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« La fin de la fête » Ruben Amon-Diable Vauvert

Publié par myriamcomte le 3 décembre 2024
Publié dans: LES REUNIONS. Poster un commentaire

Pour sa  deuxième soirée de la temporada 2024-2025 le  CTP a eu le plaisir de recevoir   Rubén Amon  pour son essai  El fin de la fiesta parue  en 2021  en version  espagnole  et traduit en français en 2022 par Adrien Gérard  aux éditions le Diable Vauvert sous le titre : la fin de la fête .

Pour introduire la soirée,  Aracelli Guillaume nous présente l’auteur  : Rubén Amon, né en 1969 à Madrid est un  homme qui a plusieurs cordes à son arc, polyglotte, journaliste politique et géopolitique, spécialiste de l’opéra et de la tauromachie, chroniqueur taurin  et même critique taurin à une époque. Il publie ou publia dans  El mundo, El confidential, El Pais et dans des journaux étrangers. Egalement homme de télévision, il dirige entre autres sur Onda Cero l’émission la cultureta.

Les échanges se feront en français sous la conduite de Jean Davoigneau qui ouvre les débats par cette question:

 

Ce livre a été écrit en 2021, en 2024 l’écririez vous à l’identique ?

Avant toute réponse, Rubén Amon s’amuse du fait que le lieu où se déroule la soirée  évoque la clandestinité !

Concernant la question, il se dit bien plus optimiste quant à la corrida et à son avenir qu’en 2021, période très difficile pour le milieu avec la période COVID,  où l’interrogation : que faire des toros bravos ? se posait, sachant que les éleveurs n’ont pas bénéficié d’aide du gouvernement ?

Depuis, les choses ont changé, les jeunes reviennent aux arènes, probablement parce qu’ils ont pris conscience que la corrida pouvait disparaître. Jamais autant de jeunes ne sont venus découvrir la corrida. Par ailleurs, deux autres facteurs ont  contribué à ramener le public aux arènes : la contre réaction face aux menaces d’interdiction  avec un changement de regard de la société plus sensible au fait de réfléchir par elle-même. Les publications des mouvements anti taurins moins nombreuses qu’il y a trois ans, sur les réseaux sociaux,  en témoignent. Le second facteur est  le phénomène Roca Rey, idole transatlantique, cosmopolite,  qui amène beaucoup de monde aux arènes, figure héroïque comme le fût Dominguin, portant des valeurs de courage et de charisme. Aller voir Roca Rey c’est également aller voir des toreros tels que Morante, Pablo Aguado, Gines Marin, toreros d’art ainsi que des  toros les plus intéressants de l’histoire de la tauromachie grâce à des  éleveurs de plus en plus professionnels.

Pour autant les milieux artistiques espagnols véhiculent toujours des contre vérités à son encontre , pour exemple,  le commissaire de l’exposition Goya au Prado qui présenta Goya comme un anti taurin alors qu’il avait à la fois, une passion pour la corrida   et de solides amitiés avec des toreros. Son aficion totale transparaît toujours à travers ses dessins expressionnistes. Ou, encore,  le ministre de la culture qui exclut la tauromachie et ses représentants  de la remise des prix des  beaux arts.

Il regrette la position de la gauche espagnole, pour qui la tauromachie représente le passé, une vision de l’ancien régime, opinion défendue par les nationalistes catalans. Ce qui amène à la situation paradoxale, où  les aficionados catalans se retrouvent à  chanter l’hymne catalan, aux arènes de Céret ?

La tauromachie est une expression artistique  liée à la Méditerranée, elle est cosmopolite. Les reproches qui lui sont faits, d’être liée à l’ancien régime, pourrait dans ce cas, tout autant s’adresser au Real  Madrid avec la période franquiste. Le parti d’extrême droite  VOX  et Morante qui travaille pour lui, en prenant la défense de la tauromachie, risque de lui faire du tort. Ainsi la tauromachie se trouve tiraillée entre la gauche et l’extrême droite.

Quel est l’impact du documentaire D’Albert Serra, Tardes de soledad, dont le personnage central est  Roca Rey, primé au festival international du film à San Sébastian ?

Rubén Ramon a visionné le film à Madrid  avec Roca Rey, lors d’une projection organisée par Serra avec un public averti,  en avant première. IL rapporte que Roca Rey s’est senti trahi par rapport à ce que lui, voulait raconter en se livrant à Serra. Mais, grâce aux anti taurins qui ont voulu l’interdire en tant qu’apologie de la tauromachie, le film a rencontré un certain succès, déclenchant le réflexe : « Si les anti sont contre alors le film doit être intéressant ». Le film retient avant tout la violence et le sang, la guerre et, omet la part d’art de la tauromachie dont Serra n’a pas compris la dimension, ce qui explique la disparition d’Aguado du projet qui à l’origine, réunissait les deux toreros.  Serra développe, selon lui, une vision de psychopathe de la corrida, l’absence de public visible mais toutefois présent crée  une atmosphère oppressante.

Si la tauromachie est un scandale c’est parce qu’elle représente tout ce que craint la société, la mort qu’elle cache, la masculinité, valeur désormais négative, la liturgie dans une société sécularisée qui occulte la dimension religieuse ou  même païenne des rites, la hiérarchie, l’héroïsme.  Avec  comme personnage central,  le torero, héros, sur le chemin de la perfection face  au  héros occasionnel.

La tauromachie doit donc se protéger et pour cela respecter l’eucharistie,  la mort et le sang et non pas négocier ses valeurs avec la société. Spectacle exceptionnel, elle  doit pour survivre  le demeurer.

La tauromachie est-elle conceptuellement discriminante ?

Si la démocratie est le meilleur système politique pour autant la tauromachie n’a rien à faire avec elle, elle fonctionne au mérite et de ce fait admet une hiérarchie.

La France est-elle le miroir de l’Espagne ou a-t-elle une autre vocation ?

La France représente un modèle de résistance dont  Simon Casas fut un acteur. Avant, les empresas espagnols étaient en France en territoire de colonisation mais, elle a trouvé son propre chemin pour la défense de la corrida et est devenue un modèle auto suffisant  désormais,  à la fois,  caution morale et modèle de résistance. Modèle de résistance face à la pression, à travers l’organisation de ses spectacles et ses aficionados. Elle offre  un schéma à suivre. Il y a de la tauromachie dans le sud, Nîmes, Arles, Béziers, Dax … sans considérations politiques.

Que pense-t-il  du torero Morante de la Puebla ?

 Rubén Ramon le considère comme le plus grand torero de tous les temps, avis qu’il partage avec les anciens toreros  qui ont vu Paco Camino et bien d’autres  mais qui n’ont jamais rencontré  un torero comme lui. Il rappelle comment à Cordoba, après s’être recueilli sur la tombe de Manolete, le soir dans l’arène, Morante exécute pour la première fois, une manoletina. C’est un torero qui fait le lien entre le passé et le futur, spectacle total, la tauromachie a besoin de lui.

La corrida s’apparente-t-elle  à la religion, à la transcendance  à un côté mystique ?

Si on vient à la corrida pour Roca Rey,  on y reste pour les toreros d’art qui révèlent le mystère. La tauromachie est protégée par l’originalité de l’expérience qu’elle propose : barbarisme ou civilisation totale par la codification de la violence  par la dramaturgie et l’esthétisme ? Rite pour faire de la mort un mystère avec une prise de risques totale pour le torero qui lui donne toute sa légitimité à l’opposé de la mort cachée des abattoirs. Il ne faut donc renoncer à rien.

La télévision est-elle une démystification de la corrida par la multiplication des spectacles ?

La télévision est indispensable à la corrida, sans télévision la connexion avec la société ne se fait pas. Du reste, une corrida non télévisée comme celle de Jose Tomas , attire beaucoup de monde aux arènes et autant de téléphones portables qui filment ? Canal plus est un exemple de vulgarisation réussie de la corrida. Malheureusement, la chaîne taurine  One toro est dans une situation critique, faute de moyens.

Le mystère n’existe pas à la télévision, mais sans télévision plus de tauromachie.

La corrida, sujet tabou, lors des conversations privées, souffre de l’insuffisance  de relais médiatiques. El Pais ne parle plus de toros face à la progression des anti taurins. La tauromachie traîne toujours une mauvaise réputation, alors que la période de l’afeitado a fait place à une exigence d’intégrité du toro. Des rumeurs circulent comme au sujet de Roca Rey pour tuer la crédibilité du spectacle (caleçon blindé, cornes protégées …). Seuls les journaux conservateurs parlent de la corrida, les médias de gauche l’ignorent. Alors que toutes les valeurs peuvent s’y retrouver : de gauche, de droite, le passé, le futur, la religion…

Le mundillo n’est-il pas son premier ennemi ?

Il y a des erreurs de gestion dans certaines arènes  même, si beaucoup d’arènes attirent du monde et  que de  nouvelles s’ouvrent, mais des arènes de première catégorie comme Bilbao sont vides, à la fin du mois d’août depuis l’abandon de l’ancien empresa.

Le nombre de  novilladas  organisées est insuffisant pour les nombreux élèves des écoles taurines alors qu’elles sont le passage obligé pour  devenir torero. Cependant la dernière temporada a révélé des novilleros intéressants. En Amérique règne  une tendance lourde à l’érosion de la corrida : au Mexique, en Colombie, au Pérou, en Equateur. Cette situation difficile s’est construite, encore une fois sur un malentendu politique, la corrida comme symbole culturel de l’Espagne colonisatrice face aux nationalismes. Ironie de la situation, en Colombie alors que la violence gangrène le pays que de nombreux hommes sont tués, la cause animaliste fait son chemin !

Que pensez-vous de l’indulto ?

Rubén Ramon  y est opposé, sauf circonstances exceptionnelles, il y voit un mécanisme du mundillo pour négocier avec la société.

Il est persuadé que pour défendre la corrida, il faut invoquer l’héroïsme, l’érotisme, le mystère, la mort qui sont ses seules justifications  et non pas l’écologie.

