Pendant plus d’une heure, devant une assistance nombreuse et intéressée, notre invité nous a fait revivre l’histoire de la ganaderia, de sa création au début des années 80 à ses nombreux succès actuels.
Depuis ses débuts à Valencia en 1992 (en remplacement d’un autre élevage) où Joselito, Ponce et Litri coupèrent 5 oreilles, malgré quelques années sombres après un échec retentissant à Séville en avril 2002, l’énorme travail de l’éleveur pour produire des toros, qui plaisent à la fois aux toreros et à tous les publics avec leurs spécificités, a permis à la ganaderia de revenir au 1er plan et d’être, depuis une quinzaine d’années, présente dans les férias les plus importantes et d’y connaître de grands succès.
En se limitant aux deux dernières temporadas, Justo Hernandez garde un souvenir particulier de « Pinturero », toréé par Luis David à Bilbao en août 2019, de «Barquito», toréé par Cayetano, qui a reçu le « Toro de Oro » 2019, au meilleur toro de la feria de Salamanque, de « Corchero », gracié par El Juli à Jerez et, bien sûr de « Orgullito », gracié par El Juli en 2018 à Séville qui, pour l’élevage, est devenu un toro historique.
Avec une grande modestie, Justo Hernández estime qu’il est au milieu du chemin et qu’il ne doit pas relâcher ses efforts s’il veut réussir à maintenir cette qualité résultant d’un équilibre fragile. Dans cette entreprise, il demeure un homme du campo qui pense et agit comme un éleveur mais qui observe et analyse comme un torero.
Zaragoza, Jaen, Nîmes… ces férias annoncent la fin de la temporada européenne et, pour les aficionados, après le temps des pérégrinations, sur les routes de France et d’Espagne ou sur un canapé devant la télé, vient celui où on revit la saison en parlant Toros au sein des Clubs et peñas.
Pour rester fidèle à cette tradition, le Club Taurin de Paris a fait sa rentrée. C’était le mardi 29 octobre, avec Román qui a accepté, au pied levé, de remplacer Juan José Padilla défaillant. En tant qu’ancien élève du lycée français de Valencia, il a aussi accepté de s’exprimer en français et nous avons pu constater que, quoiqu’il en dise, il est parfaitement bilingue.
C‘est avec la même authenticité dans l’engagement et la même sincérité souriante qu’il montre en toréant, qu’il a abordé l’analyse de sa jeune carrière, sa relation aux toros et son approche personnelle du toreo.
Lucide et précis sur son parcours, Román avance sur le toreo et le métier de matador des analyses et réflexions simples, claires et dénuées de tout pathos. Comment a-t-il vécu la Grande Porte de Madrid ? Arrivé à l’hôtel, surpris de ce succès, il s’est dit que finalement ce n’était pas si compliqué que cela ! Sauf que, la fois suivante, quand il a essayé de le faire de nouveau, il n’a pas réussi ! Sur la récente cornada de Madrid qui lui a arraché la fémorale, il avoue sa peur et dit avoir songé en arrivant à l’infirmerie et en voyant son sang se répandre à flots, que c’était un toro de Iban qui avait tué son ami Fandiño. Et de conclure sur la fémorale déchirée et le sang perdu : « Ceci est du passé ! ».
Revenant sur les conséquences des blessures, Roman souligne que le problème n’est pas tant la blessure elle-même, dès lors qu’elle est bien soignée, mais la perte de forme et la difficulté à s’entrainer qui en résultent. Au sujet de l’estocade, il précise que tout se joue au niveau de la tête. La réussite de cette suerte n’est pas seulement une question de courage ou de technique ; Les deux sont indispensables, mais la réussite du coup d’épée demande avant tout une totale concentration, associant volonté, engagement et certitude de réussir.
Sa sincérité, son enthousiasme, sa joie de vivre et son optimisme ont conquis le public.
Torero romantique à l’âge d’Internet, il est l’incarnation exemplaire du héros épique, celui dont la force de caractère et la passion pour son art lui permettent de surpasser tous les obstacles et de renaitre après les épreuves les plus dures. Sa personnalité et son don de lui-même pour le toreo et pour le public lui ont conféré le statut de personnage de légende ; successivement « Ciclón de Jerez » et « Pirata« , il a offert à tous les aficionados des souvenirs impérissables.
Au terme de vingt saisons d’exploits dans toutes les arènes de la planète taurine et après sa brillante tournée d’adieux de 2018, il avait promis de revenir au Club Taurin de Paris qu’il avait gratifié de sa présence chaleureuse et amicale en novembre 2006.
