lapin.
_Combien de fois tu as été opéré ?
_38 fois.
_38 opérations ! Et tu veux encore toréer ! Vraiment je t’admire.
_Admire-moi comme torero. Dans la plaza. C’est pour toréer que j’en ai bavé comme ça. Tu m’engages pour la feria de juillet.
_Mais tu n’es pas en état de toréer Vicente ! Je ne peux pas te laisser faire ça. Tu vas te faire tuer.
_Je te dis, dans trois mois je cours.
_Commence déjà par marcher normalement.
_Quand je pourrai courir, tu m’engageras ?
_ Ça fait vingt ans que tu ne peux plus courir.
_Quand je pourrai courir, tu m’engageras ? Tu me l’as dit. On s’est tapé dans la main.
_J’espère Vicente.
Soro revient quelques mois après. Je suis prêt maintenant. Tu peux m’engager.
_C’est de la folie.
_ Non, je suis prêt. Tu ne peux pas savoir combien j’ai souffert pour être prêt. J’ai une fille de treize ans, elle ne m’a jamais vu toréer, tu te rends compte ? C’est pour elle que je veux toréer. Et pour moi aussi. Je ne pense qu’à ça : retoréer. Si je ne torée plus… tu te rappelles Christian Nimeno ? Je crois que je pourrais faire comme lui.
_ Ne dis pas ça Vicente. Tu es trop bon vivant toi.
_ Tu crois que ça m’empêche d’y penser ? Quand je ne voyais pas le bout, que je n’arrêtais pas de me faire opérer ? Christian aussi, il adorait ses enfants mais quand il a compris qu’il ne pourrait plus toréer, ben là, tout a lâché.
_ Elle doit être jolie comme un cœur ta fille. Tu as des photos ?
_ Oui, regarde comme elle est belle. Mes seules joies ces dernières années, c’étaient ma femme et ma fille.
Luis se doutait que l’adorable fillette serait en communiante sur les photos. Oh elle n’est pas maigre ! Elle a l’air de s’ennuyer bien comme il faut mais ça, à une communion c’est normal.
_ Ça fait tellement longtemps que je rêve qu’elle me voit toréer. Je ne tiens que pour ça. Je suis torero. Fais-moi toréer !
Luis regarde Manolo son associé si dur en affaires d’habitude. Lui il aura le courage de refuser. Luis est surpris de le voir aussi ému. Il connait bien Manolo, pourtant il est incapable de deviner ce qu’il va dire. « Il serait d’accord pour l’engager ? Si c’est comme ça, moi aussi.»
Enfin Manolo parvient à dire_ Ecoute Vicente, tout est bouclé depuis longtemps cette saison. Tu sais, nous on ne gère que ces arènes. On n’est ni très riches ni très puissants. Tu les connais les grands empresarios, c’est à eux que tu devrais demander.
_ Je suis venu demander à Luis parce qu’on a toréé ensemble et qu’il m’avait promis de m’engager.
_ Mais ça c’était quand tu étais jeune.
_ Quand j’étais jeune, je n’avais pas besoin de lui. C’était plutôt lui qui avait besoin de moi.
Depuis un moment Luis a l’impression de ne plus être le directeur des arènes mais seulement un spectateur qui observe deux acteurs, deux actifs.
_Vicente ce n’est pas raisonnable dit Manolo. Tu connais le refrain : « toro de 5 ans, torero de 25 ». Toi tu en as 55 et en plus tu boites. Tu as besoin d’un peu d’argent ? On est prêts à faire un effort.
_ Vous pouvez vous le garder votre pognon de merde ! Merci beaucoup de ton aide Luis. Comme tu dis « tu te mets en dix pour tes amis ».
Porte claquée, mort probable d’une amitié.
_ Il n’a pas changé dit Manolo. Comme torero, c’était un de ceux qui avaient le moins de classe mais qui avait le plus de panache. Manières rustiques, sentiments élégants… Tu te souviens ? Il crachait en piste, une fois je l’ai même vu se moucher avec ses doigts. On ne peut pas dire que c’était un fin torero « de exquisitez». Mais il en avait une paire énorme et il la posait devant le toro.