Elle est art,  inutile, éphémère, gaspillage autrement dit  la part maudite  qu’elle se doit  d’assumer.

texte Martine Bourand photos Jean Yves Blouin membres du Club Taurin de Paris

« Toreros dans la ville lumière »

Publié par myriamcomte le 1 décembre 2024
Publié dans: LES REUNIONS. Poster un commentaire

Cartel de la journée du 23 novembre 2024

En ouverture de son assemblée générale, l’Union des Bibliophiles Taurins de France présenta sa dernière publication « Toreros dans la ville lumière » de Marc Thorel.

l’UBTF est un éditeur associatif dont le seul objet est la publication des ouvrages de documents historiques sur la corrida et les arènes en France

Marc Thorel présenta l’ histoire des arènes de la rue Pergolèse, les plus grandes du monde à leur création qui n’auront duré que 4 ans, et auront vu torer les plus grands maestros de l’histoire de la tauromachie.

En ouverture de son exposé, Marc Thorel explique comment il découvre chez un libraire de la rue de Châteaudun un dossier sur les arènes de la rue Pergolèse, dont il récupérera une bonne partie quelques années plus tard.

Marc Thorel photo Jean Yves Blouin

Marc Thorel signale des spectacles taurins à Paris en 1879, 1884, 1887, pourtant Auguste Lafront dans son histoire de la corrida en France en cite en 1865. Mais il s’agissait soit de spectacles « hispano-français » soit de « parodies ».

La création de la plaza

En fait, c’est l’exposition universelle de 1889 qui provoque la création de la plaza de la rue Pergolèse pour produire des corridas et mettre ainsi en valeur l’Espagne auprès des parisiens et des visiteurs.

Mais tout ne va pas sans mal ! Contre la construction des arènes, les riverains se mobilisent pour des motifs futiles (des corniches en saillie non conformes !). Pourtant les arènes sont construites et prennent rapidement le nom de Gran Plaza de toros du Bois de Boulogne, grandes elles le sont avec un ruedo de 56 mètres de diamètre et une capacité de 22000 places des plus luxueuses, des fauteuils remplacent les gradins habituels, elles seront couvertes et électrifiées dans l’année qui suit.

Les organisateurs du projet sont le Duc de Veragua, sommité du monde taurin de l’époque, le Comte de Patilla, et le Comte del Villar. Tous 3 sont éleveurs de taureaux… les propriétaires des arènes seront Antonio Hernandez le gérant et Ivo Bosch le financier. Joseph Oller, l’homme des festivités parisiennes de l’époque, aurait également contribué au projet, mais c’est plutôt une légende.

Les créateurs du projet des arènes de la rue Pergolèse

Les travaux ont pris du retard après un permis de construire tardif, malgré une construction menée au pas de charge en 2 mois (!) l’inauguration ne pourra s’effectuer que le 10 août 1889, alors que l’exposition avait déjà accueilli plus de 4 millions de visiteurs ! 

Vue de la plaza de la rue Pergolèse

Les « figuras » au cartel seront Currito fils de Cuchares, F. Garcia un torero navarrais et Frascuelo plutôt aventurier, frère du grand Frascuelo. On était en pleine temporada en Espagne, les vraies vedettes viendront plus tard, dont Angel Pastor et surtout Luis Mazzantini.

Cartel d’inauguration de la Plaza de Toros du Bois de Boulogne rue Pergolèse

Pour contrer les attaques de la SPA qui proteste contre les picadors et le massacre des chevaux, on fait appel à des rejoneadors portugais qui alterneront avec les piqueros. Surtout, on protège les chevaux avec les premiers caparaçons (alors que leur officialisation n’interviendra qu’en 1926). En outre, la mise à mort n’est initialement pas autorisée mais le deviendra sous la pression du public.

dès 1889 il existe des protections (caparaçon) pour les chevaux de picadors

C’est l’automne qui sera somptueux

Parmi les matadors qui officieront rue Pergolèse, Angel Pastor, Guerrita, Valentin Martin, Luis Mazzantini, (portant un costume avec des colombes sur les épaulettes ce qui plaira beaucoup aux dames et lui vaudra le surnom d’El Palmolillo), Lagartijo.

Luis Mazzantini

Pendant cette exposition universelle, Paris compte pas moins de 5 arènes où sont donnés des spectacles taurins : celles de l’exposition seront fermées parce que Lagartija y a tué un toro à l’épée et sans autorisation ! Les artistes viennent aux arènes notamment Toulouse-Lautrec, Caran d’Ache, JL Forain.

De nouvelles revues taurines paraissent et des opuscules sur la corrida sont édités pour informer les spectateurs.

Brochure éducative distribuée aux arènes de la rue Pergolèse

Parallèlement les salles de spectacles accueillent des gitanes (très surveillées par leurs pères ou maris qui ne visiteront jamais Paris !) aux Folies Bergères, la Tortajada qui chante notamment El cafe de Chinitas, repris en direct dans la salle par un artiste contemporain qui a joué le spectacle « des toros dans la tête ».

Café de Chinitas chanté par La Tortajada aux Folies Bergères

Des efforts avants la chute

Dès 1890, les attaques des anti corrida vont se multiplier, la mairie de Paris ne paie pas ses factures aux entrepreneurs qui ont construit les arènes et les investisseurs espagnols s’esquivent eux aussi en se déclarant en faillite. L’entreprise est confiée à Arthur Fayot qui sera empresa de presque toutes les arènes de France, mais qui, à Paris sera obligé de trouver des solutions ailleurs. Il embauche Maria Genty, écuyère de talent qui sera briefée par des rejoneadores portugais, puis il propose des  spectacles divers des concerts, des événements sportifs, même des patinoires (trop coûteuses en terme de fonctionnement) les « indios » qui seront interdits par la préfecture en raison du spectacle dégradant. Pour rentabiliser l’entreprise, il fait appel aux toreros français et aux taureaux de Camargue que l’on peut réemployer !

La chute est inéluctable et en 1893 les arènes sont vendues à des investisseurs seulement intéressés par le terrain, « la Grand Plaza » du Bois de Boulogne sera démolie par l’entreprise Lapeyre. La rue Lalo occupe aujourd’hui leur ancien emplacement.

Au total environ 130 corridas auront été données, la plaza de la rue Pergolèse fut la seule où de vrais spectacle taurins se sont tenus, ceux de l’Hippodrome pouvant être qualifiés de mixtes. C’est la première fois que des documents officiels mentionnent que les toreros sont des artistes.

un livre qui devra avoir sa place dans toute bonne bibliothèque taurine. Il peut être commandé sur le site de l’UBTF : www.ubtf.com 

texte et photos Jean Yves Blouin membre de l’UBTF et du Club Taurin de Paris

Prix de la Rencontre 2024

Publié par myriamcomte le 24 novembre 2024
Publié dans: PRIX DE LA RENCONTRE. Poster un commentaire

Alors que la majorité des prix viennent récompenser soit un torero, soit un taureau, soit encore un acte de combat particulièrement remarquable, le Club Taurin de Paris souhaite rendre hommage, au terme du saison européenne, à ce qui sera apparu à la majorité de ses membres comme la rencontre marquante de l’année entre tel taureau et tel torero, dès lors que cet évènement revêtira une dimension mémorable. Une telle rencontre ne doit pas etre confondue avec avec la prestation la plus complète, la plus artistique ou celle qui a reçu les trophées maxima.

Le premier prix de la Rencontre a été attribué pour la saison 2006 distinguant conjointement torero et éleveur, depuis il a été attribué chaque année au terme de chaque saison.

Pour la saison 2024 ont été proposés:

Cartero de Montalvo combattu par Paco Urena à Valencia le 19 mars photo © Carlos Gomez Litugo
Tabajo de Santiago Domecq combattu par David de Miranda le 8 avril à Séville photo Jean Yves Blouin
Delicado de Santiago Domecq combattu par Clemente à Dax le 15 aout photo Ferdinand de Marchi
Beduino de La Quinta combattu par Daniel Luque à Nîmes le 14 septembre photo Ferdinand de Marchi

Le prix 2024 a été attribué à Dulce de Victoriano del Rio combattu par Borja Jimenez le 7 juin à Madrid

l’esprit du Prix de la rencontre et la mise à jour des prix attribués depuis l’origine en 2006 Jean Pierre Hedoin Président d’honneur du Club Taurin de Paris

photos Plaza 1/ Carlos Gomez Litugo/ Ferdinand de Marchi/ Jean Yves Blouin

Panorama pointu et brillant de la temporada par Marc Lavie

Publié par myriamcomte le 15 novembre 2024
Publié dans: LES REUNIONS. Poster un commentaire

Marc Lavie photo Jean Yves Blouin

À l’issue de l’ assemblée générale où fut décerné le prix de la Rencontre (nous y reviendrons), Le CTP recevait Marc Lavie, rédacteur en chef de Semana Grande pour le traditionnel bilan de la temporada 2024. Après avoir évoqué quelques bons souvenirs d’une invitation au Club il y a une trentaine d’années, avec JC Arevalo, il entra dans le vif du sujet :

Les données : Il y a eut en France et en Espagne 498 corridas dont 15 mixtes soit 5 de plus qu’en 2023 312 novilladas 20 de plus que l’année précédente. Certes il y a 50 ans les chiffres étaient supérieurs ( 653 corridas, 394 novilladas), mais la temporada 2024 est du point numérique un bon cru.

L’année a vu 25 novilleros prendre l’alternative, dont certains ont certainement un brillant avenir dans la profession. Il ne faut pas oublier que depuis le Covid 70 matadors ont pris l’alternative, ce qui peut expliquer la bousculade inévitable face aux postes disponibles.

Il y a eu 21 indultos dont un seul en arène de première catégorie espagnole, c’est un peu moins que les années précédentes.

Parmi les nombreuses blessures de l’année, 16 ont été graves dont 4 très graves.

L’escalafon des matadors est dominé par Roca Rey avec 70 cartels, devant Talavante 68, Luque et Castella avec 52 contrats. Chez les novilleros Marco Perez est en tete avec 38 novilladas, Il est annoncé pour une despedida de novillero en seul contre 6 à Madrid pendant la San Isidro, le 30 mai 2025.

L’escalafon est vieillissant avec des leaders ayant plus de 20 ans d’alternative, l’escalafon des novilleros est plus intéressant : parmi les noms cités El Mene qui n’a lidié que 10 novilladas mais est très prometteur au milieu de nombreux bons toreros, comme Jarocho, Mario Navas, Israël martin, Nek Romero, Samuel Navalon.

On craignait une pénurie de toros, mais cela a été résolu, parfois en transformant les corridas classiques en défis ganaderos.

Il apparait une nouvelle génération d’aficionados qui réagissent plus aux provocations des anti-taurins et des politiques ce qui a un effet régénérateur sur la communauté.

