Le phénomène tant espéré pour relancer la Fiesta
En 1968 le torero le plus adulé du public et le plus cher payé était Manuel Benitez « El Cordobes. Torero et personnage d’exception, tant par sa façon de toréer que par son charisme dans et hors des arènes. Son pouvoir d’attraction sur les foules, son don de séduction, son magnétisme ensorceleur, et surtout son savoir toréer, sa façon de s’affranchir des règles des terrains, faisaient que les spectateurs affluaient en masse sur les gradins. Ainsi, parmi les millions de touristes qui, chaque année, visitaient l’Espagne, beaucoup ne voulaient pas repartir sans avoir vu au moins une fois ce phénomène. On disait qu’à Tokyo, Le Cordobes était plus connu que Franco avec qui il chassait le président Kennedy le tutoyait et Mao Tsé-Toung avait sa photo dans son bureau. A de nombreuses reprises il fit même la Une des plus grands périodiques mondiaux
Ses années de jeunesse et ses débuts
Manuel Benitez Pérez est né à Palma del Rio, province de Cordoue, le 4 mai 1936, peu de temps avant le début de la guerre civile dans une famille très pauvre. Son père était ouvrier agricole et mourut durant le conflit. El Cordobes fut élevé principalement par sa sœur Angela dans un grand dénuement. Il vécut une jeunesse très difficile faite de débrouille, de rapines et même de quelques semaines passée en prison pour des faits mineurs. Le moyen de s’en sortir : devenir torero, le grand rêve de beaucoup de gamins de son age. A force de volonté et de coups de cornes, avec l’aide d’un homme d’affaires taurin qui l’avait repéré, Rafael Sanchez Ortiz « El Pipo », il put toréer sa première novillada piquée en 1959, prit l’alternative le 25 mai 1963 des mains de Antonio Bienvenida et confirma à Madrid le 20 mai 1964. Ce jour là en fin d’après midi, toute l’Espagne avait les yeux fixés rivés sur les écrans de télévision
Sa technique, ses qualités
El Cordobes le meilleur muletero de la période. Capable de donner 8/10 muletazos sans bouger les pieds, avec un poignet gauche prodigieux, sans abuser des toques. Quietud, ligazon, énorme aguante, il avait une grande connaissance du bétail. En 1962, 109 novilladas piquées, 1 million de pesetas chacune, pendant que les figuras en percevaient 300.000 par corrida. On disait que Séville le freinerait , il y coupera un rabo. Sa confirmation d’alternative fut la corrida la plus vue de l’histoire. Madrid lui ouvrira huit fois la Puerta Grande. Avant lui quelques 300 corridas annuelles dans le pays, après lui plus de 600.
Alegria débordante du Cordobes, dernier torero de l’époque moderne qui commença avec Joselito, Belmonte puis Manolete. Il fut le meilleur émule de Manolete si on oublie ses extravagances pour plaire à un certain public. IL était un stoïcien (pas pour rien de Cordoue) calme à l’extrême, faisant passer le toro plus près que personne, ignorant les terrains.
Madrid Las Ventas 1970
Lorsqu’il fallut négocier ses contrats pour la temporada 1969, il demanda des cachets encore plus élevés. Les empresas refusant, il convint une autre grande figura, Sebastian Palomo Linares, de faire temporada à part, louant les arènes disponibles voire démontables. Ils toréèrent ainsi environ 70 corridas. Le manque à gagner pour les empresas fut si important qu’elles cédèrent. C’est ainsi que Manuel Benitez se vit proposer deux corridas à Las Ventas pour un montant de huit millions de pesetas. Somme considérable à l’époque
- La 1ere le 20 mai, toros de Perez Tabernero pour Gregorio Sanchez, El Viti et El Cordobes ( 4 oreilles pour Manuel Benitez)
- la seconde le 23 mai toros de Atanasio Fernandez pour Diego Puerta, El Cordobes et Rafael Torres ( 4 oreilles pour Manuel Benitez)
Il fallut attendre le 22 mai pour que Palomo Linares soit récompensé d’un rabo à Las Ventas
El Cordobes reçu pour chacune des ces deux courses son poids en or
on peut estimer sans risque de se tromper le poids du Maestro à 60kgs à cette époque
- le prix de l’or en 1970 n’avait pas varié depuis les accords de Bretton Woods (1944)
- Un kg est égal à 32,15 onces et le cours de la peseta était de 62 pour 1$
- le calcul est donc le suivant: 32,15 onces par kilo x 60 kilos x 62 dollars l’once x 62 pesetas par dollar soit 8 400 000 pesetas ( l’équivalent de 8 petits appartements à Madrid à l’époque ou 2 400 000 euros de nos jours)
Durant le 20ème siècle, hors Joselito, Bemonte et Manolete personne n’a gagné des sommes aussi extravagantes
Texte de Alain Davia membre du Club Taurin de Paris




