_ J’aurais bien voulu l’aider dit Luis. Mais on ne pouvait quand même pas l’engager.
_ J’ai hésité répond Manolo.
_Moi aussi. Je pense qu’il ne voudra plus jamais me parler. Ça me fait de la peine, je l’aimais bien. Mais on ne peut pas faire n’importe quoi non plus. Tu imagines : on le fait toréer, il s’en sort à peu près ; tout de suite les anti-taurins vont dire « vous voyez bien que c’est du bidon, même un infirme peut se mettre devant un taureau ».
_ Les anti-taurins, ils diront toujours ça. Moi je crois que c’est plutôt les toristes purs et durs qui nous auraient emmerdé. Mais ils sont combien ici ?
Une semaine passe, Manolo dit à Luis_ Ça m’a perturbé cette histoire. J’ai fait les comptes, si on l’engage, on ne perd pas d’argent. Au contraire, ça fera un petit évènement. Il lui reste des partisans dans son bled, ça amènera un peu de monde qu’on n’a pas d’habitude. On le met avec deux figuras, lui on le paie ce qu’on veut. Avec ce que va donner la télé on ne devrait pas être mal.
_ Et ce qu’on avait dit ; le sérieux de la plaza et tout ? S’il se fait tuer ou s’il finit en chaise roulante, tu veux être responsable ?
_Bien sûr que non. Mais il veut tellement toréer. Il sait parfaitement ce qu’il risque. C’est quand même lui qui était au cartel avec Paquirri et Yiyo quand ils se sont fait tuer. Qu’est ce qui le fera mourir le plus surement, toréer ou ne pas toréer ?
Soro revient donc au bureau. Il est accompagné de sa fille, il est tout heureux. C’est un festival d’abrazos. Personne n’a jamais été fâché. Luis est de nouveau son ami, il parle de nouveau en directeur.
_ Vicente dit- il tu nous as touchés espèce d’enfoiré. Je ne suis vraiment pas persuadé qu’on a raison mais on va t’engager finalement.
Soro redonne des abrazos à derriber un cheval. Il pleure, il fait pleurer les autres. Trois machos en larmes. Seule la fille du Soro ne pleure pas. Elle embrasse quand même son papa gentiment. C’est comme sur ses photos de communiante, elle a toujours l’air de s’ennuyer. Il n’y a que son téléphone qui semble l’intéresser ou la faire sourire un peu.
El Soro la légende continue ! Il y a quelques affiches comme ça plutôt en banlieue qu’en centre- ville, au milieu d’autres publicités pour des superettes ou des puticlubs. Les affiches plus grandes et mieux placées annoncent les vedettes. Mais il y en a quand même quelques- unes du Soro. Ses amis n’ont sans doute jamais été tristes d’aller à la « fiesta de los toros ». Ils voudraient que ce soit déjà fini. Soro a préparé une belle arrivée à l’ancienne, en calèche avec sa cuadrilla comme les toreros du 19ème siècle. C’est une « estampe ». Luis pense que même en calèche et habit de lumières, Soro a toujours un peu l’air d’un camionneur. Soro salue à tout-va qu’il connaisse ou pas et bien sûr il s’arrête à la chapelle. Il prie et remercie le Seigneur ainsi que les Saints et Madones d’un peu partout et il embrasse une par une les médailles qu’il porte autour du cou. Il y en a pour à peu près dix minutes et 700 grammes. De retour au patio de caballos Soro savoure. Ses amis très nombreux, très émus ont du mal à lui parler ou même à ne pas pleurer. Les autres disent ce qu’on dit toujours. Soro n’y croit pas plus qu’avant mais comme il ne l’a pas entendu depuis longtemps, il est content.