Les problèmes :

  • Certaines plazas, notamment Bilbao, sont en crise. L’abandon de ces arènes existait déjà il y a 30 ou 40 ans, la mairie leur tourne le dos.
  • la corrida est soutenue par les télévisions régionales, par ailleurs One Toro a un modèle économique qui ne lui permettra sans doute pas de survivre longtemps.
  • les critiques et les questions se font jour en Espagne sur le système de santé et de gestion des infirmeries en France.

Bilan artistique :  les toreros .

Le fait marquant est l’absence de Morante malgré ses 35 corridas ; on a vu lors de ses derniers cartels à Azpeitia ou Santander que « son corps continuait à toréer, mais son visage était ailleurs »!

Les figuras ont connu leurs lots de succès, mais d’une manière générale sans se maintenir au niveau auquel elles nous avaient habitué.

Roca Rey avait atteint un sommet lors de son triomphe héroïque de Bilbao en 2022, mais semble avoir du mal à rester au niveau. Mais c’est le seul à remplir les arènes !

Talavante a semblé privilégier la quantité sur la qualité.

Castella a été en dessous de 2023, malgré la nouvelle profondeur de son toréo et la beauté de ses lances à la cape. Il a connu des problèmes à l’épée.

Daniel Luque a eu quelques éclairs dans une temporada un peu grise.

Le soleil est venu de Juan Ortega, le meilleur artiste actuellement. Mais ce n’est pas un torero de grand public ni sans doute un torero pour la France.

Juan Ortega Séville 29/09/24 photo Jean yves Blouin

Borja Jimenez a donné la meilleure faena de la San Isidro mais a perdu des oreilles à l’épée. Il progresse à chaque sortie, mais attaque beaucoup ses toros ce qui nécessite pour lui des toros très encastés.

Fernando Adrian a triomphé à Madrid en 2023 et 2024. Mais lors de la corrida de Victoriano à la féria d’automne, le public a pris parti pour Borja et lui s’est pas montré très en deçà.

À Séville une seule Porte du Prince méritée, celle de Miguel Angel Perera qui est plus que jamais une valeur sure.

Miguel Angel Perera Séville 10/04/24 photo Jean Yves Blouin

Emilio de Justo a été bon à Séville comme à Bilbao, mais il n’impacte pas !

David Galvan est un styliste inspiré, il a bénéficié d’être associé à Ponce.

Tomas Rufo semblait parti en 2022 pour perturber l’escalafon, mais il est devenu plus précautionneux. Sa force était aussi ses apoderados (les Lozanos), mais sans El Juli ils ont eu moins de poids. A la féria d’automne, il a très bien commencé sa faena à droite avec beaucoup de ligazon, le tendido 7 a protesté parce qu’il ne se croisait pas assez il a écouté et le toro s’est décomposé : il est difficile voire impossible de lier en se croisant en permanence (il faut se replacer).

Parmi les Français, seul Clemente semble avoir une chance de percer en Espagne, ses premières tentatives n’ont pas été couronnées de succès il reste inconnu. Les autres matadors français, sans l’appui de grandes maisons et sans triomphes susceptibles d’impacter de l’autre coté des Pyrénées n’ont que peu d’opportunité malgré la garantie que leur apporte le circuit français.

Les toreros sud-américains en Espagne sont actuellement assez nombreux : 6 ou 7 novilleros parmi lesquels Bruno Aloï à suivre et chez les matadors Juan de Castilla auréolé de sa double journée à Vic et Madrid, Isaac Fonseca qui tient bien sa place et Jesus Enrique Colombo qui fait le spectacle et tue bien. 

En ce qui concerne le rejon, l’escalafon est là aussi vieillissant : Diego Ventura domine. 

Léa Vicens est une cavalière extraordinaire mais a perdu des trophées à l’épée car il lui manque un cheval de muerte (très rare et difficile à former). 

Lea Vicens Nimes 14/09/24 photo Jean Yves Blouin

Guillermo Hermoso de Mendoza va perdre le soutien de son père et devra bâtir sa carrière sur ses seules qualités. 

Les ganaderias:

Après la dure période des années 80 à 2000 où les toros chutaient, on constate aujourd’hui qu’ils ne tombent plus. Peut-être parce qu’on les fait courir, mais sans doute aussi parce qu’ils sont mieux suivis sur le plan sanitaire : il y a aujourd’hui une médecine vétérinaire du sport qui s’applique aux toros !

Les 3 fers pour les vedettes sont restés sur leur position dominante : Victoriano del Rio, Nunez del Cuvillo et Garcigrande. Victoriano se détache car ses bons lots ont la noblesse, la caste et une certaine exigence. Nunez del Cuvillo et Garcigrande, moins réguliers et moins brillants sont en baisse. 

De son côté Juan Pedro Domecq (qui reste en tête de l’escalafon ganadero) a eu une temporada inégale.

Parmi les ganaderias encastées, Victorino Martin domine incontestablement. Victorino est un grand ganadero, il a su adapter ses toros à la toreria actuelle sans perdre leur caste.

Plantavinas Victorino Martin Séville 13/04/24
photo Jean Yves Blouin

Santiago Domecq a été régulier et sorti des lots exigeants et mobiles. Il est étonnant qu’il soit négligé par les leaders de l’escalafon.

La Quinta n’a pas eu le rendement du passé même si l’élevage a sorti une grande corrida à Madrid et un très bon toro à Séville.

Fuente Ymbro a sorti 2 bonnes corridas à la San Isidro et Bilbao et beaucoup de bonnes novilladas. Roca Rey l’a affronté à 2 reprises, il n’est pas sur qu’il renouvelle l’expérience.. On espère revoir ces toros en France l’an prochain.

Il faut rajouter à ce groupe Margé qui a sorti des lots exceptionnels à Dax et Béziers (sans oublier Nîmes où le vent a empêché des triomphes attendus). L’élevage devrait sortir à nouveau en Espagne (Madrid) en 2025.

Les ganaderias toristes ont moins d’aura qu’il y a 30 ans : Dolores Aguirre reste la plus régulière. Los Manos a sorti un bon lot à Vic. La nouveauté viendra des élevages portugais qui montent en puissance : Murteira Grave à nouveau triomphateur d’Azpeitia, Sobral à Céret.

Quelques rumeurs: Tristan Barroso devrait prendre l’alternative à Arles, Juan Bautista devrait revenir cette année notamment pour donner l’alternative à Marco Perez.

Texte et photos jean Yves Blouin membre du Club Taurin de Paris

Quel statut pour le « Niño de Camas »?

Publié par myriamcomte le 4 août 2024
Publié dans: ACTUS TAURINES. Poster un commentaire

Paco Camino au Club Taurin de Paris le 4 février 2016
photo Marie Luce Baccellieri

Lors de la disparition de Francisco Camino Sanchez fin juillet 2024, nombre de notices biographiques et nécrologiques utilisèrent le surnom de « Niño sabio de Camas » donné au début des années 60 par le journaliste Gonzalo Carvajal, grand spécialiste des apodos. Par-delà les principaux éléments de son parcours professionnel et des jugements laudatifs sur sa dimension, exceptionnelle comme torero et admirable comme homme, l’unanimité était totale pour parler d’un des plus grands toreros de l’histoire. Accord très large des appréciations sur son exceptionnelle intelligence dans la conduite de la lidia et sur le caractère complet de sa tauromachie, des lances de cape au coup d’épée. Mais le classicisme dépouillé de son jeu interdit d’en faire un torero « révolutionnaire » comme Belmonte, Manolete ou Ojeda et son absence de journée d’apothéose sur ses terres (aucune Porte du Prince) l’écarte de la position d’idole sévillane, illustrée par cet autre torero de Camas qui a droit, de son vivant, à sa statue aux portes de la Maestranza.


Si le premier élément de l’apodo rappelle qu’il fut à ses débuts « un enfant prodige » (dans cette lignée allant de « Joselito » à Marco Perez en passant par « Chicuelo », Emilio Muñoz ou « El Juli ») c’est bien l’image d’une maturité solidement conquise et bien établie qui est manifestée par sa grande date des huit oreilles coupées à sept toros lors de la Beneficencia du 4 juin 1970 puis, plus de trois lustres plus tard, celle d’une figura historique associée à son compère « Litri » pour donner l’alternative à leurs fils respectifs (Nîmes en 1987). Cette métamorphose de l’enfant hyper doué en jeune homme de caractère a connu sa journée symbole, celle de la controverse d’Aranjuez, le 1 er mai 1965, quand, au sein de l’écurie Chopera si précieuse à ses débuts, Camino osa se rebeller contre la dictature du Cordobés.

Nîmes 1965 photo Pradel


Quant à sa « science taurine », tant celle des bêtes que celle de la conduite du combat, elle se déploie de façon quasi naturelle au fil de l’évolution de chaque lidia, inventant des réponses adaptées aux qualités et défauts des adversaires. C’est ainsi que le 31 mars 1963, dans la plaza de El Toreo, il imposa sa muleta à « Traguito », ce berrendo couard et désordonné de l’élevage mexicain de Santo Domingo qui semblait rebelle à toute domination, ou encore sur la piste de las Ventas qu’il canalisa les embroques à mi-hauteur de « Serranito » de Pablo Romero (29/05/1971) , qu’il endigua les dérobades défensives du Jaral de la Mira « Despacioso » (22/05/1975) ou encore qu’il se fit maitre de la caste de l’Ibán « Potrico » (24/05/1976). Des emprises conduites progressivement, sans postures ostentatoires de nature à accentuer la volonté de l’homme ; chez Camino la démonstration de la science n’a rien de ce didactisme, souvent présent chez les matadors réputés pour être de grands techniciens dominateurs (dans la lignée des Macial Lalanda, Domingo Ortega ou Luis Miguel Dominguin) ; bref, une science qui se fait admirer par ses effets, non par ses déclarations d’intention et quand le sujet ne mérite pas l’effort de l’examen, le maitre sait abréger !