C’est donc pour nous un honneur tout particulier et un vif plaisir d’accueillir Juan José PADILLA, le mardi 29 octobre 2019.
Participation aux frais, comprenant la soirée, précédée d’un apéritif et suivie du dîner : membres du Club : 35€, jeunes jusqu’à 25 ans (à jour): 15€, hôtes de passage : 50€.
Vous pourrez à cette occasion vous mettre à jour de votre cotisation annuelle ou adhérer au Club. Montant des cotisations : individuels : 60€, couples : 100€, jeunes : 20€.
Afin de faciliter l’accueil, il est impératif de s’inscrire par mailEl à l’adresse clubtaurindeparis@gmail.com
Tout d’abord, après les grandes ferias de printemps, souvent riches en journées importantes, source d’émotions variées et de jugements divers, nous vous invitons à participer à un buffet débat, animé par les membres du bureau, qui se tiendra le lundi 17 juin à partir de 20 heures au restaurant Loubnane.
Ensuite, fidèles à une tradition qui nous est chère et grâce à l’hospitalité d’Ursula, nous retrouverons notre « fête du Club » avec ses activités habituelles (toreo de salon, permettant à tous de s’essayer, cape et muleta en mains, aux lances y pases ; quizz, faisant appel à notre mémoire taurine et tombola…). Cette journée d’amitié et d’afición, qui se terminera par un buffet aux saveurs espagnoles, aura lieu le dimanche 30 juin à partir de 17 h à Sceaux.
Renseignements et réservation par mail. L’organisation matérielle de ces réunions demande une inscription impérative par mel à clubtaurindeparis@gmail.comavant le jeudi 13 juin minuit.
De la réapparition, en 1981, de maestros vétérans relais d’un classicisme éternel, tels Manolo Vasquez ou « Antoñete« , à la floraison à l’entrée des années 90 de jeunes toreros porteurs d’équilibres nouveaux entre maitrise technique et expression artistique (tels Aparicio, Jesulin, Finito, Ponce), les années 80 ont connu un éventail de styles de toreo sans précédent. Cette avant-dernière décennie du XXe siècle s’est révélée très riche en événements cruciaux pour l’histoire du toreo et pour la place de la tauromachie dans la vie sociale : l’impact médiatique de la triomphale « corrida du siècle » du 1er juin 1982 avec les toros de Victorino Martin mais aussi celui, dramatique, des morts en piste de « Paquirri » (1984) et de « Yiyo » (1985), sans oublier la blessure de Nimeño II (1989) ; la coexistence au sommet de la puissance créative du toreo enchainé en spirale de Paco Ojeda et de la régularité dominatrice du temple linaire d’Espartaco, parfaitement accordé aux toros d’un poids souvent excessif ; la maturité magistrale de figures des années 70 comme « Manzanares » ou « Niño de la Capea« , l’affirmation tardive d’artistes comme Julio Robles, Ortega Cano ou Roberto Dominguez, mais également l’impact de la gestion de Manolo Chopera sur le rayonnement de Las Ventas ou encore le regain d’activité dans le secteur de la presse et de la littérature taurine.
C’est cette décennie d’une grande richesse, à la fois encore assez proche pour parler aux souvenirs de beaucoup d’entre nous et suffisamment éloignée pour favoriser l’analyse réfléchie, que nous retrace avec précision et passion, le journaliste et écrivain taurin Alfonso Santiago, co-directeur de la revue 6Toros6,dans son ouvrage Memoria de los 80 qu’il viendra nous présenter le lundi 25 mars 2019, à 20 h 30 précises (accueil à partir de 20 h).
Participation aux frais, comprenant la soirée, précédée d’un apéritif de suivie d’un dîner : membres du Club : 30€, jeunes jusqu’à 25 ans (à jour) : 15€, hôtes de passage : 40€.
Vous pourrez à cette occasion vous acquitter de la cotisation annuelle ou adhérer au Club. Montant des cotisations : individuels : 60€, couples : 100€, jeunes : 20€.
Afin de faciliter l’accueil, il est impératif de s’inscrire par mail à l’adresse clubtaurindeparis@gmail.com
En accueillant Sergio Aguilar, le Club a souhaité lui transmettre tous les témoignages reçus de membres ou d’amis du Club qui exprimaient leur admiration et leur gratitude pour l’intensité des émotions que son toreo authentique leur avait donné de vivre.