Premier paseo du Soro depuis plus de vingt ans. Il s’est teint les cheveux en une sorte d’auburn aux reflets obispo ou burdeos. Il porte des zapatillas orthopédiques et un habit de lumières asymétrique. Le talon droit est deux fois plus haut que le gauche, une jambe de pantalon descend jusqu’à la cheville, l’autre s’arrête au- dessous du genou. Avec tout ça, plus son ventre et sa prothèse, on ne serait pas surpris qu’il se mît à chanter « J’ai la rate qui se dilate, l’estogomme qui se dégomme etc. » Non il reste classique : signe de croix et « Suerte » pour les companeros. Soro empoigne sa jambe droite, il la lance et il avance, ça fait penser aux automobilistes qui démarraient à la manivelle. Il traverse le ruedo, l’air résolu et la démarche instable. Ses amis ont de plus en plus peur.
Sortie du premier toro plus grand et plus respectable qu’on aurait pu croire. Soro lui donne des véroniques que Luis trouve templées. Le style est plus sobre qu’avant, sans doute parce que Soro ne peut plus faire autrement. En tous cas il ne « fait pas le ridicule » comme on dit en espagnol et comme beaucoup le craignaient. Soro était un des meilleurs banderilleros de son époque, peut-être même un des meilleurs de l’histoire, la plupart des aficionados qui « savent » en conviennent, y compris ceux qui ajoutent qu’il était un des pires muleteros. Alors Soro prend les banderilles. Comme au temps où le public venait le voir pour ça. Comme s’il ne voulait pas savoir qu’il est devenu presque invalide._ Il ne va quand même pas faire la moviola se dit Luis. Mais si ! Il fait la moviola, une suerte qu’il aurait inventée. Il court vers le toro en tournant sur lui-même. Avec sa prothèse et ses semelles orthopédiques, il a toutes les chances de se casser la figure. Il se retrouve face au toro juste au bon moment et il plante, ce qui prouve que malgré tout ce qu’on a dit contre lui, il connait bien les terrains et qu’il a de la vista. Pouvoir faire ça sans toro c’est déjà un accomplissement magnifique lorsqu’on a subi autant d’opérations. Le faire devant un toro c’est incroyable, fou, admirable, effrayant et cent autres adjectifs. El Soro ! Un critique avait écrit qu’il ressemblait davantage à un sapeur- pompier qu’à un torero. Il reste qu’aujourd’hui Soro est entré dans l’histoire de la tauromachie. Soro brinde à sa femme le toro du retour. On se demande si son cachet couvrira les frais de maquillage de Madame. Tout en étant correctement présenté, le toro est une petite sœur de la charité ou il pratique le grand pardon, comme on voudra. Il rate la cible, laisse le temps ; on ne pouvait pas demander mieux. Face à un autre torero, un toro d’une telle gentillesse semblerait inoffensif ; face au Soro il paraît « terrorifique ». Si l’on montrait ça aux anti corrida, peut-être diraient ils « pauvre homme » au lieu de « pauvre taureau». Ça se finit bien. Il y a eu quelques passes assez bonnes. Soro coupe une oreille. C’est mérité et/ou c’est normal. Personne ne proteste, pas même ceux qui ont trouvé le spectacle indigne. Sans doute ne veulent-ils pas gâcher la fête de cet homme qu’ils admirent malgré tout. La vuelta est savourée comme il se doit. C’est le moment le plus agréable pour tous.
Soro donne une belle interview soresque à la télé. _ Pour faire ça, il faut des COJONES, mot qu’il dit trois plus fort que les autres. Oui j’aime la paella, les beignets et tout. Mais aujourd’hui c’est comme hier, Valence avec le Soro et le Soro avec Valence.
Tout Valence peut-être pas. Le maire nouvellement élu fait probablement exception, il vient de déclarer que si ça ne tenait qu’à lui, il interdirait les corridas sans délai.