Quant à la troisième composante de l’apodo, « de Camas », c’est sans doute l’élément à la fois le plus incontestable et le moins significatif. Certes, l’homme est né à Camas et il y repose désormais, mais le torero est avant tout un torero universel. Si nombre d’artistes de l’arène se plaisent à se sentir « de la tierra » et si on peut, sans parler d’école, évoquer un « style » castillan, manchego, sévillan ou méditerranéen…, cette caractérisation locale parait fondamentalement étrangère à la tauromaquia de Paco Camino. Si, par exemple, on se réfère au célèbre trio des années 60 Puerta-Camino-Viti, on peut attribuer au répertoire de Diego Puerta, associant vaillance, dynamisme et toreo fleuri, le qualificatif de sévillan et à l’austère sobriété des figures de Santiago Martin celui de castillan. En revanche, les manières de faire et dire le toreo de Paco Camino transcendent ces assignations géographiques ; son registre n’est pas « sévillan » ; ainsi, la perfection millimétrée de sa chicuelina n’a rien à voir avec les pivotements gracieux de celles de Manuel Jimenez ou Manolo Gonzalez et à la différence de Pepe Luis Vasquez, autre grand sabio, son dominio n’est pas empreint de cette touche bétique propre au « Socrates de San Bernardo ». Chez ce maestro universel, dont le jeu parle immédiatement à toutes les aficions, sur tous les territoires et tous les continents, si le répertoire de suertes demeure assez limité, chacune des figures, que ce soit avec cape, muleta ou épée, est conçue et exécutée dans sa perfection, avec cet équilibre qui conjugue dépouillement du geste et efficacité de l’action. Qu’il s’agisse d’une véronique, d’une chicuelina, d’une naturelle ou d’un coup d’épée, la suerte « made in Paco Camino » fait référence comme dans cette célébré photo faite par Cuevas d’une estocade à Bilbao qui constitue un modèle insurpassable de l’art de matar los toros !

Paco Camino c’est le toreo ! C’est celui qui, pour tout spectateur, aficionado ou néophyte, fait sentir et comprendre l’essence du toreo et, par là même ce toreo universel, est très probablement l’artiste de l’arène qui compte le plus grand nombre d’admirateurs singuliers, au sens d’individus qui doivent à une passe, une séquence, une lidia réalisée par Camino un moment précieux de leur mémoire personnelle, un de ces moments qui éclairent et structurent durablement l’approche du spectacle taurin avec l’intérêt et le plaisir qu’on y prend. Si certaines figuras suscitent des supporters, seguidores militants ou quasi croyants, adeptes de comportements de foule, Camino, lui, fait éclore des disciples, des individus reconnaissants pour tel ou tel moment qui leste pour toujours leur regard et leur émotion ; cette série de naturelles, cette victoire contre un toro impossible…. L’art de Camino tapisse nombre de mémoires différentes et chaque évocation personnelle constitue un hommage à la puissante vérité du legs de ce torero universel.

Pour ma part, ayant vu toréer Camino une centaine de fois, je me permets d’évoquer trois de ces empreintes, de la plus globale à la plus ponctuelle.
Le 16 aout 1963 j’eus la chance d’assister dans le Chofre de San Sebastian à la plus brillante version des 23 occurrences de l’affiche Puerta-Camino-El Viti. Devant des toros d’Atanasio Fernandez mobiles et francs, les trois artistes brillèrent et huit trophées furent accordés, mais je conserve le souvenir, alors teinté d’une certaine surprise, du fait que la prestation la plus dépouillée, et partant la moins immédiatement spectaculaire, mais la plus vraie et puissante fut celle réalisée par un Camino vêtu de saumon et or.
Trois ans plus tard à Bilbao, le mardi 23 août 1966, dans l’ambiance tragique provoquée par la mort du banderillero Antonio Rizo Pastor, Camino façonne la charge irrégulière du 4 ème Torrestrella et signe une faena sans musique d’une domination rageuse et d’une intensité émotionnelle unique qui a marqué tous ceux qui y assistèrent.

Enfin moment plus particulier du dimanche 2 juillet 1967 à Jerez, où Camino survola de sa puissance et de sa classe la 4 ème édition de la corrida del arte, partagée, devant des Marquis de Domecq, avec Ordoñez et José Fuentes. Dans un registre lidiador à son 1 er et plus artiste devant le noble « Girasol » combattu en 5 ème , il fit preuve devant ses deux opposants d’une détermination froide et farouche d’être le maitre du jeu et la fierté avec laquelle il exhiba sous les yeux du maestro de Ronda les trophées maxima symbolisa tout la force de caractère de celui dont on se plaisait parfois à dénoncer une certaine nonchalance.

Lors de la venue du maestro au Club taurin de Paris en janvier 2016, j’eus le privilège d’échanger avec lui et d’évoquer quelques-unes des traces fortes que son art avait gravées dans ma mémoire. Parmi les trois souvenirs ci-dessus mentionnés, tous clairement vivants en sa mémoire, il accorda une valeur plus particulière à la tarde bilbaina, cité importante dans sa trajectoire taurine, et prit un plaisir manifeste à évoquer dans le détail ce dimanche jerezano où il avait « donné le bain » à un Ordonez (dont il soulignait le génie torero tout en se montrant plus réservé sur le caractère). Lors de cette visite parisienne, le maestro universel sut ainsi répondre avec bienveillance et souci de vérité à toutes les évocations exprimées par les participants, sachant toujours distinguer avec discernement l’authenticité de l’aficion des manifestations d’attraction vers « la vedette ».
Par-delà l’unanimité de son positionnement comme un des plus grands de l’histoire, quel statut pour celui qui, curieusement, demeurera le « Niño sabio de Camas » ? Parler de « torero des toreros » apparait vrai mais fort réducteur ; « torero d’époque » s’accorde assez mal au classicisme intemporel de ses compositions ; le statut « d’ incarnation pérenne du toreo », offrant durablement à tous un référent à la fois plastique et opérationnel de l’essence du toreo apparait plus adéquat ; c’est ce que disait le regrette Jean Ducasse quand il déclarait que, lorsqu’il voulait peindre des scènes de tauromachie, il traçait spontanément des figures en action de Paco Camino.


Si jamais Séville entreprend de consacrer une statue à Camino, celle-ci ne pourra pas représenter un adorno, un cite ou un remate, un desplante ou un « irse del toro » mais devra montrer comme dans les statues entourant la Mexico, une passe s’imposant a la charge d’un toro ; pour ne pas figer dans le marbre ou le bronze du toreo seulement de la toreria!

Jean Pierre Hédoin entouré de Paco Camino et sa femme au CTP le 4 février 2016
photo Marie Luce Baccellieri

texte (1er aout 2024) Jean Pierre Hedoin Président d’honneur du Club Taurin de Paris

L’encierro du 12 juillet 1958 et le chien Ortega

Publié par myriamcomte le 7 juillet 2024
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Pamplona et ses fêtes

Pamplona (Pampelune) est la capitale de la communauté de Navarre, peuplée d’environ 200 000 habitants, avec une aire urbaine de 350 000 habitants. Tous les ans, du 6 au 14 juillet, cette ville est en liesse à l’occasion de ses fêtes, qui sont parmi les plus importantes du monde quant au nombre de visiteurs. Les encierros remontent au Moyen Âge et le trajet actuel date de la fin du XVIIIème siècle.

Même si on appelle les fêtes de Pamplona « Las Sanfermines », le patron de la ville est Saint Saturnin. Saint Firmin étant celui de la Navarre.

La façon de s’habiller à l’époque où se déroule l’histoire qui va suivre, en 1958, est différente de maintenant, car les participants n’avaient pas encore adopté ce blanc et rouge de rigueur, mais seulement le foulard écarlate. Pour s’imprégner de l’ambiance, on peut regarder le film, « Le soleil se lève aussi », tourné en 1957, largement inspiré du livre de Ernest Hemingway et réalisé par Henry King

Samedi 12 juillet 1958

6h30 – Ce matin-là, une demi-heure avant le départ de la course, Estéban Irisarri était rassuré quand il franchit la porte du patio de caballos des arènes où on lui permettait de laisser sa voiture le temps de l’encierro ; les averses qui avaient arrosé la ville durant la nuit avaient cessé et, ainsi, les 850 m du parcours se dérouleraient sans ce danger supplémentaire. Nous sommes l’avant-dernier jour des fêtes, mais surtout le jour des Miuras, tant attendu chaque année comme un moment fort. Il n’était pas trop inquiet car les toros de cet élevage sont réputés pour courir l’encierro d’une façon ordonnée, restant souvent groupés, suivant les cabestros, et donnant le minimum de coups de corne. Seul point noir, c’était un samedi et il y aurait un peu plus de monde, mais à cette époque y participaient bien moins de personnes que de nos jours.
Estéban avait une grande responsabilité dans le déroulement de la sécurité des encierros car, après avoir succédé à son père pendant une dizaine d’années en tant que pastor–berger, et ainsi appris son métier, il était devenu le responsable de cette petite équipe. Leur travail consistait à canaliser les éventuels toros qui s’écarteraient du groupe et reviendraient sur leurs pas. Autant ces animaux sont attirés par une muleta ou un capote, autant ils craignent ces hommes qui les menacent avec leurs longs bâtons souples qui sifflent parfois comme des fouets et qui les font fuir.

Comme chaque matin, il était accompagné de son adorable petit bâtard de couleur cannelle et de races indéterminées, nommé « Ortega ». Il le confia au concierge des arènes pour ne revenir le chercher qu’une fois sa tâche terminée.

Ce chien ne le quitte jamais, affectueux avec son maître et intraitable dans les élevages d’ovins et de bovins qu’il a en charge. Il sait y faire régner une grande discipline et les animaux le redoutent. Il accompagne aussi Estéban à la chasse et, sur le plan personnel, c’est comme le meilleur et indispensable ami.

La nuit précédente, notre pastor avait également assuré la sécurité du petit encierro « encierillo ».

Les toros arrivant à Pamplona sont tout d’abord placés dans les  corrales del gas  situés aux portes de la ville. Ils peuvent ainsi récupérer pendant quelques jours de la fatigue de leurs longs voyages, surtout quand ils sont originaires du sud de l’Espagne. La veille de la corrida, à la tombée de la nuit, ils sont transférés depuis ces lieux, sur 400 mètres, jusqu’au corral del beluarte (forteresse), ou  corrales de Santo Domingo d’où ils partiront le lendemain à 7 heures précises en direction des arènes pour y être toréés l’après-midi à partir de 17h30.

En 1958 l’encierro avait lieu à 7 heures. Le changement d’horaire de 1976 décalera définitivement le départ à 8 heures.

Estéban Irisarri. avait juste eu le temps de faire un aller et retour à son domicile situé à une vingtaine de kilomètres pour se reposer quelques heures et, une fois l’encierro de ce matin terminé, il devrait retourner à ses tâches quotidiennes d’éleveur, son bétail ayant besoin de ses soins.