Revenant sur son parcours, Sergio Aguilar, Madrilène du quartier de Vallecas, dont le père avait été novillero, décrit ses années de jeunesse, dont il conserve d’excellents souvenirs, comme consacrées au football, au judo, aux balades avec les jeunes du quartier. Il allait également à des capeas, mais il ne s’est pleinement investi dans la tauromachie que lorsqu’il est entré à l’école taurine de Madrid. Il y a côtoyé Julian Lopez, avec qui il était camarade et qu’il avoue admirer maintenant pour sa science des toros. Dans ces années de la seconde moitié de la décennie 90, les maestros comme « Manzanares« , « Espartaco« , Ponce l’ont particulièrement marqué, mais il confesse un impact tout particulier du solo de « Joselito » lors de la Goyesca de la Comunidad en 1996. A l’occasion d’une novillada non piquée, Antonio Corbacho, qui supervisait un autre aspirant, l’a remarqué et, bien qu’il ait accumulé les pinchazos, lui a proposé de s’occuper de sa formation. Les échanges et apports ont alors été aussi nombreux que riches, ils ont permis un rapprochement de José Tomas dont la tauromachie constitue pour Sergio Aguilar une référence majeure. Ses années de novillero ne furent guère faciles : une grave blessure au genou le laisse dans l’impossibilité de toréer pendant onze mois ; puis, à l’automne 2001, une bousculade dans la banlieue de Madrid lui cause des lésions aux cervicales, l’obligeant à un nouvel arrêt de plusieurs mois. Corbacho l’incite à franchir le pas de l’alternative. Il va la recevoir à Madrid en juin 2003, lors des dernières corridas de la San Isidro, devant des toros médiocres et difficiles de Partido de Resina ; il venait de se fracturer le péroné une semaine avant, ne put toréer que grâce à une infiltration et il garde un souvenir ambivalent de cette alternative douloureuse. En revanche, il salue l’apport d’Antonio Corbacho, qui avec sa forte personnalité, avait une idée parfaitement claire du chemin à parcourir pour pouvoir pratiquer un toreo authentique. Il se tournait vers des personnalités qui avaient en commun à la fois une force de courage pour parvenir à un maximum d’émotion et une profonde quête de vérité dans le toreo. Le parcours qu’il proposait était des plus exigeants : José Tomas l’a réussi et Sergio Aguilar estime qu’il y a partiellement échoué ou du moins qu’il l’a moins bien réussi, mais il conserve un excellent souvenir de cette exigence. Après l’alternative, il a connu une année 2004 assez difficile avec deux blessures graves (Séville et Valencia), puis plusieurs années où il était peu présent dans les arènes, mais où il a toujours toréé dans des arènes importantes (Madrid, Valence, Barcelone). Les premières années qui suivent l’alternative constituent toujours une étape difficile car le public attend du jeune torero qu’il triomphe rapidement, ce qui n’a pas été son cas. Quant aux blessures, elles font partie de la profession. Faisant référence aux différentes opérations qu’il a subies dont une au genou à Houston, il fait remarquer que le toro ne sait pas que le torero s’est fait opérer et ne doit pas le savoir. Le torero a une telle impatience de se retrouver face au toro qu’il prend toutes les mesures nécessaires pour récupérer le plus rapidement possible afin de se retrouver devant le toro. Grâce à son entêtement et à sa persévérance, les premières années ont été suivies d’une période très heureuse où il a toréé bien davantage tout en parvenant à faire un toreo d’émotion et de vérité compris du public. Il mentionne par exemple sa faena gauchère devant un toro de José Escolar à Vic-Fezensac en 2008 comme un grand moment de sa carrière en soulignant que « El Fundi« , lui aussi à l’affiche, l’avait alors félicité en lui disant qu’il avait atteint un sommet auquel les figuras n’accèdent que très rarement ! Il signale aussi le combat à Cenicientos, près de Madrid devant un autre Escolar qui lui a fait passer un moment très difficile. Ce toro avait blessé deux banderilleros, pourtant très expérimentés, et lui-même a failli se faire prendre ; l’éleveur lui a avoué que le toro avait eu un problème d’œil qu’il croyait avoir soigné. Pendant cinq saisons, il va connaître d’importants succès en France où son sérieux, sa façon de toréer, de donner l’avantage au toro pour plus d’émotion sont appréciés par le public qui l’a toujours bien accueilli. Il met l’accent sur le fait que le public français donne la même importance aux trois tercios de la lidia dont le tercio de piques, plus particulièrement à Céret et à Vic, alors qu’en Espagne, le public considère les deux premiers tiers comme une simple formalité. Sergio Aguilar se souvient d’un toro de José Escolar à Céret qui est allé quatre fois au cheval avec force à tel point qu’il arriva épuisé au tercio de muleta. Il n’a rien pu faire au 3e tiers, mais le public lui a été reconnaissant d’avoir mis en valeur le toro et il a été réengagé l’année suivante. Ce fut le cas aussi à Vic où il vint souvent, se souvenant tout particulièrement de la faena qu’il fit un lundi de 2013 à un toro d’Alcurrucen qui n’était pas clair en début de faena, mais qui, après s’être défini, lui a permis de bien le toréer. En revanche, il regrette de ne pas être revenu à Arles où il avait pourtant triomphé. Quant à l’encaste favori, celui qui lui permettrait d’être au mieux de son toreo, il opte pour Victorino Martin parce qu’il a la meilleure charge, baisse beaucoup la tête et même s’il est très exigeant, sa charge peut atteindre une grande profondeur propice à exprimer tout ce qu’il voudrait dire.