Deuxième toro. Soro va a porta gayola comme avant. Sauf qu’il ne peut plus se mettre à genoux. Alors il prend une chaise et s’assied face au toril. C’est un nouveau moment historique. Soro est non seulement le seul torero à être revenu après 20 ans d’absence mais aussi le seul à pratiquer la porta gayola assise. Ça passe. Le toro est beaucoup plus difficile que le premier. Soro montre qu’il a, en effet, de gros attributs. Il peut à peine bouger, il est constamment à la merci du toro. Ça ne l’empêche pas de sourire et de donner, comme avant « des passes de toutes les marques ». Luis, comme tous les amis du torero, a hâte que ça se finisse. Soro conclut dignement. Le toro l’a renversé : vertèbre fracturée. C’est sans doute mieux ainsi, ça l’empêchera de toréer avant longtemps. Dès la fin de la course Luis remonte son bureau. Il n’a pas envie d’entendre les critiques ou les compliments. Il dit à Manolo_ Tu sais, j’ai vu tous les grands quand ils étaient vraiment grands, j’ai vu le solo de Jose Tomas à Nîmes, les Victorinos de Madrid en 82 etc. Tu ne me croiras pas mais la corrida d’aujourd’hui c’est une des 4 ou 5 qui m’auront le plus ému dans ma vie.
_Non je crois que tu es capable de penser ça aujourd’hui. Demain ce sera autre chose. Si j’étais méchant je répéterais que tu as comparé Soro avec Jose Tomas.
_Je ne le compare pas, je vais te dire ; à mon avis presque tous les toreros en activité auraient pu donner de meilleures passes que celles qu’il a données. Mais c’était au-delà du toreo. L’important c’est ce qu’il a fait pour toréer. Je ne voulais pas voir ça, je ne voudrais pas le revoir, mais je suis bouleversé de l’avoir vu. C’était le rêve impossible accompli. Le Quichotte de la banlieue valencienne. Le grotesque et la grandeur ! L’Espagne !
_ L’Espagne que beaucoup d’espagnols n’aiment plus.
Ils ont tort. 0n peut aimer ça sans aimer Franco.
_Les américains aussi, ils pourraient aimer ça. Pas la corrida mais le brave type qui est le seul à croire en lui, qui lutte, qui tombe, qui remonte et qui y arrive. Tu remplaces le toro par le maverick et tu y es.
_On a bien fait de l’engager non ? La joie qu’il avait ! J’en ai pleuré. On ne pouvait pas le priver de ça.
_ On a eu de la chance que ce soit bien passé.
Les semaines suivantes Luis écoute jusqu’à l’indigestion des dizaines de versions de The Impossible Dream. C’est une chanson extraite d’une comédie musicale « L’homme de la Manche ». C’est du Quichotte populaire, la vulgarisation de Quichotte par Broadway. C’est trop facile et vulgaire, en fait, de ne dire que ça. Comme c’est trop facile et vulgaire de ne parler que de la vulgarité du Soro. C’est une assez belle chanson, un peu grandiloquente. Souvent ceux qui la chantent y remettent du « schmaltz »et du sirop et ça dégouline. Ça dégouline aussi avec Soro, les gros sourires, les larmes, les desplantes du téléphone et autres fantaisies du meilleur goût. Mais, la preuve, ça peut vous bouleverser.
Le président de la fondation « Les accidentés de la vie» convoque Luis qui a accepté pour une durée limitée d’être l’agent du Soro.
_ C’est grand ce qu’a fait Soro. Il n’y a pas meilleur modèle pour les accidentés de la vie. Pour moi il incarne exactement le message que nous voulons faire passer. Est-ce que vous pensez qu’il serait d’accord pour faire une campagne de promotion avec nous ?
Soro accepte avec enthousiasme. C’est sa conception du toreo. D’autres signent toutes les pétitions, lui torée tous les festivals pour les bonnes causes. Il refuse d’être défrayé. _ Non, c’est Soro avec les accidentés, les accidentés avec Soro.
La fondation annonce que Soro sera son prochain ambassadeur. Aussitôt une pétition circule sur les réseaux sociaux. _Ethique pour les accidentés. Pas d’assassins pour nos victimes.
Le président appelle Luis_ Ce ne sera pas possible pour la campagne. Désolé.
_Pourquoi ? Vous avez dit qu’il incarnait exactement le message que vous vouliez faire passer.
_Oui mais je ne pensais pas qu’il y aurait toutes ces polémiques.
_Il n’y en a pas plus que d’habitude. C’est internet ça.