Nos trois diestros de ce jour, Marcos de Celis, Curro Girón et El Trianero, qui remplaçait Solanito, quant à eux, étaient encore dans leurs chambres d’hôtel en plein sommeil, mais ils auront des raisons, entre leur réveil et leur départ pour les arènes, d’avoir des pensées noires, car ces Miuras sont de véritables tueurs de toreros.

Bien qu’à partir de 6 heures il ne soit plus permis d’accéder aux rues de ce parcours, on le laissa y pénétrer pour rejoindre son poste de départ. Ces lieux demeurent interdits le temps que les équipes municipales de nettoyage ramassent tous les détritus jetés durant la nuit de fête, et vérifient que rien, objets de verre surtout, ne puisse blesser les coureurs et les pattes des toros. La police vérifie que toutes les devantures des commerces soient bien protégées.

Cette même police filtre l’entrée de ceux qui ont décidé de courir et s’assurent qu’ils soient bien en mesure de le faire. Les personnes de sexe féminin devront attendre 1974 pour pouvoir y participer. A 7 heures moins 10 chacun peut pénétrer sur le trajet, choisir un endroit pour s’y fixer, attendre l’arrivée des toros et courir sur un tronçon de ces 850 mètres. Personne ne pouvant en soutenir le rythme sur toute la longueur à raison de 20 kilomètres/heure.

6h50 – Estéban et son équipe de pastores installés dans le bas de la Cuesta de Santo Domingo, en deçà des corrales, sont prêts pour le prochain départ des toros et cabestros.

Les mozos commencent à pénétrer sur le parcours et à se placer à l’endroit qu’ils ont choisi.

L’entrée principale de l’hôtel La Perla, où résident Antonio Ordoñez et Antonio Borrero « Chamaco », est située Plaza del Castillo ; l’hôtel a comme annexe, juste en dessous, un restaurant donnant directement sur la calle Estafeta. C’est de là que nos deux triomphateurs de cette feria et amateurs d’encierro sortiront au dernier moment. Ils ne peuvent pas se montrer à cette foule trop tôt car un grand nombre de chicos pourrait vouloir courir avec eux pour figurer sur les photos, risquant de provoquer un attroupement.

7h00 – une première bombe cohete est lancée pour avertir de l’ouverture des portes et du départ des toros.  Puis, quelques secondes plus tard, retentit dans toute la ville le lancement d’une deuxième fusée avisant que tous les toros ont quitté le corral et sont sur le parcours,

20ème seconde après le départ – les cabestros, munis de leur indispensable cloche, suivis des toros et, plus en arrière, des pastores, rejoignent le premier groupe de mozos qui les attendent à 120 m du départ et qui commenceront, soit à courir avec le bétail, soit à s’écarter pour les laisser passer.

La Cuesta de Santo Domingo, montée longue de 300 m, avec une dénivellation de 10 %, va les mener jusqu’à l’Ayuntamiento, hôtel de ville. Ce tronçon particulièrement étroit et par conséquent dangereux n’incite pas les gens à prendre de grands risques. Il n’y eu donc rien à signaler et à déplorer.

50ème seconde – on passe devant l’hôtel de ville sur 50 m, on tourne à gauche et on aborde la Calle Mercaderes longue de 60 m, avec une seule bousculade sans grandes conséquences.

65ème seconde – nous voici à la très dangereuse Curva de Estafeta où on aborde un tournant à 90 degrés vers la droite, et là, c’est fatal, 2 toros tombent, mettent du temps pour repartir et sont donc distancés par les quatre de tête. Trois coureurs sont renversés, se relèvent, deux d’entre eux ont des fractures, au poignet pour l’un, au coude pour l’autre.

Les chicos ont abordé la fameuse calle Estafeta, longue de 300 m et d’une pente ascendante de 2 %.

Les toros n’étant plus qu’à 100 m, il est temps pour nos deux maestros, Ordoñez et Chamaco, de sortir de leur repaire et de commencer à courir.

Sur cette ligne droite, c’est le moment pour les mozos de se faire remarquer, d’accompagner les toros et, au bout de quelques dizaines de mètres, de se faire dépasser et de continuer de courir jusqu’à la plaza sous les cris et applaudissements des spectateurs massés sur les nombreux balcons. Il y aura là trois nouvelles fractures et deux cornadas, heureusement sans gravité.

107ème seconde – fin de la rue Estafeta, on tourne à gauche pour aborder la Bajada de Javier et la Telefónica, longue de 80 m. Les quatre toros de tête étant maintenant un peu moins groupés peuvent être distraits par les chicos et infliger des coups de corne, ce qui n’a pas manqué ce jour-là. Encore un blessé par asta de toro, mais rien de grave.

122ème seconde – ce premier groupe entre alors dans l’étroit callejón, tronçon en légère pente descendante de 9 m de large au début, qui se termine en entonnoir pour s’engouffrer dans l’étroit couloir de 3,5 m de large et long de 25m qui passe sous les gradins et débouche sur les 50 derniers mètres du sable de l’arène. Ils continuent à suivre les cabestros avec l’aide des dobladores, toreros professionnels qui interviennent à l’entrée des bêtes et les attirent en ligne droite avec leur cape pour les amener jusqu’à la porte des corrales.

135ème seconde, soit 2 min et 15 sec – les voici arrivés en fin course.

Revenons au deuxième groupe avec ses quelques secondes de retard qui se traduiront par trois minutes à l’arrivée.

C’est là que les bergers montrèrent leur efficacité en dissuadant deux fois les cornus de revenir en arrière. Réflexe compréhensible car, ayant perdu de vue le groupe de tête avec ses bœufs, ils prirent querencia là d’où ils venaient. Comme parfois, en fin de faena, ils recherchent la porte du toril.

Une fois les cabestros de reserva en fonction, les choses s’améliorèrent, ils se laissèrent entraîner ainsi jusqu’aux arènes. Juste deux chutes sans trop de gravité à signaler pour les mozos.

7h05 – entrée dans le ruedo. Un des toros de ce deuxième groupe, guidé par les dobladores, fila directement à la porte menant aux corrales. L’autre, du nom de « Estribari » refusa de franchir cette porte. Tout le monde s’y mit et, pendant 5 minutes ce fut un festival de capotazos donné par les dobladores, de feintes a cuerpo limpio par les mozos, de coups de trique par les pastores. Voyant cela, Ordoñez et Chamaco qui se trouvaient dans le ruedo voulurent aider, s’en mêlèrent, mais rien n’y fit.

7h10 – on fit ressortir les cabestros et, à chaque fois que l’on pensait que le bien nommé Estribari les suivrait jusqu’au bout, au dernier moment il revenait vers le centre de l’arène.

7h20 – c’est alors qu’Estéban eut une idée, pourquoi ne pas essayer avec son chien de berger couleur canelle nommé « Ortega » ? Il alla le chercher chez le concierge des arènes.

L’animal, habitué à faire la loi dans l’élevage de son maître, comprit la situation et ce qu’on attendait de lui. Au bout de quelques bruyants aboiements et de féroces morsures aux pattes arrière, enfin le toro Estribari s’avoua vaincu et franchit la porte des toriles

7h25 – alors put retentir l’explosion de la troisième fusée qui signifiait que tous les toros étaient rentrés et l’encierro le plus long de l’histoire de Pamplona terminé.

7h30 – vuelta al ruedo a hombros et sortie par la Puerta Grande pour ce chien courageux, sous les applaudissements de toute la Plaza.

La totalité de la presse espagnole relata cette anecdote et le chien Ortega entra ainsi dans la légende.

Le lendemain dimanche 13 juillet à minuit, sur la place de la mairie, prendraient fin ces fêtes de 1958, avec la foule chantant le fameux « Pobre de mi » (pauvre de moi) et commencerait le compte à rebours pour les San Fermines de 1959.

Texte Alain Davia membre du Club Taurin de Paris – Photos fournies par Alain Davia

Fête du Club-hommage à Chantal de Blignières (3)

Publié par myriamcomte le 24 juin 2024
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Texte de Francis Wolff philosophe et membre du Club, (lu par Thierry Vignal Président du Club Taurin de Paris)

Photo Emmanuel Burlet Bilbao 2008

Chantal, chère Chantal !

Le Club taurin de Paris, qui te fut si cher et auquel tu demeures si chère, s’efforce aujourd’hui de payer sa dette à ton égard. Mais c’est d’abord en mon nom que je te parle à présent. Pourtant, je ne sais pas bien à qui je m’adresse. Est-ce à celle qui n’est plus qu’en moi, en chacun de nous ? C’est du moins ce que je crois. Ou est-ce à celle qui est désormais ailleurs, comme toi- même tu le croyais de toute ton âme ? Est-ce donc à ma mémoire, à notre souvenir, ou est-ce à cette âme que je parle ? Chacun ici en jugera. Mais, où que tu sois à présent, dans notre cœur ou au cœur des Élues, c’est la place privilégiée que tu occupes pour toujours dans l’histoire de ce Club que je veux évoquer.

 Il est difficile de dire tout ce qu’il te doit. Jusqu’au bout, tu l’as porté à bout de bras, sans jamais te mettre en avant. Ta discrétion, ta modestie, ta pudeur, que tu appelais ta timidité́, nous ont plus d’une fois, hélas, privé de ta sagesse et de ton expérience.

De ce Club, tu étais la mémoire, l’esprit et l’âme. Sa mémoire, parce que tu étais parmi nous la seule qui avait connu les Pères fondateurs, le grand psychiatre, Henri Ey, celui dont Lacan disait « mon seul maitre en psychiatrie » et le médecin-général Paraire, premier vice-président. Tu étais aussi la mémoire de ton grand-père, le revistero français Henri Chiron de la Casinière, qui écrivait sous le pseudonyme de Don Enrique comme c’était alors la mode, l’auteur de Tradition et décadence de la Fiesta de Toros, petit cours de tauromachie à l’usage des pensionnaires de la Casa Velázquez, publié à Madrid en 1952. Tu lui dois ton afición faite d’une admiration et d’une fidélité́ indéfectibles : on les mesurait à l’ombre de déception qui passait sur ton visage quand tu constatais que ton interlocuteur ne voyait pas de qui il s’agissait. Mais tu étais aussi porteuse de la mémoire d’un de nos grands présidents, ton ami, le nôtre, André́ Berthon, chez qui nous sommes aujourd’hui, et à travers lui, d’un autre Maitre, celui que beaucoup considèrent comme le grand Éducateur de l’afición française, Claude Popelin, et puis de sa veuve, Sat Popelin, ton amie, qui te confia les clés de sa Fondation, chargée d’unir les aficionados français autour des valeurs défendues par Claude, en remettant chaque année un prix au meilleur lidiador de la saison en France : ce devoir de mémoire, dont tu te faisais un impératif absolu, fut jusqu’au bout une de tes obsessions. Le dernier message que j’ai reçu de toi, quelques jours avant ta disparition, contenait des instructions destinées à assurer la transmission du message dont ce prix était la preuve et la continuité́ d’un certain esprit d’afición dont tu étais toi-même porteuse.