Au sujet de son passage de l’or à l’agent en 2017, Sergio Aguilar précise d’emblée qu’une telle mutation n’est pas chose facile. La décision se mûrit ; quand on passe deux ans sans pratiquement toréer, de temps à autres en tienta, mais jamais dans une arène, il faut faire face pour conserver le moral, s’entrainer régulièrement au cas où, attendre le téléphone qui ne sonne pas et affronter les difficultés économiques. Passer au traje de plata est difficile ; pendant un certain temps on y pense sans y croire, puis le passage devient naturel. Sergio Aguilar affirme ne pas regretter son choix. Il considère qu’il a eu de la chance ; depuis plusieurs mois il a toréé avec de nombreuses figuras, Talavante, Manolo Sanchez, les frères Adame, « Juan Bautista« , « El Juli » et Alvaro Lorenzo (en cuadrilla fixe) ; il a totalisé en 2018 soixante six corridas ce qui lui a permis de bien se réinsérer dans le monde du toro. Ses anciens compagnons d’armes l’ont bien accueilli en tant que subalterne, ce sont d’ailleurs eux qui l’ont appelé pour l’engager et il se dit très fier d’avoir gagné leur confiance. A propos des attentes des matadors envers leurs banderilleros, Sergio Aguilar remarque qu’une évolution s’est produite ces dernières années : le maestro souhaite que l’ordre soit respecté dans la lidia, que tout soit fait selon les règles et de façon harmonieuse, que les hommes d’argent ne donnent pas plus de passes de cape qu’il n’est nécessaire. Ils apprécient que les hommes d’argent sachent selon les cas, lâcher le taureau (soltarlo) ou le serrer (apretarle), baisser la main avec la cape quand cela est nécessaire et mettre en avant les qualités et les défauts de chaque bicho. A la sortie du cheval, le toro sort désordonné ; les deux ou trois lances alors donnés par le banderillero sont essentiels pour permettre au maestro de voir comment charge le toro. Sergio Aguilar se souvient d’un Pedraza de Yeltes, à Dax pour lequel « Juan Bautista » lui demanda de faire passer le toro à droite pour voir comment il se définissait. Bien entendu, cela exige que le banderillero soit très sûr techniquement et que le maestro ait pleinement confiance en lui. Il semble que les matadors sont beaucoup plus exigeants aujourd’hui sur le déroulement de la lidia qu’ils ne l’étaient antan. Quant à lui, il remarque qu’il est désormais tellement impliqué dans la brega qu’il ne se pose pas la question de savoir s’il aimerait avoir une muleta face au toro qu’il travaille avec la cape. Les maestros apprécient également que les hommes d’argent brillent dans la pose des banderilles, car cela prédispose le public à mieux entrer dans la faena. Sergio Aguilar posait les banderilles quand il était novillero, mais il a cessé de le faire comme matador de toros. La première fois qu’il l’a fait en tant que banderillero, c’était face à un Miura à Céret, un exemplaire très grand et très haut. Il a eu d’abord un moment de panique, puis cela s’est très bien passé. Sa fierté est de se voir applaudir dans des arènes de première catégorie et de s’y desmonterarse (comme il le fit souvent au cours de la temporada 2018). Pour Sergio Aguilar, le banderillero de référence est Curro Molina, c’est un homme de grande expérience et un professionnel complet. Au sujet de l’aide que peuvent apporter les hommes d’argent aux novilleros, outre la meilleure lidia propre faciliter leur travail, il convient d’être réservé, avec des novilleros qu’on ne connait pas bien, il convient de ne pas leur donner des conseils très nuancés, car ils ne les comprennent pas forcément. Evoquant la dimension économique, Aguilar précise qu’il y’a d’énormes différences d’honoraires entre les toreros et en fonction de la catégorie des arènes ; lui-même pendant les deux ans où il n’a pas toréé, a refusé des contrats tellement bas qu’il ne pouvait accepter pour des questions de dignité. Pour les banderilleros, les salaires sont beaucoup plus réglementés en fonction du positionnement du torero qui engage et de la catégorie de l’arène. Seuls les matadors du groupe A ont une cuadrilla fixe. Avec les autres, le marché est plus libre, c’est une question