Peut-être mais nous voulions quelqu’un qui incarne le message et, il faut bien l’admettre, choisir un torero, ça le brouille le message. Si ça tourne au débat pour ou contre la corrida, ça ne nous intéresse pas. Notre but est d’aider les accidentés, de leur montrer des modèles, leur dire « vous voyez, ils y sont arrivés, vous aussi vous le pouvez. » Et, autre inconvénient, si nous prenons un torero, la plupart des entreprises et des institutions qui nous financent cesseront de le faire. Elles ne veulent pas dégrader leur image ou même risquer un boycott. Notre fondation ne peut pas se permettre ça. Vous savez que j’aime la corrida, que j’admire profondément Soro, mais ce qui compte ce n’est pas mes goûts, c’est d’être efficace. C’est mon rôle de président.
_Vous êtes allé le chercher pour l’humilier comme ça…
_ Je n’ai jamais voulu l’humilier. Ça m’embête vis-à-vis de lui mais, d’un autre côté ça lui faisait de la pub aussi. Qu’est-ce que je lui dois en fait ? C’est dommage. Ça n’aurait pas dû se passer comme ça mais c’est comme ça. Si on lui faisait un beau chèque vous pensez que ça le consolerait ?
Peut-être bouleversé lui aussi le maire de Valence a annoncé qu’un grand hommage serait rendu au Soro. Mais il a été battu aux élections juste après et le nouveau maire a d’autres priorités, en particulier celle de déclarer « Valence ville anti taurine ».
Le dernier en date, un aficionado parisien, a pris rendez-vous avec Luis.
_J’ai été absolument bouleversé par le Soro. Ce n’est pas bon signe se dit Luis. J’aimerais beaucoup l’inviter au club « Le ruedo de Paris ». Je ferais un petit discours de présentation où je retracerai sa carrière en évoquant l’aspect tauromachie populaire, Soro torero de son terroir, de son village, ce lien avec le peuple qui est en train de disparaître hélas ! Après je parle de Soro le modèle (il ne va pas me faire le même coup que les accidentés, j’espère se redit Luis) par exemple dire : on se plaint quand on a un petit bobo et Soro, après toutes ces opérations il s’est remis devant le toro. Il représente vraiment une inspiration pour nous, même si le mot inspiration fait un peu trop religieux. Et je conclus comme ça _Maestro. Torero. Héros. Bienvenue à Paris et, pour tout ce que vous avez fait, pour tout ce que vous êtes, au nom de tous ici, et là je lui ouvre grand mes bras, j’aimerais vous donner un abrazo muy fuerte. Vous voyez ? Je pense qu’avec son histoire, avec son personnage, avec la chaleur des aficionados parisiens, nous avons la réputation d’être froids, nous lui prouverons le contraire, ça fera une très belle soirée.
Une semaine plus tard l’aficionado rappelle Luis._ Excusez- moi, vous avez transmis mon invitation au Soro ?
_Oui ne vous en faites pas. Il est très content d’aller à Paris. Et sa femme est encore plus contente. Ils vous ont acheté plein de souvenirs de la région.
_Aïe ! Je viens de parler aux responsables du club. Ils ont toujours été d’accord avec ce que je leur ai proposé mais là ça ne les intéresse pas. Ils disent_ excusez- moi_ « Soro c’est un bourrin et c’était lamentable sa corrida à Valence.» En plus ils pensent qu’il n’est pas capable d’aligner trois mots. Voilà pour l’accueil chaleureux dont j’avais rêvé. J’ai insisté, je leur ai dit que Soro était un modèle d’aficion. Nous avons des aficionados magnifiques au club mais personne, ni chez nous ni ailleurs ne peut prétendre avoir une aficion aussi belle, aussi absolue que la sienne. Personne n’a passé tout ce temps à l’hôpital, personne n’a dépensé presque tout ce qu’il a gagné. Et pourquoi ? Pour se mettre à 50ans passés, avec à peine une demi- jambe devant un toro de 500 kilos. Ils n’ont pas voulu me dire non carrément, ils m’ont dit « on essaiera l’année prochaine ». Bref, ça tombe à l’eau. 20 ans de souffrance et que de l’indifférence! Je m’en veux terriblement si j’ai vexé Soro. Je suis vraiment désolé.