Car, je l’ai dit, tu n’étais pas qu’une mémoire, tu étais pour ce Club la garante d’un esprit de la tauromachie remontant à ses fondements. Cet esprit, je le résumerai par ce slogan : « Le toro avant tout, la lidia s’en déduit, et le toreo éternel s’ensuivra! » Dans ce credo, on ne reconnait pas seulement tes maitres, on reconnait aussi tes amis : Eduardo Miura, Victorino Martin, Santiago Martin ‘El Viti’, César Rincón, José Prados « El Fundi », Fernando Robleño. Dans cette profession de foi transparait aussi tout ce que tu détestais (à voix basse s’entend, comme l’exigeait ta délicatesse) : le tremendisme, la théâtralité́, l’affectation, la témérité́ gratuite. On peut même y lire tes trois arènes de prédilection : Vic-Fezensac, Séville, Madrid. Vic, par amour de la vérité́ et par fidélité́ (qui est décidément la vertu qui te définit le mieux). Séville, par amour de cette beauté́ qui fut l’autre grande affaire de ta vie et où se mêlait toujours pour toi une dimension spirituelle. Madrid, enfin, comme un souvenir d’enfance où flottait encore le fantôme du grand-père, mais dont tu cherchais en vain l’esprit en entendant les vociférations des autoproclamés gardiens d’un temple où tu ne reconnaissais pas le tien.

De ce Club, tu étais donc la mémoire et l’esprit. Mais je n’ai pas encore dit l’essentiel : tu étais aussi son âme. D’abord, parce que tu étais l’âme de ta famille, si nombreuse et si affectueuse à ton égard que tu passais tes week-ends (ceux où tu t’absentais des ruedos) à courir les baptêmes, les communions, les mariages, de tes innombrables cousins, cousines, neveux, nièces, petits- neveux, petites-nièces, petites cousins et cousines. Tu étais aussi l’âme du cercle de tes amis en afición. Certains, te connaissant mal, pouvaient être déconcertés par la rigueur et l’austérité́ de tes engagements politiques et religieux. Mais nul, te connaissant, ne pouvait passer à côté́ de ton extraordinaire générosité́. Cette lumineuse humanité́ qui était la tienne était la face visible de ton feu invisible, celui qui t’avait fait embrasser ta profession d’infirmière. Devenue une cadre hospitalière, tous les chefs de service où tu étais passée s’inclinèrent devant ta compétence et ton dévouement. J’en connais un, fidèle du Club, dont les engagements spirituels et sociaux étaient aux antipodes des tiens, mais à qui te liait une amitié́ cinquantenaire, faite d’admiration réciproque : il n’a pas tardé à te suivre dans cet ailleurs d’où tu m’entends peut-être. (Nous pensons aussi à lui aujourd’hui : Jean-Louis.)

Photo Emmanuel Burlet Bilbao Aout 2009

Chantal : qui t’a connu, t’a aimée ! Et, chacun de nous pouvait s’interroger sur le grand mystère que tu incarnais : comment un être peut-il être aussi rayonnant en étant aussi discret ? Ce mystère de ton âme, tu l’as emporté avec toi, Chantal. Mais ta mémoire continuera de nous inspirer, et ton esprit de nous guider.

Photo Emmanuel Burlet Bilbao 2009

Francis Wolff, 16 juin 2024

Fête du Club-hommage à Chantal de Blignières (2)

Publié par myriamcomte le 24 juin 2024
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Testimonios de Victorino Martín, César Rincón, Luis Francisco Esplá et José Pedro Prados El Fundi (propos recueillis, traduits et lus par Araceli Guillaume-Alonso)

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Victorino Martín

Photo Ferdinand de Marchi Dax sept 2019

CHANTAL. Queridos amigos del Club Taurino de Paris, os agradezco profundamente que me deis la oportunidad de decir unas palabras en este merecido homenaje a vuestra socia histórica Chantal de Blignières con la que me unió una sincera amistad.

No recuerdo exactamente cuando la conocí, pero cuando pienso en ella, se me agolpan momentos divertidos y agradables que siempre compartíamos. Como la primera vez que acompañado por mi mujer Pilar, fui invitado a vuestro Club y vuestra ciudad y Chantal nos guió en una divertidísima visita por París (bateau mouche incluido). O el día que me presentó a Montse, mujer de Claude Popelin, en Bayona y hablamos y reímos los tres de diferentes aspectos de la vida y de la historia reciente de España. O del encuentro que compartimos en Lion con su sobrino Benoît. En la última invitación de vuestro Club, en la que me acompañaron mi hija y mi nieta, ella ya no se encontraba muy bien, pero hizo todo lo posible porque nuestro paso por París fuera agradable y divertido.

Hablábamos de vez en cuando por teléfono y siempre que íbamos a una misma feria taurina, procurábamos sacar al menos un ratito para compartir un café y mostrarnos el respeto y el cariño sincero que mutuamente nos profesábamos.

Creo que fue en la feria de Abril de Sevilla cuando me comunicó que padecía la enfermedad que al final se la llevó por delante.

Aguantó como una campeona y siguió yendo a las ferias que elegía mientras su salud se lo permitió.

Sentí profundamente su pérdida y su recuerdo será siempre un soplo de aire fresco. Doy las gracias por haber conocido a una persona tan entera, con carácter y con la que tuve una gran afinidad.

CHANTAL. Chers amis du Club taurin de Paris, je vous suis profondément reconnaissant de m’avoir donné l’occasion de dire quelques mots dans cet hommage mérité à votre membre historique Chantal de Blignières avec laquelle j’étais uni par une amitié sincère. Je ne me souviens plus exactement quand je l’ai rencontrée, mais quand je pense à elle, je sens affluer le souvenir des moments amusants et agréables que nous avons toujours partagés. Comme la première fois quand, accompagné de ma femme Pilar, j’ai été invité à votre Club et dans votre ville, Chantal nous a guidés dans une visite fort divertissante de Paris (bateau mouche inclus). Ou le jour où, à Bayonne, elle m’a présenté Montse, l’épouse de Claude Popelin, et où nous avons parlé et ri tous les trois à propos de différents aspects de la vie et de l’histoire récentes de l’Espagne. Ou la rencontre que nous avons partagée à Lyon avec son neveu Benoît. Lors de la dernière invitation de votre Club, à laquelle je me suis rendu accompagné de ma fille et de ma petite-fille, elle ne se sentait plus très bien, mais elle a tout mis en œuvre pour rendre notre séjour à Paris agréable et amusant.

Nous nous parlions de temps en temps au téléphone et chaque fois que nous allions à la même feria taurine, nous essayions de prendre au moins un peu de temps pour partager un café et nous montrer le respect et l’affection sincère que nous avions l’un pour l’autre.

Je pense que c’est à la feria d’avril de Séville qu’elle m’avait dit qu’elle souffrait de la maladie qui l’a finalement emportée.

Elle l’a enduré comme une championne et a continué à aller aux ferias de son choix aussi longtemps que sa santé le lui a permis.

J’ai profondément ressenti sa perte mais son souvenir sera toujours une bouffée d’air frais. Je suis reconnaissant d’avoir rencontré une personne si entière, avec du caractère et avec qui j’avais une grande affinité.

  César Rincón

CHANTAL, siempre en nuestro recuerdo. Quiero compartir algunas palabras sobre mi querida amiga. Ella era una persona excepcional y una gran aficionada, como bien ustedes conocieron.

Tuve la fortuna de conocerla y de ser testigo de su inmenso cariño y afecto, que siempre me brindó sin reservas. Su palabra favorita que siempre me decía, y que a ella le gustaba que yo le dijera, era « Hola, amor. Hola, cariño« .

Su pasión por la tauromaquia era evidente, recordando a su entrañable amigo, el Maestro Santiago Martín El Viti. Se notaba quién influyó gratamente en su conocimiento sobre la tauromaquia.

Chantal siempre encontraba tiempo para compartir su amor por esta tradición conmigo y con otros aficionados. Estaba dispuesta a viajar en busca de la unión de los aficionados, sin importarle si era en París, Burdeos, o cualquier rincón. Ella siempre quería hablar de nuestra pasión, y eso me lleva a decir una vez más que la tauromaquia no se hereda, se transmite.

Recuerdo con especial cariño los momentos que compartimos en los premios del Club Popelin en París. Fue un honor y un privilegio recibir varios trofeos en París por parte de este prestigioso club y estar a su lado, donde su alegría y entusiasmo eran contagiosos.

Chantal era una persona magnífica, cuya bondad y generosidad dejaron una huella imborrable en todos los que tuvimos la suerte de conocerla. Su partida nos deja un vacío enorme, pero su espíritu vivirá siempre en nuestros corazones.

CHANTAL, toujours dans notre souvenir. J’aimerais partager quelques mots sur ma chère amie. C’était une personne exceptionnelle et une grande aficionada, comme vous le savez bien. J’ai eu la chance de la rencontrer et d’avoir joui de la très grande affection qu’elle m’a toujours manifesté, sans réserve. Son expression préférée, comme elle aimait à le répéter, c’était que je la salue en disant « Hola amor, hola cariño ».

Sa passion pour la tauromachie était une évidence, se souvenant toujours de son cher ami, le maestro Santiago Martín  El Viti. C’était évident qu’il avait influencé avec bonheur sa perception de la tauromachie.

Chantal a toujours trouvé le temps de partager son amour pour cette tradition avec moi et d’autres aficionados. Elle était prête à voyager, à rechercher l’union des aficionados, que ce soit à Paris, Bordeaux ou tout autre lieu. Elle a toujours aimé parler de ce qui est notre passion, et cela m’amène à dire encore une fois que la tauromachie ne s’hérite pas, qu’elle se transmet.