d’engagements. Bien sûr, si le banderillero s’est engagé vis à vis d’un matador, il lui donne la priorité et travaille avec les autres en fonction de ses disponibilités. Chaque matador organise le fonctionnement de sa cuadrilla et définit le rôle de chacun, en matière d’organisation (lidiador, banderillero…). Il n’y pas de dispositions réglementaires, mais des traditions. Ensuite l’homme d’argent accepte ou pas le rôle que le matador lui définit. Cela se négocie. Les relations entre les hommes d’argent et les picadors varient en fonction des cuadrillas. Pour le groupe A, c’est plus facile, l’équipe se connaît. Pour les autres, cela dépend des hommes. Si les banderilleros connaissent le picador, cela facilite le fait de lui passer des messages sur le toro, car, avant d’entrer dans l’arène, le picador est plus préoccupé par son cheval que par le toro qu’il n’a pas vu. Dans un esprit de travail d’équipe, les banderilleros peuvent lui donner leurs impressions et lui faire passer des messages. Le travail du picador est fondamental car son action influe beaucoup sur le comportement du toro dans la suite de la lidia. En dehors de l’arène, les picadors ont beaucoup changé. S’il y a encore les « traditionnels », il y a aussi beaucoup de jeunes qui s’entraînent et font du gymnase !
Quant à l’évolution de la présence des jeunes dans la sphère taurine, Aguilar fait remarquer que, de son temps, il y avait 200 élèves à l’école taurine de Madrid et même s’il y en a moins aujourd’hui, ils demeurent nombreux. La désaffection, si désaffection il y a, viendrait plutôt des parents, qui désapprouvent la participation de leurs enfants à l’école taurine, alors que les enfants voient les toreros comme des êtres particuliers dont ils sont très admiratifs. Il est certain que la société change, le futur n’est pas clair.
Pour ce qui est de la temporada 2019, Sergio Aguilar a des idées précises, mais il est encore trop tôt pour pouvoir en parler.
Quant à son meilleur souvenir il est fort récent ; il remonte au festival auquel il a participé à Illescas, non seulement il y a triomphé, mais son jeune fils qui ne l’avait jamais vu toréer auparavant était présent et l’a accompagné dans son tour de piste. Sergio Aguilar voit l’avenir très positivement, et on ne peut que lui souhaiter la plus brillante réussite dans la nouvelle étape de sa carrière de torero.
Nous percevons tous que comprendre les toros dans la diversité de leurs origines, de leur apparence physique et de leur comportement est pour tout aficionado l’acte le plus fondamental mais aussi le plus difficile ; il y faut une riche expérience et de solides repères. Ceux fournis par les notices des programmes apportent souvent peu au-delà la forme du fer et la couleur de la devise. Et pourtant, on ne cesse de se référer à des élevages constitués il y a environ un siècle (Albaserrada, Santa-Coloma, Coquilla, Rincón, Corte…). De même, on entend dénoncer le mono-encaste Domecq et dans le même temps souligner les différences qui existent entre les produits des dérivations Jandilla, Zalduendo, SalvadorDomecq, Torrestrella, Aldeanueva…
Quels sont les intérêts et les limites des références aux grands encastes historiques (Veragua, Saltillo, Murube…) ? Quels sont les indices morphologiques ou les traits de comportement qui caractérisent de façon significative une famille ? Comment faire le tri entre lieux communs, modes et réalités dans les jeux de valorisation-dévalorisation des différents élevages actuels ?
Autant de questions que nous aidera à aborder et à élucider grâce à sa profonde connaissance du sujet et avec l’appui de documents photo, notre ami Thierry Vignal en son propos sur Références et actualité pour comprendre la cabaña brava, le mercredi 27 février 2019, à20 h 30 précises (accueil à partir de 20 h).
Participation aux frais, comprenant la soirée, précédée d’un apéritif et suivie d’un dîner : membres du Club : 30€, jeunes jusqu’à 25 ans (à jour) : 15€, hôtes de passage : 40€.
Vous pourrez à cette occasion vous acquitter de la cotisation annuelle ou adhérer au Club. Montant des cotisations : individuels : 60€, couples : 100€, jeunes : 20€.