Qu’est- ce qu’on peut faire ? se demande Luis. Réécouter The Impossible Dream ? Il y en a un peu marre mais le moment l’exige. Nouvelle profusion de Quichottes incarnés par des chanteurs de charme tout sourire et smoking.
To dream the impossible dream gnagnagna
To bear with unbearable sorrow….This is my quest. Etc.
Rêver le rêve impossible. Supporter avec un insupportable chagrin. Telle est ma quête.
Sorrow/Soro ça va de soi. Quichotte au physique de Sancho Panza, vestige d’une Espagne paella, castagnettes et corrida. Sa quête, les espagnols modernes s’en foutent et, pour les « bons » aficionados, ce n’est pas grand-chose d’autre qu’une farce un peu embarrassante. Les historiens se sont à peine aperçus de son retour historique et, quand on commence par lui dire « vous m’avez bouleversé, ça se finit presque toujours en «je suis désolé».
Il ne reste à peu près qu’une rue et un paso doble à son nom. That is the sorrow.
Nous avons appris avec une profonde tristesse le décès de Paul Cahoua survenu le 19 février 2025.
Pendant un quart de siècle, à partir du milieu des années 70, Paul Cahoua, dans les fonctions de Secrétaire général, a formé avec le président André Berthon une pareja exceptionnelle qui a établi durablement l’identité du Club Taurin de Paris comme un foyer d’aficion éclairée et ouverte. A l’approche rationnelle et technique du président, il apportait une vision plus sensible et esthétique mais tout aussi exigeante, habitée par l’enracinement des jeux taurins dans la fête et les traditions locales. Il fut un ardent et actif promoteur et organisateur de voyages et déplacements collectifs dans des ferias françaises et espagnoles et se montrait toujours attentif à diversifier les activités du Club sans oublier les dimensions touristiques, gastronomiques et festives comme en témoignent son attachement à la feria de Pampelune ou son carnet d’adresses des tables landaises et basques. Dans le climat des fêtes, ce haut fonctionnaire laissait libre cours à un humour pétillant voire à quelques espiègleries qui surprenaient ses amis et dont lui-même souriait sous cape. Animateur à l’imagination fertile, il avait ainsi organisé en juin 1988 pour les membres du Club un mémorable rallye taurin dans Paris dont la conclusion à Sceaux a marqué le début de la tradition de la « fête du Club ». Homme de grande culture, il se montrait sans égal pour discerner les forces et les faiblesses des artistes de l’arène, dans le choix des mots et des situations, il y montrait la justesse généreuse du caricaturiste de talent ; avec sa gourmandise des mots, il se plaisait à conter ses découvertes en s’attachant à rapporter les péripéties d’une course avec une parfaite exactitude sans user d’un seul terme technique en espagnol.
Tous ceux qui ont eu la chance de partager le commerce amical de ce compagnon de feria exceptionnel conservent comme un bien particulièrement précieux les sonorités de sa voix douce qui savait si justement vous accueillir avec sincérité, vous associer avec générosité et susciter avec ironie une complicité critique envers les petites faiblesses du monde. Il savait avec bonheur faire vivre en les rapportant aussi bien les nuances d’un combat de l’arène que les incidents d’un voyage, y compris ceux dont il avait été l’acteur majeur en tant que chauffeur aussi passionnéqu’inexpérimenté.
Quels que soient les moments, quels que soient les sujets, sa chaleureuse présence vous entrainait toujours à savourer la richesse des plaisirs que savent offrir moments et récits authentiquement partagés. Paul demeurera toujours présent dans le cœur ce ceux qui ont pu vivre avec lui des moments de communion aficionada.
Jean-Pierre Hedoin, Président d’honneur du Club taurin de Paris
Bilbao 2016 photo Emmanuel Burlet
Lettre à Paul
sur la route de Ronda 1987 photo Emmannuel Burlet dans las arènes de Ronda 1987 photo Emmanuel Burlet