Je me souviens avec une affection particulière des moments que nous avons partagés lors de la remise des prix du Club Popelin à Paris. Ce fut un honneur et un privilège de recevoir plusieurs trophées à Paris de la part de ce club prestigieux et d’être à ses côtés car sa joie et son enthousiasme étaient contagieux.

Chantal était une personne magnifique, dont la bonté et la générosité ont laissé une marque indélébile dans tous ceux d’entre nous qui avons eu la chance de la connaître. Son départ nous laisse un vide énorme, mais son esprit vivra toujours dans nos cœurs.

  Luis Francisco Esplá

Photo Emmanuel Burlet 14 déc 2009 au Club

CHANTAL Quisiera compartir a propósito de ella un pensamiento que a menudo me ha abordado:

en definitiva, todos somos supervivientes de pequeños o grandes naufragios existenciales y Chantal me dio siempre la sensación de haber hallado en el toreo un feliz islote. No sé de qué exactamente la salvaba, pero tengo claro que obtenía en él la emoción y emociones que los dioses le habían negado en algún momento. Esa es mi sensación íntima de Chantal, una percepción de ella que quiero compartir hoy.

CHANTAL : J’aimerais partager à son propos une pensée qui m’est souvent venue à l’esprit

En définitive, nous sommes tous des survivants de petits ou grands naufrages existentiels et Chantal m’a toujours donné le sentiment d’avoir trouvé dans la tauromachie un îlot heureux. Je ne sais pas exactement de quoi elle a été sauvée, mais je suis certain qu’elle a trouvé en elle l’émotion et les émotions que les dieux lui avaient refusées à un moment donné. C’est mon sentiment intime de Chantal, une perception d’elle que je veux partager aujourd’hui.

  José Pedro Prados El Fundi

Photo Emmanuel Burlet Bayonne 2009 remise du Prix Popelin

CHANTAL. La conocí hace muchos años, a principios de los 90 en Vic-Fezensac, recogiendo mi primer trofeo Claude Popelin. Desde entonces, hemos tenido una muy buena relación que ella se encargaba de cuidar y mantener porque yo para eso soy un desastre. Su sencillez, bondad, discreción, exquisitez y educación hacían que todo fuera fácil y agradable. Incluso después de retirarme me seguía llamando para preguntar por cómo estaba y poder vernos en alguna feria en que coincidíamos, como Vic, Dax, Madrid, Sevilla … Me encantaba verla, siempre tan agradable y cariñosa. Sentí mucho su pérdida, pero la recordaré siempre con el cariño y ternura que ella irradiaba. La echaremos de menos, Dios la tendrá en su gloria

CHANTAL. Je l’ai rencontrée il y a de nombreuses années, au début des années 90 à Vic Fezensac, en recevant mon premier trophée Claude Popelin. Depuis lors, nous avons eu une très bonne relation dont elle prenait soin et qu’elle entretenait parce que je suis un désastre pour ces choses-là. Sa simplicité, sa gentillesse, sa discrétion, sa délicatesse et son éducation rendaient tout facile et agréable. Même après ma retraite, elle a continué à m’appeler pour prendre de mes nouvelles et pour essayer de nous revoir dans une feria de celles où coïncidions : Vic, Dax, Madrid, Séville… J’avais grand plaisir à la retrouver, toujours aussi agréable et affectueuse. J’ai beaucoup regretté sa perte, mais je me souviendrai toujours d’elle avec une affection et une tendresse comme celles qu’elle répandait. Elle nous manquera, Dieu l’aura dans sa gloire.

Fête du Club-hommage à Chantal de Blignières (1)

Publié par myriamcomte le 24 juin 2024
Publié dans: LE CLUB. Poster un commentaire

Texte de Jean Pierre Hédoin Président d’honneur du Club Taurin de Paris (lu par Vincent Maes membre du Club)

Photo Emmanuel Burlet Bilbao Aout 2008

Avec émotion et gratitude, je te salue Chantal,

Quand, au début de la décennie 70, je commençais à suivre les réunions du Club Taurin de Paris, intimidé tant par le cadre luxueux du grand salon de la bibliothèque espagnole de l’avenue Marceau que par la présence de sommités comme Paco Tolosa ou Claude Popelin, c’est auprès de la fermeté souriante d’une dame, membre du bureau et parfaitement bilingue, que je trouvai l’appui le plus précieux. En haut de l’escalier, en quelques échanges, qui associaient avec naturel le souci de comprendre le profil de « votre afición » et de vous aider à vous intégrer dans le jeu de relations entre les membres du Club, ton art me permit de surpasser ma réserve naturelle pour construire, en confiance, des échanges de qualité avec plusieurs piliers tels Paul Cahoua et André Berthon, devenu président en 1976, à la veille du 30ème anniversaire du Club.

Je conserve un souvenir tout particulier d’un assez long échange que nous avions eu à l’occasion de la conférence prononcée en janvier 1978 par Luis Bollain sur ¿Que es torear?  Il portait sur l’importance des repères historiques et techniques dans la culture de l’aficionado, évoquant pour toi l’importance du leg de ton grand-père Henri Chiron de la Casinière Don Enrique. Pour toi, le commerce direct avec les acteurs contemporains du mundillo, éleveurs, toreros, aficionados… et l’entretien fidèle des traditions et de la mémoire constituaient un ensemble indissociable. C’est dans cet esprit qu’en février 1979 tu fus un soutien précieux, attentif et souriant dans ma première intervention au CTP portant sur « El Cordobés » et que, deux mois plus tard, tu favorisas un bref échange avec Santiago Martin « El Viti » invité du Club.

C’est grâce à toi et avec toi, que j’ai découvert Zahariche, la réserve mythique de la famille Miura, avec laquelle tu entretenais des liens anciens, et que j’ai pu partager, à Paris et à Séville, des déjeuners avec Don Eduardo. Moments de sobriété et de respect, non dénués d’humour tel le souhait du ganadero d’un descabello pour cette cantatrice qui, la veille au soir à l’opéra, n’en finissait pas d’agoniser ! Sur le retour de Lora del Rio à Séville, une pause à La Algaba dans une taverne où tu avais eu l’impression d’être prise pour une touriste, ce que tu détestais, ta résistance pleine d’humour aux suggestions dispendieuses du patron, nous valut en regalo de la casa un plat de gambas blancas inoubliables !   

C’est toi bien sûr, Chantal, qui fus le maillon décisif de la relation suivie du Club avec les Victorino Martin depuis l’invitation du père en février 1981, émaillée d’une mémorable soirée au Lido, puis des visites de Victorino fils, la dernière avec sa fille Pilar et sa petite-fille en octobre 2018.

Médiatrice indispensable pour l’invitation de toreros au Club, tu vas mettre cette précieuse compétence au service du Prix Claude Popelin fondé au début des années 80 par sa veuve Sat et destiné à distinguer au terme de chaque temporada française le torero qui s’est distingué par son talent de lidiador. Au sein de l’Association alors constituée, tu vas, en tant que secrétaire générale, assurer la continuité de l’action auprès des présidents successifs (Sat Popelin, François Zumbiehl, André Berthon et Jean-Pierre Clarac), en veillant tout à la fois à conserver le plus durablement possible les liens directs avec Claude et à trouver des réponses nouvelles aux défis d’organisation et de financement qui se révélaient au fil des ans. Ainsi, le stock de bronzes originaux signés Venancio Blanco étant épuisé et les moyens de l’Association ne permettant pas une relance auprès des héritiers du sculpteur, ta grande sensibilité artistique et le discernement de ton afición vont faire merveille pour trouver chaque année des œuvres originales pour la remise du prix.

Photo Emmanuel Burlet Bilbao Aout 2008

Privilégiant le taureau de respect et l’authenticité dans l’engagement de l’homme dans la conduite du combat, tu vas rencontrer parmi la trentaine de lauréats des six lustres du prix quelques maestros favoris tels Francisco Ruiz Miguel, Luis Francisco Espla, César Rincón, José Pedro Prados El Fundi, Fernando Robleño…Tous se sont montré touchés par la sincérité de ton afición et la discrétion rayonnante de ton investissement pour les valeurs de la fiesta.

A la Pentecôte, pour rien au monde, tu n’aurais manqué le rendez-vous de Vic-Fezensac puis, lors des mois d’été, ceux des arènes landaises et basques y compris Bilbao où tu avais plaisir à retrouver le vieux complice professionnel qu’était le docteur Coy. Vous constituiez alors un redoutable duo médical, infirmière et médecin, auquel nous fumes plusieurs au Club à avoir recours à l’occasion de quelque perturbation de santé de l’été.

Te revendiquant bretonne et vicoise, tu étais aussi, par excellence, sévillane et je te suis profondément reconnaissant de m’avoir, aux côtés d’André Berthon, convaincu que je ne commencerais à comprendre la spécificité de la sensibilité de Séville que lorsque j’aurais enfin vécu une Semana Santa complète, alors que les contraintes professionnelles m’obligeaient à privilégier la feria aux pasos. Il y a dix ans le diagnostic s’avéra bien fondé. Suivant tes précieuses recommandations : de l’austérité poignante des chants a capella de la Vera Cruz aux débordements baroques des armaos de la Macarena, en passant par les hommages devant le Baratillo des pasos retournant à l’aube vers Triana ou l’implacable rigueur des pénitents du Gran Poder, les émotions ressenties faisaient écho à la riche et exigeante variété de vivre le toreo dans la Maestranza ; s’y retrouvaient ce savoir attendre le moment où vérité et art se conjuguent et se réjouir à y rendre grâce.  Grand merci, Chantal pour ce legs de l’esprit et du cœur !

Photo Marie Luce Baccellieri

Confiante en ton chemin et toujours attentive aux autres, conjuguant humilité et engagement, discrétion et efficacité, tu as toujours incarné de façon unique et exemplaire la singulière communion, en apparence paradoxale, d’un attachement ferme et résolu aux traditions avec un esprit d’ouverture toujours renouvelé aux surprises de la création. Ton exemple demeurera vivant pour tous ceux qui ont eu la chance de partager ton parcours et ton afición.

Chers amis, en cette journée, n’en doutons pas, tu es avec nous et c’est avec chaleureuse émotion et une profonde gratitude que je te salue, Chère Chantal !