Afin de faciliter l’accueil, il est impératif de s’inscrire par mail à l’adresse clubtaurindeparis@gmail.com .
L’invitation des toreros est une entreprise riche en aléas et, en hiver les contrats aux Amériques viennent parfois contrarier les projets ; mais, comme prévu, nous allons pouvoir nous retrouver, en ce début d’année 2019, avec un invité qui incarne de façon exemplaire les valeurs d’authenticité, de courage et de détermination qui nous font admirer les toreros.
Ce Madrilène de 38 ans a exprimé, dès ses débuts, avec l’appui d’Antonio Corbacho, sa conception exigeante du toreo, tout en payant un lourd tribut à la pureté et à la vérité de son engagement. Cinq ans après son alternative de 2003, son importance fut enfin reconnue par les aficionados les plus exigeants de Madrid et des arènes françaises, qui eurent le privilège de vivre quelques-unes de ses faenas mémorables, telles celle de Dax en 2011 devant un Victorino Martin ou celle du 19 aout 2012 à Madrid, où il confirma l’alternative de Chacón. Les contrats se faisant rares, il décida, au printemps 2017, d’intégrer les rangs des banderilleros et, immédiatement, son art de la lidia et la perfection engagée de ses poses de banderilles en firent un des hommes de plata les plus attendus et régulièrement invité à saluer. En outre, les discussions suscitées par sa toute récente participation à un festival témoignent de l’importance de son statut dans l’actualité taurine.
Vous avez reconnu Sergio AGUILARque nous aurons le plaisir d’accueillir le mardi 8 janvier 2019.
Participation aux frais, comprenant la soirée, précédée d’un apéritif et suivie du dîner : membres du Club : 35€, jeunes jusqu’à 25 ans (à jour): 15€, hôtes de passage : 50€.
Vous pourrez à cette occasion vous mettre à jour de votre cotisation annuelle ou adhérer au Club. Montant des cotisations : individuels : 60€, couples : 100€, jeunes : 20€.
Afin de faciliter l’accueil, il est impératif de s’inscrire par mail à l’adresse clubtaurindeparis@gmail.com
Le lundi 10 décembre, le CTP a reçu Miguel Ángel Perera pour rendre hommage à sa carrière et mieux connaître ce matador représentatif de la tauromachie des deux premières décennies du XXe siècle, qui a effectué en 2019 sa 15e saison comme matador de toros.
Au cours de cette soirée, le parcours du torero d’Estrémadure a été salué et la philosophie d’indépendance qui l’a toujours caractérisé a été soulignée. En outre, cette rencontre a permis à nombre de membres du club d’évoquer, en présence du maestro, plusieurs tardes mémorables représentatives de sa personnalité artistique marquée.
Avant de partager le dîner avec un
nombre important de membres du club et d’invités, dont des personnalités telles
que Florence Delay de l’Académie
Française et le philosophe Francis Wolff,
Miguel Ángel a répondu avec
amabilité et sincérité aux nombreuses questions du public.
A propos des moments marquants de son
parcours, il a choisi d’évoquer la saison 2007 – la première avec Fernando Cepeda comme apoderado – comme étant la plus
déterminante. Il a ensuite souligné combien 2012 avait été difficile en raison
de tout ce qu’il avait vécu autour du soi-disant G10 et reconnu que les
résultats les plus décisifs pour sa carrière avaient été ceux de 2008 et de
2014. Il a avoué que la corrida avait rempli sa vie de moments inoubliables et
de moments douloureux comme celui de sa grave blessure de Salamanque en 2015.
En réponse à une question sur la
naissance de sa vocation, Miguel Ángel
a souligné que, dans son enfance, alors même qu’il n’était pas issu d’une
famille taurine, il préférait jouer au toro qu’au foot. Il avait demandé à son
père de l’inscrire à l’école taurine et en attendant que celui-ci veuille bien
le faire, il suivait avec passion les nombreuses retransmissions télévisées de
corridas que donnaient les différentes chaînes au milieu des années 90. Son
idole d’alors était « Jesulin de
Ubrique« .
Après ce premier «miroir »,
conduit par le souci d’apprendre toujours des meilleurs pour progresser et se
forger son propre style, il a cherché d’autres modèles aussi bien grâce à des
vidéos, en remontant à la tauromachie de Paco
Ojeda et de Damaso González,
mais également en admirant la personnalité d’un torero comme José Tomás auréolé de ses succès des
années 1998 et 1999. Perera refuse
d’être cantonné dans une des catégories habituelles (artiste, technicien,
vaillant) mais se considère aujourd’hui comme un torero artiste. Capeador
varié et brillant, ayant du goût et de la facilité pour les passes avec la cape
dans le dos, il estime toutefois que la véronique, quand elle est parfaitement
exécutée (ce qui est difficile), est le plus beau des «lances». A la muleta, il reconnait avoir plus de facilités avec la
main droite tout en cherchant à toujours mieux toréer de la gauche. S’agissant
de la mise à mort, il avoue une certaine irrégularité dont il cherche les
causes sans être certain de les identifier.