Photo Emmanuel Burlet Bilbao aout 2008

Jean Pierre Hedoin 16 juin 2024

Séville 1920: l’unique feria d’avril organisée entre deux arènes

Publié par myriamcomte le 16 avril 2024
Publié dans: ACTUS TAURINES. Poster un commentaire

Le dimanche 18 avril 1920 débutait à Séville le cycle des corridas traditionnellement organisées lors de la feria d’avril.

Composée de six corridas de toros successives du 18 au vendredi 23 avril, cette édition offrait le caractère unique d’être organisée conjointement dans deux plazas différentes et séparées d’environ deux kilomètres, la Real Maestranza et la toute récente plaza « Monumental » située dans le quartier de San Bernardo et inaugurée le jeudi 6 juin 1918.

Lors du printemps 1919, les deux arènes se livrèrent à une concurrence ouverte, chacune avec son « champion », la Maestranza avec Juan Belmonte et la Monumental avec José Gomez « Joselito ». La nouvelle arène voulait tout naturellement « en faire plus » et organisa pour Pâques une corrida, le sabado de gloria puis, lors de la feria d’avril, proposa cinq corridas au lieu de quatre à la Maestranza. Cependant, comme le déplora Gregorio Corrochano à l’issue de la feria, « les deux arènes ont divisé l’aficion et ce qui est pire, supprimant la compétition entre les toreros, elles ont ôté tout intérêt à la fiesta, sans Gallito et Belmonte, la fiesta n’est rien, avec un seul, elle est peu de chose ». En outre, confrontés à deux offres simultanées, les spectateurs ont été obligés de choisir. En conséquence, en avril comme à la San Miguel, la Monumental a peiné à se remplir et la Maestranza a été conduite à proposer des places à prix réduits.

La rivalité entre les deux arènes a également eu un impact financier sur les organisateurs, avec une baisse générale des revenus tirés des spectacles. Les différents événements organisés par les arènes concurrentes ont divisé l’attention des aficionados et conduit à une diminution de l’engouement pour les corridas. Cette situation a incité les deux arènes à revoir leur stratégie de programmation et de tarification pour attirer de nouveau le public et restaurer l’intérêt pour la fiesta. La concurrence a finalement forcé les arènes à collaborer davantage pour préserver la tradition taurine et maintenir leur attractivité auprès des spectateurs.

La Monumental
Pour la saison 1920, les intérêts bien compris de chaque camp les ont conduits à opter pour une organisation concertée; une société unique, la _**Taurina sevillana**_, qui a pris en charge la confection des affiches: la course de la _Resurrection_, le 4 avril, aura lieu à la Maestranza. **José et Juan** y feront le paseo cote à cote, accompagnés, le premier par son beau-frère **Ignacio Sánchez Mejías** et le second par son filleul d’alternative **Manuel Jiménez "Chicuelo"**; puis, pour la feria du 18 au 23, trois courses au Baratillo, suivies de trois courses dans la plaza de San Bernado. **Corrochano** qui, dans la chronique d’octobre 1919 intitulée "Joselito torée dans le patio de sa maison", avait dénoncé les facilités et le triomphalisme qui selon lui entachaient les prestations de "Joselito" lors des corridas de la San Miguel, reprend cette métaphore des "patios" dans sa chronique de l'_ABC_ du 20 avril 1920 "_cette année deux patios rivaux se sont fait amis et cette paix est matérialisée par le fait que les voisins du patio de Belmonte célèbrent trois corridas en l'honneur de Gallito et les voisins du patio de Gallito trois courses en l'honneur de "Belmonte"_

BELMONTE
Ainsi ce cycle férial en forme d'échange de courtoisies va mobiliser six toreros devant six élevages de premier plan : les deux "as" "Joselito" et Belmonte pour quatre paseos, pour trois paseos, par ordre d'alternative, Manuel Varé"Varelito (ce belluaire de Triana, auquel "Joselito" a donné l'alternative en septembre 1918), Ignacio Sánchez Mejías et le jeune "Chicuelo" et seulement deux paseos pour Manuel Belmonte "Belmontito", frère de Juan. Le dimanche 18, alors que la reine Victoria Eugenia, en visite à Séville, est présente dans la loge royale, la Maestranza est pratiquement pleine, malgré quelques vides dans les gradas de soleil.

JOSELITO

Devant les Santa Coloma au jeu varié, les émotions majeures viendront des coups d’épée de « Varelito » qui s’abat en toute rectitude sur les toros. Lors de l’estocade du 4ème, il est accroché par la ceinture et violemment secoué mais, sans considération pour son état, il fera un tour de piste avant de gagner l’infirmerie. Sánchez Mejías va se montrer volontaire mais laborieux et « Chicuelo » se distinguera uniquement avec le capote lors de sa réception par véroniques devant le 3ème et lors de quites au 5ème. À cette course d’ouverture ne figuraient ni José, ni Juan.

VARELITO

SANCHEZ MEJIAS

Le lendemain, La Maestranza est pleine pour voir Belmonte, flanqué de son jeune frère, recevoir son rival « dans le patio de sa maison ». Le trianero a mis les petits plats dans les grands avec les toros Tamaron de Ramo Mora Figueroa, très apprécié de José qui les a présentés l’année précédente à la Monumental. Hélas, le lot de « Las Lomas » se révèle très inégal aussi bien au physique qu’au moral. Le premier, mou, conduit José à se réfugier dans les figures spectaculaires, le 2ème entretient l’illusion lors des véroniques de Belmonte mais ne va guère au-delà. Si le 3ème, un colorado, se montre plus bravo, il est trop châtié aux piques et échoit à « Belmontito » qui se révèle peu à même d’en tirer profit. Avec le 4ème, les choses vont s’envenimer. L’animal très petit, avec une tête de becerro, suscite de fortes protestations. José, tout comme Juan, n’interviennent absolument pas et laissent toute la lidia aux subalternes. La bronca enfle et devient assourdissante quand, après l’attente d’une éventuelle décision présidentielle, « Joselito » porte un coup bas après une rapide mise en place. Juan Belmonte, se comportant en hôte courtois comme l’insinue avec ironie Gregorio Corrochano, escamote de la même façon le toro suivant alors que rien ne le justifie. Et dans cette Espagne qui connaît alors de nombreuses grèves, il semble que les maestros font eux aussi la grève, poussant l’indignation à son comble. La tarde la plus attendue est devenue celle du scandale.

Malgré cette ombre forte, la Maestranza connaît encore une belle affluence le mardi 20 où l’affiche propose des toros de Manuel Rincón pour Juan Belmonte, « Varelito » et « Chicuelo ». Quoique qualifiés de terciaditos, les animaux ne sont pas contestés, mais Belmonte, mal servi et peu à l’aise, continue à paraître absent. Les deux lumières du jour sont apportées par le coup d’épée de « Varelito » au 5ème et le torero classique à la fois profond et élégant de « Chicuelo » à ses deux toros, mais surtout au 6ème ; comme l’écrit « Don Criterio », si on avait vu ensemble ce torear et ce matar, on pouvait s’en aller comblé ! Sans obtenir de trophées en raison de sa maladresse à la mort, « Chicuelo », reconnu par les éminents critiques, était entré ce jour-là dans le gotha des grands artistes du torero.

Après ces trois premiers rendez-vous de la feria dans le cadre historique de la Maestranza, les trois suivants vont se dérouler à la Monumental, chez « Joselito », qui avait tenu à ouvrir les trois affiches.Le mercredi 21 devant ces Murube qu’il a fait acquérir en 1917 à Manuel Urquijo au nom de son épouse Carmen de Federico, il est accompagné de Belmontito et Sánchez Mejías. Alors que la reine visite Triana, les gradins de la Monumental n’enregistrent qu’une faible entrée, aussi bien à l’ombre qu’au soleil. Joselito, sifflé à son premier, est applaudi au 4ème qu’il banderille et tue avec aisance, puis ni Manolo Belmonte, maladroit, ni Sánchez Mejías, spectaculaire avec les banderilles mais peu adroit à l’épée, ne se distinguent.

Le lendemain, jeudi 22, les tendidos sont nettement mieux remplis, sans atteindre le plein, pour suivre « Joselito », Juan Belmonte et « Chicuelo » combattre les vasquenos de Guadalest. Dès le paseo, le public prend position en sifflant les deux maestros et en ovationnant le chico en souvenir du torero dispensé deux jours auparavant. Ce soutien ciblé se confirme lors des quites aux deux premiers toros, mais perd de son intensité au 3ème pour se métamorphoser en quelques sifflets sanctionnant un travail sans repos et des coups d’épée médiocres au 6ème. Si Juan Belmonte, peu heureux au sorteo, connaît encore une mauvaise journée, « Gallito » mobilise ses facultés physiques et ses ressources de lidiador pour s’imposer aux Guadalest mous et vite figés. Après un tour de piste avec chaque toro, il quitte son « patio » sous l’ovation.

Pour conclure cette féria d’avril des deux arènes, la Monumental propose une corrida de huit toros , de surcroît du fer de Miura, pour « Joselito », Juan Belmonte, « Valerito » et Sanchez Mejias. les gradins sont fort bien remplis mais les Miuras n’ont rien de ce que l’on attend; ni la combativité dure, ni la malice assassine; comme nombre de toros »modernes », ni bravos ni mansos, ils se laissent « coller lances y pases » Les deux matadors récents se cantonnent dans leur rôle, une estocade mémorable pour Varé et un engagement souvent téméraire pour Sanchez Mejias. « Don Juan » quant à lui sort de la feria sans y etre réellement entré quel ait été le patio et José qui, comme la veille, s’est comporté en novillero sabio , associant le courage d’un débutant aux ressources de domination d’un expert sachant tirer le maximum d’un bétail médiocre, quitte sa Monumental sous les ovations enthousiastes que lui dédient aussi ceux de la Alamenda que ceux de Triana, ceux de Santa Cruz comme ceux de San Bernardo.

Après cette victoire relative de la féria co-organisée , douze paseos seulement le séparent de celui du 20 mai sur la piste de Talavera, cette « Caprichosa » inaugurée en septembre 1890 par son père Fernando Gomez. Après la mort de José la Monumental donnera sa dernière corrida le dimanche 3 octobre 1920 avant d’etre démolie en 1930

Texte publié dans les bulletins du Club pendant la période du Covid, rédigé le 17 avril 2020 par Jean Pierre Hedoin Président d’Honneur du Club Taurin de Paris Photos fournies par Alain Davia membre du Club Taurin de Paris

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