Au sujet de ses élevages favoris, le diestro de Puebla del Prior a insisté
sur le fait que sa préférence pour tel ou tel élevage se fondait
essentiellement sur les résultats obtenus, qu’il s’agisse de triomphes ou
simplement de moments où il s’est senti « a gusto » en les toréant.
C’est ainsi qu’il a mentionné les fers de Puerto de San Lorenzo, de Valdefresno
et de Jandilla parmi ses favoris,
sans oublier le lien privilégié qu’il entretient, comme torero et comme
personne, avec la ganaderia de Fuente
Ymbro et son propriétaire Ricardo
Gallardo.
A un invité qui lui faisait remarquer
qu’il avait très certainement la meilleure cuadrilla du moment, le maestro a
répondu qu’effectivement, de l’ayuda à
l’apoderado, il avait la chance
d’être entouré des meilleurs parmi les professionnels. Durant la lidia, sans qu’il ait à leur donner
d’ordres, ses banderilleros et picadors savent parfaitement ce qu’ils ont à
faire et comment le faire. Cette complémentarité se forge par des échanges
professionnels et personnels tout au long des temporadas. Ces liens forts sont
illustrés par l’amitié durable qu’il affirme avec Fernando Cepeda et qui demeure même si le lien professionnel
n’existe plus.
A la fin de la soirée a été évoqué le mano a mano d’Algesiras avec José Tomas auquel de nombreux membres
du club ont eu la chance d’assister. Miguel
Ángel a souligné que ce fut pour lui une journée inoubliable à plusieurs
titres. Avoir été choisi par un maestro qu’il admire était à la fois un grand
honneur et une lourde responsabilité. Il était conscient que le public (y
compris sa famille et ses amis) se déplaçait pour Tomas. Il avait à cœur de ne
pas les décevoir et espérait qu’un des toros lui permettrait d’exprimer le
meilleur de son toreo. Le toro « Libélula »
de Jandilla, qui fut gracié, alla
donc bien au-delà de ses espérances.
Enfin, à une question sur la
signification de sa façon constante et tout à fait particulière de déposer sa montera après le brindis, il a répondu
en souriant qu’il n’y avait là aucun rituel et aucune superstition mais
qu’ayant fait ce geste un jour, sans doute pour n’être pas gêné par la montera
en toréant, comme il aime le faire, au centre de la piste, c’est devenu pour
lui une habitude.
Ce torero, que beaucoup perçoivent
comme « froid », s’est progressivement révélé sous un jour différent
et, par la simplicité, la sincérité, voire l’ironie de ses propos, a fourni aux
aficionados qui admiraient sa puissance technique, d’autres raisons de suivre
avec un intérêt accru la nouvelle étape de sa carrière.
Ami du Club, où il est déjà venu avec son père en 1981, puis avec son épouse en 2001, Victorino a répondu, le 9 novembre, à notre invitation en compagnie de sa fille Maria del Pilar Martín Canto, vétérinaire, qui l’assiste dans la conduite de la ganaderia.
Au cours d’une soirée conduite par un échange ouvert avec les membres du Club, Victorino a mis l’accent sur les éléments qui doivent être privilégiés pour défendre, faire valoir et reconnaître les valeurs de la fête taurine dans un monde de plus en plus urbanisé et dominé par des références anglo-saxonnes, éloignées des racines culturelles du sud de l’Europe : la priorité à accorder au toro, à sa vie et à son combat, la promotion de la corrida dans la totalité de son déroulement et de ses trois tercios et l’unité pour promouvoir la Fiesta par delà les tensions catégorielles entre professionnels du mundillo.
Le toro est le seul foyer de l’afición
L’attention portée au toro, à la richesse et à la complexité de son comportement au campo, dans les corraleset en piste est le seul authentique foyer de l’afición, même si la connaissance de l’animal est plus difficile que le décompte des trophées des figuras. Il y faut de la passion et de la raison tant les facteurs qui entrent en jeu dans le comportement de l’animal sont nombreux et surprenants comme en témoigne le fait qu’en deux jours un lot peut sortir amorphe et un autre très combattif. Il convient d’être prudent vis-à-vis des explications trop simplistes et de toujours prendre en compte les effets des circonstances (y compris l’inconfort des corrales, comme à Béziers par exemple). Victorino met l’accent sur la constance des critères qui, au cours des bientôt soixante années, ont prévalu dans la conduite de l’élevage entre le père fondateur, le fils et la fille. Même si d’une saison sur l’autre, les résultats globaux peuvent connaître des variations et parfois des périodes plus ingrates, il existe une réelle continuité entre les animaux de « la corrida du siècle » de 1982 et ceux sortis récemment lors de la corrida nîmoise du 16 septembre, qui comporta des exemplaires variés et qui, selon le ganadero, ne fut pas faible. A la question du podium personnel de ses toros, Victorino a donné le tiercé suivant parmi les combats qu’il avait personnellement vécus : « Murciano », combattu à Madrid en 2002 par Luis Miguel Encabo, « Borgoñez », toréé à Séville par « El Cid » en 2007 et « Cobradiezmos », (Séville 2016) qu’il qualifie de toro le plus mediático tant il est connu par ceux qui demeurent éloignés de la corrida, y compris dans les jeunes générations et dont il confie, avec humour, qu’il est actuellement parfaitement heureux, car il vit entouré de vaches, possède une nombreuse descendance dont il n’a pas à se préoccuper, car c’est Victorino et Pilar qui s’en occupent !
A propos de l’indulto, Victorino dénonce les excès qui tendent à inscrire la grâce du toro dans une échelle de trophées (après les oreilles, les oreilles et la queue) répondant ainsi à la gloriole de toreros, d’empresas et aux aspirations d’un public avide « d’exploits » à tweeter. Seule l’exceptionnelle combativité de l’animal peut justifier l’indulto, quelle que soit la catégorie de l’arène, et il ne doit intervenir que si l’éleveur est déterminé à l’essayer comme reproducteur. Cela évitera, comme récemment, qu’un animal injustement gracié soit abattu dans les corrales.
A Illescas, réhabilitation du tercio de piques
Avec la « corrida totale », organisée début octobre à Illescas depuis trois ans, Victorino promeut la restauration de l’ensemble des tercios de la lidia et, notamment, du tercio de pique qui est la phase où le toro est l’acteur majeur. Il déplore l’évolution qui a réduit la corrida à la seule faena de muleta, transformant le 1er tiers à un simulacre ou à un massacre, limitant le coup d’épée à sa seule efficacité sans prise en compte de la qualité de l’exécution et favorisant des faenas de muleta interminables et le plus souvent dénuées d’intérêt. De surcroit il souligne la très mauvaise exécution de la majorité des piques avec un cheval trop lourd, – malgré les apports intéressants de Bonijol- , contre lequel vient buter le toro, des picadors qui, sans étrier gauche raccourci, ne savent plus faire contrepoids à la poussée du toro, lancent leur vara comme des pécheurs à la ligne pour placer les piques trop en arrière… Le lancer de la pique doit s’effectuer quand, au terme de sa charge, le toro baisse la tête pour frapper, juste avant d’entrer en contact avec le caparaçon, (Victorino soulignant que c’est toujours au moment de cet humillar que l’on doit piquer, banderiller et porter le coup d’épée).
L’afición française, un atout important pour la fiesta
En tant que président de la Fundación Toro de Lidia, Victorino Martín a clairement exposé ce qui faisait l’originalité de la ligne d’action de cette instance, créée en 2015 pour non seulement assurer une défense juridique en réponse aux attaques conduites contre la fiesta del toro et ses acteurs, mais aussi pour mobiliser toutes les forces de la société civile qui adhèrent à la fête taurine comme élément vivant de leur culture. Cette stratégie fédératrice se doit de demeurer en marge, sans les ignorer, des conflits d’intérêts entre les professionnels du monde taurin qui ont conduit à l’échec des tentatives précédentes de défense et promotion de la tauromachie.Par delà la défense juridique, il s’agit de contribuer à une meilleure visibilité des événements taurins dans les médias et sur l’ensemble du territoire avec l’appuides délégations provinciales, de soutenir tous les types de spectacles sans exclure les plus populaires. Il convient également avec les municipalités volontaires d’aider à la restauration et à la réouverture de quelques arènes qui ne sont plus en activité depuis quelques années. Une coordination entre la Federación et les initiatives de même nature, conduites en France et au Portugal, est en cours.
Pour Victorino, l’afición française qui, avec bonheur, associe constance, fidélité à ses traditions et rigueur rationnelle, représente un atout important pour l’avenir de la Fiesta.